Budget des armées : les incroyables montagnes russes de 2017

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Avec le dégel des 700 millions d'euros en fin d'année, Florence Parly aura certainement regagné du crédit auprès de ses troupes traumatisées par la démission du général Pierre de Villiers en juillet.
Avec le dégel des 700 millions d'euros en fin d'année, Florence Parly aura certainement regagné du crédit auprès de ses troupes traumatisées par la démission du général Pierre de Villiers en juillet. (Crédits : Reuters)
Trois ministres, une démission inédite du chef d'état-major des armées, un gel de 2,7 milliards d'euros et, au final, un dégel de 1,9 milliard d'euros. Les militaires ont connu en 2017 des très hauts et des très bas tout au long du dernier exercice budgétaire.

Une année incroyablement dense... Âmes sensibles s'abstenir.  En 2017, l'exécution du budget du ministère des Armées a balloté toute l'année dernière les militaires sur des montagnes russes. Trois ministres, une démission inédite du chef d'état-major des armées, un gel de 2,7 milliards d'euros et, au final, un dégel de 1,9 milliard d'euros. Le budget des Armées n'est pas passé loin d'un crash mais, finalement, dans les tout derniers jours de 2017, la pièce est tombée du bon côté le 26 décembre pour les militaires avec l'octroi in extremis des 700 millions d'euros encore gelés.

C'était semble-t-il inespéré pour les militaires, car Bercy bataillait encore à la veille des fêtes de fin d'année pour ne dégeler que la moitié de la somme gelée. Pas de trêve pour Bercy et l'hôtel de Brienne. Mais, au final, Florence Parly a eu gain de cause auprès de Matignon, explique-t-on de source proche du dossier.

Une crédibilité retrouvée ?

Avec ce succès, la ministre aura certainement regagné du crédit auprès de ses troupes traumatisées par la démission du général Pierre de Villiers en juillet. Dans la foulée, la direction générale de l'armement (DGA) et l'état-major des armées se sont employés à dépenser au plus vite ces 700 millions d'euros avant la fin de 2017. Ainsi, le ministère des Armées a dépensé au total 33,4 milliards d'euros. Soit 700 millions de plus que le budget exécuté en 2016 (32,7 milliards) et que... le budget 2017 voté en loi de finances initiale.

Ce tour de force a également permis de réduire le report de charge de 200 millions d'euros, passant de 3,1 milliards à 2,9 milliards d'euros... alors que le ministère le prévoyait en septembre à hauteur de 3,4 milliards. "Le report de charge passe sous la barre des 3 milliards pour la première fois depuis 2011", se réjouit un proche du dossier.

Un gel de 2,7 milliards d'euros

Pourtant tout avait mal commencé. Début 2017, Bercy gèle 2,7 milliards d'euros comme La Tribune le révélait en juin. Le cabinet de la ministre des Armées, Sylvie Goulard, qui a succédé à Jean-Yves Le Drian, confirme à l'AFP ce gel d'environ 2,66 milliards d'euros (réserve de précaution, gels et surgel) : une réserve de précaution (1,6 milliard d'euros), des crédits de report gelés (715 millions d'euros environ) ainsi que d'autres mesures de régulation adoptées. Un véritable "stress test" pour la nouvelle ministre Sylvie Goulard, qui démissionne quelques jours plu tard en plein salon du Bourget  en raison d'une enquête sur des assistants parlementaires fictifs du MoDem. Elle est remplacée par Florence Parly.

Quelques semaines après l'élection d'Emmanuel Macron, qui a beaucoup promis aux militaires pendant la campagne présidentielle, la tension monte de plusieurs crans entre l'exécutif et les militaires. Elle ira crescendo jusqu'à la démission du chef d'état-major des armées un peu après le 14 juillet. Car Bercy, après avoir été mis sous l'éteignoir par Jean-Yves Le Drian, ne désarme jamais.

Annulation de 850 millions d'euros de crédits

Début juillet, le ministère de l'Economie transmet à Matignon une proposition pour réduire de 850 millions d'euros le budget de la défense en 2017. Cette proposition met le feu aux poudres au sein de l'état-major des armées, qui s'inquiète pour la remontée en puissance du budget de la défense promise par Emmanuel Macron. A raison car le 11 juillet, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin confirme à la veille du 14 juillet dans une interview accordée au Parisien l'annulation de 850 millions d'euros. Du jamais vu... Les militaires sont furieux. D'autant que le ministère des Armées paie le plus lourd tribut au coup de rabot du gouvernement (850 millions sur un total de 4,5 milliards d'euros) alors que la France est en guerre. Soit près de 20% du total de la somme économisée.

