En tant que missilier, MBDA est au cœur de l'économie de guerre en France, et, au-delà, de la demande de missiles en très forte croissance dans le monde. Jusqu'ici tout va bien comme les résultats 2024 l'illustrent mais MBDA doit se réorganiser pour pouvoir être en mesure de livrer le carnet de commandes stratosphérique (plus de 36 milliards d'euros environ à fin 2024) beaucoup plus vite qu'actuellement. Car aujourd'hui, ce qui est essentiel pour les pays acquéreurs, qui ont besoin de se réarmer très rapidement, ce sont des délais de livraison. Certains pays, proches de la Russie notamment, veulent être fin prêts pour faire face à un conflit qui peut survenir très rapidement. « Le grand changement depuis février 2022, c'est que brutalement le temps s'est mis à compter », avait expliqué en mars 2024 le PDG de MBDA Eric Béranger
Or, le profil d'une entreprise comme MBDA, qui présente un carnet de commandes de 36 milliards avec un chiffre d'affaires de près de 5 milliards, pourrait être considéré comme inquiétant par les pays acheteurs. Ce carnet génère au moins cinq ans d'activité pour MBDA. Ce qui constitue beaucoup trop d'attente pour les États, qui estiment être dans un contexte d'urgence. En dépit de 2,4 milliards d'euros d'investissements programmés entre 2023 et 2028, l'organisation industrielle de MBDA, qui date de sa création en décembre 2001, reste largement perfectible pour accompagner cette période inédite.
Lors des vingt premières années de son existence, les délais de livraison - voire produire -, n'était pas nécessairement la priorité. Ainsi, par exemple, il y a dix ans, MBDA réalisait en 2014 un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros pour un carnet de commandes de 12,6 milliards. Mais, depuis deux ans, le missilier a complètement changé de dimension sur le plan commercial mais pas forcément sur le plan industriel. « Soit MBDA se réorganise pour atteindre rapidement un chiffre d'affaires de 6 milliards d'euros, soit ce sera un échec pour écouler rapidement ce carnet de commandes », a expliqué dans une interview accordée à La Tribune, le codirecteur général de Leonardo, Lorenzo Mariani.