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L'Arabie Saoudite bloque le contrat des corvettes Meko A200 en Egypte

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 05 novembre 2018 à 05:56 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:21

Meko A200 Egypte TKMS

Meko A200 Egypte TKMS

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Signé à la mi-septembre entre le ministère de la défense égyptien et TKMS, le contrat de quatre Meko A200 serait gelé. L'Arabie Saoudite se serait opposée à cette vente en raison de la nouvelle dégradation des relations diplomatiques entre Ryad et Berlin.

Selon des sources allemandes concordantes, le contrat de quatre Meko A200 évalué à 2 milliards d'euros, qui a été signé à la mi-septembre entre le ministère de la défense égyptien et ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), aurait été gelé rapidement après la signature. Initialement l'accord portait sur deux corvettes fabriquées en Allemagne, mais aujourd'hui le contrat porterait sur quatre Meko A200, dont une fabriquée en Egypte.

Pourquoi ce gel alors que la mise en vigueur de ce contrat semblait une formalité pour TKMS ? Tout simplement parce que l'Arabie Saoudite, qui finance une grande majorité des acquisitions d'armement de l'Egypte, aurait mis son veto catégorique au projet naval allemand. Résultat, sans financement saoudien, Le Caire, victime collatérale de la nouvelle dégradation des relations entre Ryad et Berlin, ne peut plus conclure l'acquisition des quatre corvettes Meko A200.

Revirement de Berlin vis-à-vis de Ryad

Alors que Berlin et Ryad négociaient un rapprochement dans le domaine de l'armement, l'Arabie Saoudite n'a vraiment pas apprécié la position de la Chancellerie allemande à propos de l'affaire Khashoggi. Elle a décidé de geler les nouvelles licences d'exportation d'armement vers l'Arabie et d'examiner celles déjà accordées, notamment celles des avions-ravitailleurs MRTT d'Airbus, des avions de combat Typhoon (consortium Eurofighter) et des patrouilleurs de Lürssen.

"Il faut tirer les choses au clair. Tant que ce ne sera pas résolu, il n'y aura pas d'exportations d'armes vers l'Arabie saoudite. Je vous assure très clairement de cela", avait déclaré le 22 octobre Angela Merkel lors d'un meeting à Ortenberg, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Francfort. "Il est nécessaire de clarifier le contexte de cet horrible incident, faute de quoi nous ne livrerons aucune arme à l'Arabie saoudite", avait-elle confirmé le 26 octobre lors d'une conférence de presse avec Premier ministre tchèque, Andrej Babis, à Prague.

L'homme de la normalisation avec Ryad, le ministres des Affaires étrangères Heiko Maas, membre du SPD, a dû lui-aussi s'aligner sur la position de la Chancelière. Tant que les circonstances exactes de la mort de Jamal Khashoggi n'auront pas été éclaircies, "je ne peux pas m'imaginer qu'il y ait une base positive au sein du gouvernement allemand pour approuver des exportations d'armes vers l'Arabie Saoudite", avait-il annoncé le 20 octobre à la télévision publique ARD. Pour l'Arabie Saoudite, la dégradation des relations diplomatiques germano-saoudiennes entre la fin septembre et le début octobre, ressemble à une douche glaciale.

Berlin et Ryad pourtant très proches fin septembre

Jusqu'au meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le gouvernement allemand avait décidé de ne pas respecter son propre contrat de coalition (CDU/CSU et SPD), qui interdisait toute fourniture d'armes à destination des belligérants de la guerre au Yémen. "Nous n'approuverons pas les exportations vers les pays tant qu'ils seront directement impliqués dans la guerre du Yémen", était-il écrit noir sur blanc dans l'accord de coalition signé en mars. Mais la politique poursuivie par le nouveau gouvernement s'est inscrite très clairement dans les pas de celle institutionnalisée par l'ancien vice-chancelier et ministre de l'Economie, Sigmar Gabriel. Résultat, les contrats d'armement signés avant l'arrivée de l'actuelle coalition étaient respectés en vertu d'une clause de confiance (Vertrauensschutz). En outre, le gouvernement de coalition d'Angela Merkel a validé l'exportation de nouveaux matériels militaires.

