Loi de programmation militaire : le principe de réalité s'est imposé à Florence Parly

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Tous les crédits supplémentaires vont être en très grande partie absorbés par le renouvellement des matériels, dont les deux composantes de la dissuasion nucléaire, et la remise à niveau des infrastructures, qui sont souvent dans un état lamentable.
Tous les crédits supplémentaires vont être en très grande partie absorbés par le renouvellement des matériels, dont les deux composantes de la dissuasion nucléaire, et la remise à niveau des infrastructures, qui sont souvent dans un état lamentable. (Crédits : Reuters)
Pour bâtir la prochaine loi de programmation militaire, le ministère des Armées n'a eu finalement que peu de marge de manœuvre. Florence Parly va toutefois accélérer certains programmes comme Scorpion ainsi que les avions et pétroliers ravitailleurs.

Une loi de programmation militaire de cohérence, à défaut d'être disruptive. En dépit des crédits supplémentaires dans la prochaine Loi de programmation militaire (+ 9,8 milliards d'euros entre 2019-2025), ce ne sera pas pour autant la fête dans les armées. Ni d'ailleurs au sein du gouvernement et de l'Élysée, qui avaient très envie de dépenser dans des nouveaux programmes technologiques (drones, cyber, robots...). Et communiquer dans la foulée tous azimuts. Il n'en sera rien ou presque au final.

Peu de marge de manœuvre pour Florence Parly

Tous ces crédits supplémentaires vont être en très grande partie absorbés par le renouvellement des matériels, dont les deux composantes de la dissuasion nucléaire, et la remise à niveau des infrastructures, qui sont souvent dans un état lamentable. Des priorités fléchées depuis de longs mois déjà par les armées et difficiles à ne pas satisfaire. Cette situation a beaucoup irrité le gouvernement et provoqué quelques tensions et de la méfiance vis-à-vis des armées.

Sur les investissements, le ministère va accélérer les livraisons du programme Scorpion, des avions-ravitailleurs (MRTT) et des pétroliers ravitailleurs à double coque. Mais, en même temps, plusieurs programmes ont dû être décalés dans le temps. En particulier, le programme HIL (Hélicoptère Interarmées Léger), dont une première commande d'une dizaine d'appareils doit être notifiée en 2022 pour une livraison à partir de 2028.

Trois contrats opérationnels

Source de conflits aussi entre les armées et le gouvernement, le débat sur la hausse  des théâtres d'opération extérieure (OPEX) sur lesquels les armées peuvent s'engager. Durant le quinquennat de François Hollande, la multiplication des OPEX a été à l'origine de la surchauffe dans les armées. Ce débat a été clos par le ministère des Armées. Ce sera trois au maximum (contre deux à trois dans le Livre blanc de 2013) et c'est tout. Or l'armée française intervient déjà au Sahel (Barkhane), au Levant (Chammal) et au Liban (FINUL) comme l'a rappelé tout récemment Emmanuel Macron lors de ses vœux aux armées. Il y a peu de temps encore  le Centrafrique était considéré comme une OPEX à part entière.

Cette décision ne permet plus au Chef de l'Etat d'ouvrir le cas échéant un nouveau front. Du moins, en théorie... Limiter les théâtres opérationnels à trois permet toutefois au ministère de contenir les dépenses. Ainsi, l'Hôtel de Brienne va donc augmenter très faiblement le nombre d'avions de combat engagés dans  les OPEX. Actuellement douze avions sont prévus dans le cadre du Livre blanc de 2013 mais l'état-major des armées a dû engager au plus fort des combats plus de 20 avions en OPEX.

Une aviation de combat qui va rester en surchauffe

En dépit d'une surchauffe opérationnelle évidente (opérations extérieures, formation, surveillance du ciel français, exportation), l'armée de l'air semble être le parent pauvre de cette nouvelle LPM. Pour remplir toutes ces missions, la LPM va confirmer le nombre d'avions de combat de l'armée de l'air déterminés par le livre blanc de 2013 (180 appareils). Or, avec le nombre de contrats opérationnels en cours actuellement, les militaires estiment qu'il faudrait près de 210 avions en ligne pour les remplir. C'est niet.

Cette LPM va donc confirmer la reprise des livraisons des Rafale à l'armée de l'air en 2022. En attendant Dassault Aviation devra compter sur l'exportation pour faire tourner sa chaine de Mérignac (11 Rafale par an au minimum). C'est l'un des paris de la future LPM. C'était déjà le cas pour l'actuelle. En revanche, l'armée de l'air a été entendue pour renforcer la flotte des avions-ravitailleurs, dont le nombre de MRTT (Phénix) devrait sans doute passer à une quinzaine d'appareils. Les livraisons vont être accélérées en vue de remplacer les vieux KC-135 de Boeing, qui avaient quand même une moyenne d'âge canonique de 54,7 ans à fin 2017. La flotte des avions légers de surveillance sera également très certainement augmentée.