Pierre de Villiers se sent trahi. Auditionné un jour plus tard par la commission de la défense de l'Assemblée nationale, le chef d'état-major des armées laisse éclater sa colère "en off" devant les députés à propos des coupes budgétaires. "Je ne me laisserai pas b..... comme cela" par Bercy, glisse-t-il aux députés, jugeant la trajectoire budgétaire "non tenable" pour les armées. Les propos du général fuitent dans la presse. Ce qui irrite au plus haut point l'Elysée. Le 13 juillet au soir, Emmanuel Macron exécute en public le chef d'état-major des armées lors de la traditionnelle réception au ministère des Armées la veille du 14 juillet. Le général Pierre de Villiers quitte quelques heures plus tard la cérémonie blême.

"Je considère pour ma part qu'il n'est pas digne d'étaler des débats sur la place publique. J'ai pris des engagements, je suis votre chef. Les engagements que je prends devant les concitoyens, devant les armées, je sais les tenir et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression, de nul commentaire", lance le président de la République d'un ton très ferme devant les militaires abasourdis, les invités internationaux étonnés et les industriels inquiets.

Crise entre Emmanuel Macron et le général de Villiers

En dépit d'une trêve lors de la cérémonie du 14 juillet, ni le président de la République, ni le chef d'état-major des armées ne désarment en dépit des appels aux cessez-le-feu depuis le très (trop) violent recadrage en public d'Emmanuel Macron dans les jardins de l'Hôtel de Brienne contre le général de Villiers. Le Chef de l'Etat, cité par le Journal du dimanche (JDD), estime que rien ne doit opposer le président de la République et le chef d'état-major des armées trois jours après le premier recadrage du général Pierre de Villiers.

" La République ne marche pas comme cela", affirme le président au JDD. "Si quelque chose oppose le chef d'état-major des armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change".

De son côté, le chef d'état-major des armées disserte sur Facebook sur la confiance. Il conclut sur cette recommandation : "Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu'on vous l'accorde ou que vous l'accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d'être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l'obéissance active, là où l'adhésion l'emporte sur la contrainte". Le 19 juillet, le général démissionne.

Florence Parly obtient un premier dégel

Florence Parly a perdu une bataille mais elle ne renonce pas. "La question c'est de savoir quels succès je remporterai. Il n'y a aucun doute sur ma volonté", explique-t-elle alors. Au plus fort de la crise, elle est complètement inaudible mais sa persévérance et sa loyauté vis-à-vis d'Emmanuel Macron vont être récompensée. A la fin du mois de juillet, elle obtient un premier dégel de 1,2 milliard d'euros. Mais le compte n'y est pas. Pour les militaires, le traumatisme est encore trop récent pour vraiment apprécier ce premier succès de la ministre.

La rentrée apporte en outre un nouveau répit pour Florence Parly. Les tensions liées à la fin de gestion du budget 2017 se réduisent un tout petit peu. Contrairement aux années précédentes, il n'y aura pas a priori de dérapage des dépenses de fonctionnement (Titre 2) en 2017. "Le Titre 2 est bien tenu", assurait-on à La Tribune. Sur les six dernières années, le dérapage s'est pourtant élevé en moyenne à 190 millions d'euros par an, avec un pic en 2012 (278 millions). Un ennui de moins pour la ministre...

Une fin de gestion parfaite

Florence Parly va également obtenir une belle victoire en novembre. Le solde du surcoût des opérations extérieures (OPEX) des armées sera financé en 2017 par la solidarité interministérielle à hauteur de près de 400 millions d'euros, au nom de l'effort national de défense, annonce-t-elle sur RFI. En fait, précisément 365 millions qui correspondent au solde du surcoût OPEX et OPINT (opérations intérieures) de 2017. Le ministère avait pour sa part déjà financé une bonne partie du surcoût des OPEX : 450 millions en loi de finances initiale (LFI), 643 millions dans le cadre du décret d'avance du 20 juillet dernier et 43 millions attendus d'organismes internationaux. Soit 1,13 milliard d'euros déjà réglés sur un surcoût total des OPEX et OPINT estimé à environ 1,5 milliard d'euros.