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En mars dernier, le gouvernement a autorisé la vente de huit patrouilleurs fabriqués par le chantier naval Lürssen destinés aux garde-côtes saoudiens. Puis, début septembre, le conseil de sécurité (Bundessicherheitsrat- BSR), qui valide ou pas les demandes de licences d'exportation, a donné son feu vert pour six nouvelles ventes vers Ryad pour un montant estimé à 416,4 millions d'euros : radars de contre-batterie Cobra (surveillance radar pour l'artillerie), pièces détachées de véhicules et d'aéronefs, patrouilleurs. Le feu vert du BSR devait, dans l'esprit d'Heiko Maas, devait inaugurer une nouvelle ère diplomatique entre l'Allemagne et l'Arabie Saoudite dans le domaine de la défense. Il avait d'ailleurs publiquement exprimé fin septembre lors de l'Assemblée générale des Nations-Unies des regrets pour la crise provoquée par son prédécesseur, Sigmar Gabriel.

Fin septembre, l'Arabie saoudite avait annoncé avoir décidé de renvoyer un ambassadeur à Berlin, concluant dix mois de crise déclenchée par les propos fin 2017 du ministre des Affaires étrangères allemand sur sa politique au Liban. "Nos relations ont été illustrées ces derniers mois par des malentendus qui contrastent fortement avec nos liens par ailleurs forts et stratégiques et nous le regrettons sincèrement", avait expliqué le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas lors d'un entretien avec son homologue saoudien Adel al-Jubeir à New York en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. "Nous aurions dû être plus clairs dans notre communication (...) L'Arabie saoudite joue un rôle important pour la paix et la stabilité dans la région et dans le monde", avait précisé le ministre allemand, qui n'avait pas ménagé sa peine pour rapprocher les deux pays.

L'Arabie Saoudite, troisième client de l'Allemagne

Sur les neuf premiers mois de l'année, l'Arabie Saoudite est devenu le troisième pays export de l'Allemagne après l'Algérie et les Etats-Unis. Les industriels allemands ont livré sur cette période des équipements militaires pour un montant estimé à 162 millions d'euros, essentiellement des patrouilleurs de Lürssen (38,9% du montant total). Ce qui est la preuve que le contrat de coalition sur les exportations d'armes à destination des belligérants de la guerre au Yémen n'est pas respecté.

Et maintenant ? D'intenses discussions étaient en cours fin octobre au sein du gouvernement allemand pour savoir quoi faire des contrats d'armes conclus avec l'Arabie saoudite mais pas encore honorés, avait précisé le 24 octobre le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert. "Concernant la question de savoir comment traiter les permis déjà octroyés, ou les biens qui n'ont pas encore été livrés, il y a d'intenses discussions au sein du gouvernement à ce propos et nous devons examiner ce dossier très minutieusement", avait-il expliqué. L'examen, qui porte sur des questions aussi bien politiques que juridiques, s'achèvera dans les jours qui viennent. Dans un sondage publié le 24 octobre par le quotidien Die Welt, 65% des Allemands se disent convaincus que leur pays devrait cesser de commercer avec l'Arabie saoudite.

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Concrètement, les deux patrouilleurs de Lürssen de 40 mètres (At Tuwal et Sharorah), autorisés en mars et construits dans le chantier de Wolgast dans la circonscription d'Angela Merkel, seront-ils bien livrés aux garde-côtes saoudiens comme prévu. De même, le premier patrouilleur d'une nouvelle série de 60 mètres l'Alriyadh, obtiendra-t-il  son autorisation pour être exporté (Ausfuhrgenehmigung). Le contrat du chantier de Brême est en vigueur depuis 2013... Ryad a besoin de ces patrouilleurs pour faire le blocus maritime face au Yémen tandis que Berlin ne veut pas connaître l'utilisation finale de ces patrouilleurs. L'Allemagne pourrait continuer à s'abriter derrière la fameuse clause de garantie pour poursuivre les livraisons et les accorder aux nouvelles unités en cours de construction. Inch Allah...

Michel Cabirol

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