Marine et Armée de Terre plutôt préservées

Choyée par l'amiral Rogel, chef d'état-major particulier d'Emmanuel Macron à l'Elysée, la Marine semble être mieux la mieux lotie dans cette prochaine LPM. Outre la poursuite du programme des frégates de taille intermédiaire (FTI), elle va bénéficier d'une commande d'au moins deux patrouilleurs et d'un pétrolier-ravitailleur supplémentaires (quatre au total, dont le dernier exemplaire sera commandé hors LPM, au lieu de trois) ainsi que la rénovation d'Atlantique 2 en plus. Quant à l'armée de Terre, elle a obtenu des commandes supplémentaires, notamment plus de 50 Jaguar et plus d'une centaine de Griffon.

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Commentaires
a écrit le 07/02/2018 à 9:44 :
Nous n'avons pas fini de regretter Jean-Yves Le Drian, qui a été remplacé par une comptable placée à la tête du Ministère sans Défense.
a écrit le 07/02/2018 à 8:43 :
Autant il parait logique que l’Etat finance les militaires ayant actuellement à faire face à de nombreux conflits, autant il ne faut pas oublier l'autre guerre, plus importante, la guerre économique.

Après le repli effectué par les USA (OTAN, ONU, … après tout c’est leur droit et ils ont toujours alterné isolationnisme et interventionnisme, comme toutes les grandes puissances), il faut faire des choix.
- soit on s’en tient aux 2 % du PIB prévus dans le cadre de l’OTAN. D’après les données de la banque mondiale on était à 2.3 % en 2016, contre une moyenne de 1,4% pour les 28 pays européens.
- soit on mutualise au niveau Européen, ce qui est prévu dans le cadre de la CSP ou Politique de sécurité et de défense commune.
Vaste sujet, vieux comme le monde
- soit on donne dans la surenchère, au risque de creuser le déficit du pays.
Là aussi "le principe de réalité risque de s'imposer" en cas de hausse de la dette et surtout des taux d’intérêt, qui se profile à l’horizon.
a écrit le 06/02/2018 à 21:24 :
Puisque cet amiral d'eau douce (toute sa carriere faite sur la seine et sur les bateaux mouches) est contre l'armée de l'air et bien il ne lui reste plus qu'a envoyer le porte avions dans la bande sahelo-saharienne où il pourra accoster (Le pa) dans la rade de Bamako.
Voilà un outil très intéressant trois mois de mer et neuf mois de carène cherchez l'erreur
a écrit le 06/02/2018 à 17:22 :
qu'a programmé l'Allemagne ?
dépense de 1,2% PIB contre 2,3% en France, en 2016 (SIPRI). 12% de la dépense pour l'équipement, contre 25% en France et USA (OTAN).
d'après la presse d'outre-Rhin d'octobre/novembre 2017 (Focus magazine, Schleswig-Holsteinischer Zeitungsverlag), il n'y a plus de sous-marin allemand opérationnel et seulement 95 des 244 chars Leopard 2 sont disponibles. "L'Armée allemande n'existe plus", Slate, 22/02/2015. "L'état désolant de l'Armée allemande", L'Opinion, 26/09/2014.
a écrit le 06/02/2018 à 16:17 :
et il n'y a pas lieu de se réjouir : l'Allemagne ne compte pas augmenter son budget de la défense auquel Merkel avait pourtant promis de réfléchir !
a écrit le 06/02/2018 à 16:17 :
et il n'y a pas lieu de se réjouir : l'Allemagne ne compte pas augmenter son budget de la défense auquel Merkel avait pourtant promis de réfléchir !
a écrit le 06/02/2018 à 14:18 :
les militaires ont encore gagné : ils n'ont plus besoin de courage, il leur suffit d'avoir du fric mais c'est nous qui allons encore devoir les gaver : ils leur en faut des pauvres à ces ponctionniares aussi inutiles que rentiers !!!!!!!!!!!!
Réponse de le 06/02/2018 à 18:57 :
Etes vous un gauchistes ?
a écrit le 06/02/2018 à 13:43 :
Que voulez vous faire cet amiral d'eau douce qui a fait toute sa carrière dans les salons de l'hôtel de la marine a paris et qui de plus ne comprend rien aux affaires militaires puisse influer aux décisions du président de la république.
a écrit le 06/02/2018 à 13:09 :
"une première commande d'une dizaine d'appareils doit être notifiée en 2022 pour une livraison à partir de 2028"