Surtout le 23 décembre, elle gagne l'arbitrage qu'il ne fallait absolument pas perdre (700 millions d'euros dégelés). Ce qui permet aux armées d'entamer l'exercice 2018 sur des bases budgétaires saines. D'autant que le gel de début d'exercice sera beaucoup moins élevé que celui de 2017 pour permettre une meilleure sincérité budgétaire. A surveiller. "Le ministère a eu une attention de tous les instants pour obtenir ce résultat essentiel", estime-t-on. La démission du général de Villiers aura peut-être aussi servi à protéger les armées... même si elles vont progressivement payer tous les surcoûts des OPEX (650 millions d'euros en 2018, 850 millions en 2019, 1,1 milliard en 2020).

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a écrit le 16/01/2018 à 18:44 :
Je ne vois pas où est le miracle de Mme Parly....nous sommes en déficit et le "déblocage" n'est rien moins qu'une augmentation du deficit qui a certainement était pour partie "compensée" par d'autres economies. D'une part ce cirque avec le chef d'Etat Major était inutile....sauf si Macron, ne le supportant pas, l'a poussé à commettre "le" crime de lèse majesté...pour le virer...lui qui n'a jamais fait son service militaire et qui adore se déguiser en militaire pour assouvir un rêve de petit garçon...c'est assez cocasse 😁
Réponse de le 17/01/2018 à 0:03 :
il y a eu "déblocage" : les recettes fiscales du 4 è trimestre ayant été supérieures aux prévisions budgétaires et le déficit est inférieur à ce qui avait été prévu. Quant à la fin de votre commentaire .... du grand délire....
a écrit le 16/01/2018 à 14:48 :
C'est de la comédie tout ça, on sait que le privilège du roi c'est de fabriquer de la monnaie out of thin air. En periode de très faible inflation ou la preoccupation est la deflation et à l'echelle de la 5eme puissance mondiale c'est une goutte d'eau.

Du temps des pompidou/chirac la fausse monnaie circulait dans des enveloppes

"Abraham Lincoln , Président des États-Unis étant à court d’argent pour financer les armées du Nord, partit voir les banquiers de New-York, qui lui offrirent de l’argent à des taux allant de 24 à 36 %. Lincoln refusa, sachant parfaitement que c’était de l’usure et que cela mènerait les États-Unis à la ruine. Son ami de Chicago, le Colonel Dick Taylor, vint à la rescousse et lui suggéra la solution : « Que le Congrès passe une loi autorisant l’émission de billets du Trésor ayant plein cours légal, payez vos soldats avec ces billets, allez de l’avant et gagnez votre guerre. "
Réponse de le 16/01/2018 à 19:33 :
Je crois que vous avez raté la fin des avances au Trésor par la Banque de France en 1973 et l'indépendance de la Banque de France en 1993...
a écrit le 16/01/2018 à 14:39 :
Je pense que l'effort en matière de régalien doit se traduire par des impôts dédiés sur ce domaine si on veut d'une part maintenir une discussion raisonnable (tout effort a ses limites) et d'autre part éviter des raisonnements stupides du genre : le niveau global des prélèvements devant baisser et le budget des armées augmenter alors il faut supprimer des établissements scolaires, des universités, sous-payer les médecins, etc...La globalisation des budgets et la non affectation des dépenses aux recettes trouvent là aussi des limites. Les français doivent payer leur protection et pour cela on peut trouver des taxes adaptées : une ligne de la taxe foncière pour l'état par exemple ou la TVA sur les produits. On peut aussi "pédagogiquement" financer une partie significative de la dissuasion nucléaire (un des deux vecteurs qui nous restent par exemple) par l'IFI comme ça les adeptes de la suppression de l'IFI prendront leur responsabilité. C'est trop facile de vouloir toujours augmenter les dépenses et baisser les impôts...
a écrit le 16/01/2018 à 11:03 :
le budget militaire est beaucoup impacté par le nucléaire et donc par ricochet les autres
parties de l armée ont les miettes du budget , réflexion a avoir .
sinon pourquoi l armée faisait elle payer les opérations extérieures sur les autres budgets
de l état assumons une fois pour toute les budgets intégraux .
c est comme la taxe inondation qui vient d apparaitre après avoir été voté il y a 4 ans

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