Le leader européen des explosifs, propulseurs et combustibles pour les munitions d'artillerie devrait enregistrer une croissance de son chiffre d'affaires de plus de 80% à l'horizon de 2025. Une dynamique générée par la multiplication des tensions internationales, dont la guerre en Ukraine où les besoins sont colossaux.La discrète entreprise Eurenco prend actuellement toute la lumière des projecteurs. Il est vrai qu'elle est le symbole du ministère des Armées qui souhaite relocaliser des activités souveraines en France pour renforcer la résilience de l'industrie de défense. Basée à Sorgues (Vaucluse), cette ETI a pris le risque de réaliser un investissement important de 50 millions d'euros pour relocaliser une activité de poudres de gros calibre à Bergerac (Dordogne), principalement destinées à l'artillerie de 155 mm. En 2007, Eurenco, au bord du gouffre, avait dû rationaliser « son outil industriel en délocalisant cette production sur son site suédois tout en conservant la propriété du savoir-faire technologique en France », a souligné un rapport parlementaire sur les stocks de munitions publié la semaine passée. La poudre était également achetée auprès de fournisseurs italiens, allemands et suisses.
Eurenco souhaite aller vite. Ce site, qui aura une capacité de 500.000 charges modulaires, sera mis en service début 2025 et Eurenco et va recevoir avant cet été les machines de production nécessaires à la fabrication des poudres. Pour soutenir l'initiative d'Eurenco, le ministère des Armées a pour sa part décidé de passer une commande pluriannuelle de charges modulaires (livraison prévue entre 2026 et 2030) et de prendre en charge la requalification des poudres, selon nos informations. Soit un total de 10 millions d'euros. « Il n'y a pas de scénario dans lequel on ne doit pas accélérer et sécuriser la production de munitions. C'est vrai parce que l'Ukraine va connaître des besoins importants dans les semaines et mois à venir ou pour recompléter les stocks des armées », a d'ailleurs estimé le ministre des Armées, Sébastien Lecornu.
Chiffre d'affaires : un bond de plus de 80% en quatre ans
Société publique (détenue par SNPE SA depuis janvier 2023 au lieu de GIAT Industries), Eurenco est en plein boum depuis 2020 et bénéficie à plein de l'instabilité et des risques géopolitiques internationaux pour engranger les commandes. La guerre en Ukraine n'a fait qu'accélérer cette dynamique depuis le déclenchement des hostilités par la Russie il y a tout juste un an. L'export, qui constitue les deux tiers du chiffre d'affaires d'Eurenco, « va être soutenu pendant les dix prochaines années. Aujourd'hui j'ai des commandes fermes jusqu'en 2027 », a affirmé mercredi au ministère des Armées le PDG d'Eurenco, Thierry Francou. Un investissement qui n'a été possible que grâce à l'obtention de ces commandes fermes (acomptes notamment puis la visibilité) qui permettent de sécuriser ce financement. « Ce qui permet d'entretenir une filière souveraine c'est l'export », a-t-il rappelé.