Le ridicule ne tue pas...........
a écrit le 06/02/2018 à 13:00 :
Tous parlent du « budget de l’armée » qui n’en voit qu’une petite partie ! Il faudrait plutôt parler du budget des industriels de l’armement... Ils versent des larmes sur le pauvre soldat mal payé par Louvois mais facturent comme des bêtes !
a écrit le 06/02/2018 à 10:10 :
Les efforts doivent porter sur l armée de terre et sur ses matériels car c est cette armée qui dans les conflits fait le gros du travail !!L Armée de terre doit être soutenue dans les combats par des hélicoptères et des avions !!!faire l effort sur les avions pour la composante nucléaire ne sert à rien ,tout le monde sait que jamais un avion avec l arme nucléaire n arrivera au but donc faire l effort sur les sous marins nucléaires !!!quant à la marine parfois je me demande à quoi elle sert ??
Réponse de le 06/02/2018 à 12:26 :
"qui dans les conflits" conflits de quelle nature ? aujourd'hui le danger vient en grande partie de l'intérieur même de nos frontières ....et ce n'est pas avec des chars et des hélico que nous arriverons à l'éradiquer mais avec le renseignement , c'est à dire de la matière grise plus qu'avec des para !!
a écrit le 06/02/2018 à 10:08 :
La loi programme n est jamais respectée et celle venir peine simplement prévenir le remplacement de matériels uses par des engins neufs mais guere innovants . Pourquoi reste t on au liban ? Vieille habitude post coloniale sans efficacité voire dangereuse.il faudrait revoir toute notre Défense avec des moyens du XXI éme siècle c est à dire allongé stratégique et puissance de feu tous azimuts.mais on va gaspiller des milliards dans un service national non opérationnel etc...quant à l Europe elle est fragilisée par l instabilité allemande et bloquée sur un retour de la peur des russes.un effort au niveau de ce que fit faire de Gaulle avec la dissuasion et nombre de matériels alors à partir de 1958 est il possible ?
a écrit le 06/02/2018 à 9:39 :
Toujours la même médiocrité énarchique en somme. Rien à espérer de ces rentiers fonctionnaires arrogants et bornés.
Réponse de le 06/02/2018 à 11:02 :
Désolé pour vous mais en matière de défense ce sont les ingénieurs de l'armement qui ont le pouvoir et non les énarques !!! pour l'essentiel il s'agit de polytechniciens appartenant au corps de l'armement comme d'autres appartiennent au corps des mines ou des ponts !!!
Réponse de le 06/02/2018 à 14:20 :
à LDX : ce sont toujours des ponctionnaires inutiles et rentiers d'où qu'ils viennent et ces Lois du fric feront encore crever des agriculteurs et des artisans qui gavent ces inutiles depuis des lustres
a écrit le 06/02/2018 à 8:45 :
Encore un principe! Celui de précaution induirait la fin des actionnaires, dont le métier est de prendre des risques. J'aimerais avoir une claire image de la situation matérielle de nos armées; j'en suis resté à cette énormité du logiciel de paye, dont j'espère qu'elle a pris fin: on ne nous dit rien. Que nos armées soient partout alors que la France est en paix peut tout-de-même surprendre.
a écrit le 06/02/2018 à 7:58 :
Le Général Devillers traité comme un malpropre avait raison et combien la ministre n'est qu'un pion corvéable à merci mais aussi une énarque donc protégée par le clan. L'armée n'a pas besoin de ministre mais d'un simple fonctionnaire surtout pas haut car nous aurions encore l'énarque de service car ces besoins sont décidés à Bercy qui n' a cure d'une armée bien équipée pour préserver les militaires. L'armée court toujours avec un train de retard sur les équipements dont un meilleur pour les femmes et hommes des corps. Un jour peut-être aurons nous une armée qui ras le bol d'être déconsidérée, hors discours politique bien sur les discours sont ambitieux les moyens inversement proportionnel aux discours, pose l'arme aux pieds pour demander enfin une vraie place dans la politique des exécutifs surtout celui ci.
Réponse de le 06/02/2018 à 10:08 :
faut il le dire ici a moins de passer pour le vilain canard la majorité de l argent passe dans la défense nucléaire qui impact par retour les autres composants .cet état connu de tous est un choix le dire c est l assumer ! mais là on tire sur le politique qui lui n a pas le porte monnaie extensible
au final c est l impôt donc le contribuable qui paye
Réponse de le 06/02/2018 à 11:06 :
Il faudrait déjà être d'accord sur le rôle et les missions de l'armée dans le contexte actuel où le danger est difficilement identifiable et multiple .
a l'heure actuelle par exemple l'effort porte plus sur le renseignement que sur des actions .

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