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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

MSC et RCCL : l'étrange choix d'Emmanuel Macron pour STX

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 02 juin 2017 à 11:00 - Mis à jour le 03 juin 2017 à 08:23

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Emmanuel Macron souhaite changer l'accord de reprise de STX France par des entreprises italiennes. Une décision qui passe très mal en Italie.

Sur le dossier STX, Emmanuel Macron s'engage sur un chemin compliqué. Il est d'abord dangereux de vouloir défaire un accord conclu de haute lutte entre la France et l'Italie. Les dossiers industriels entre les deux pays sont toujours explosifs. D'autant que cet accord était ardemment souhaité par les Italiens, dont Fincantieri, et a été très soutenu par le président du conseil Paolo Gentiloni, qui a appelé plusieurs fois François Hollande. Tout comme Enrico Letta, l'ancien président du conseil. La décision du président français de modifier l'accord passe d'ailleurs mal en Italie, comme en témoignent les titres de la presse transalpine.

"Je veux aussi vous dire qu'au-delà, en lien avec nos amis italiens - et j'ai parlé hier au président du conseil Paolo Gentiloni - et en lien avec les principaux clients des chantiers, je souhaite que les équilibres de principe trouvés en avril 2017 puissent être revus", a expliqué mercredi lors d'un déplacement à Saint-Nazaire Emmanuel Macron, qui s'adressait aux salariés de STX France.

Évolution du tour de table

Le chantier naval italien Fincantieri a signé le 19 mai en Corée du Sud un accord pour le rachat de 66,66% des chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) à son actionnaire actuel, STX Europe AS, pour 79,5 millions d'euros. Puis selon un accord négocié par l'ancien gouvernement, Fincantieri devait reprendre d'abord 48% du capital des chantiers de Saint-Nazaire et rester minoritaire pendant au moins huit ans, épaulé par le mystérieux investsseur italien Fondazione CR (Cassa di Risparmio) basé à Trieste à hauteur d'environ 7%. Côté français, l'État devait conserver un tiers du capital et un droit de veto tandis que le groupe naval DCNS entrerait à hauteur de 12%.

Selon le journal Le Monde, confirmé par nos informations, l'Élysée veut écarter la fondation italienne jugée trop proche de Fincantieri. La présidence de la République souhaite faire entrer à sa place deux nouveaux actionnaires, MSC et RCCL, les deux compagnies de croisières clientes de Saint-Nazaire. A quels niveaux ? Le Monde écrit que les deux croisiéristes auraient ensemble environ 10% du capital. Voire plus si DCNS ne fait plus partie du tour de table, comme le souhaiteraient ses deux actionnaires (Défense et Thales). Mais ont-ils voix au chapitre sur ce dossier? En tout cas, tout est fait pour priver Fincantieri d'une majorité de contrôle.

Des clients au capital de STX

Faire entrer MSC et RCCL dans le capital de STX, deux de ses principaux clients qui connaissent sur le bout des doigts le marché et ses prix, c'est un peu comme "faire entrer Air France et Lufthansa dans le capital d'Airbus". Le choix d'Emmanuel Macron est pour le moins étrange. Cela peut peut priver STX de marges de négociations dans les contrats avec MSC et RCCL. Au pire c'est aussi faire fuir les concurrents.

Dans un secteur aussi difficile, cela risque de compliquer les règles du jeu pour STX. Car les marges de la construction des bateaux de croisière sont effectivement faibles (autour de 2%) et, en même temps, les chantiers navals doivent disposer d'énormément de cash. Un chantier naval ne reçoit qu'un acompte de 15% de la valeur du bateau à la signature du contrat, le reste à la livraison. Il n'y pas de lissage de cash lié à l'avancement du bateau. Enfin, les pénalités sont lourdes en cas de retard à la livraison.

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Fincantieri, le chantier qui faisait peur aux croisiéristes

C'est pour cela que la reprise de STX Saint-Nazaire par Fincantieri inquiétait les croisiéristes, qui ne voyaient pas d'un bon œil une concentration de ce secteur autour de deux chantiers navals. Car jusqu'ici les croisiéristes maîtrisaient les prix des navires face à des chantiers navals qui sont prêts à rogner sur leurs marges pour obtenir des contrats.

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Face à un duopole composé de Fincantieri et de l'allemand Meyer Werft, dans la construction des très grands bateaux de croisière, ils ne peuvent plus peser autant sur les prix. D'où vraisemblablement l'intérêt de deux croisiéristes - MSC Croisières et Royal Caribbean Cruises - de monter dans le capital de STX pour contrôler les prix. De plus MSC connait très bien le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, qui a été le directeur financier... du croisiériste juste avant d'être rappelé par Emmanuel Macron. Ce qui rend très nerveux les Italiens prêts à y voir des soupçons de conflit d'intérêt.

Michel Cabirol

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