La startup ION-X va faire voler aujourd'hui son premier moteur à propulsion ionique à bord d'un satellite danois lancé par SpaceX. Ce vol est un moment clé pour la startup francilienne dirigée par Thomas Hiriart. Ce vol va permettre à ION-X de changer d'échelle, notamment de passer d'un stade de startup R&D à une PME industrielle à condition de réussir à faire voler le satellite de Space Inventor, dans le cadre d'une mission de l'Agence spatiale européenne.LA TRIBUNE - ION-X arrive sur un marché déjà très occupé par de nombreuses sociétés, des startups et des PME mais aussi des grands groupes comme Safran. En quoi vous vous distinguez par rapport à eux ?
Thomas Hiriart : Notre technologie est basée sur la propulsion ionique qui rassemble de nombreux avantages. Le premier réside dans sa compacité, c'est-à-dire la capacité à miniaturiser le propulseur pour des satellites pesant entre 10 et 150 kilos. Le deuxième point majeur, c'est son efficacité. Nous répondons aujourd'hui aux besoins d'un satellite de 50 kilos sur une durée de vie de plusieurs années, avec seulement quelques centaines de millilitres de carburant. Le troisième avantage vient du carburant lui-même: il s'agit d'un liquide ionique, c'est un sel soluble produit en France, et non toxique. Et enfin, nous sommes capables de livrer notre moteur avec des délais de mise en œuvre et des coûts de production compatibles avec les besoins des petites constellations. Toutes ces caractéristiques font que notre technologie est réellement différenciante par rapport à ce qui existe sur le marché et répond aux besoins des clients.
Au niveau du prix, comment vous situez-vous ?
Sur notre marché cible, à savoir les satellites entre 10 et 150 kilos, nous sommes globalement en ligne avec les prix pratiqués par nos concurrents.
Quelles sont vos chances de succès par rapport à des concurrents déjà bien établis comme ThrustMe, Exotrail, Safran, Enpulsion ?
Le marché de la propulsion se divise en taille de satellites et par conséquent, en technologies de propulsion pour ces différents satellites. Les plus gros satellites de plusieurs centaines de kilos à plusieurs tonnes vont utiliser la technologie la plus utilisée aujourd'hui : les moteurs à effet Hall. Sur ce marché, il existe des acteurs comme Safran pour les plus gros satellites, et des PME comme Exotrail en France sur les plus petits de ces gros satellites. Chez ION-X nous développons une technologie de propulsion pour petits satellites, allant de 10 à 100/150kg. Nous ne sommes donc pas en confrontation avec les moteurs à effet Hall qui sont très difficilement miniaturisables parce qu'ils embarquent un gaz (le xénon) qui est pressurisé à une centaine de bars. C'est comme si on essayait de faire tenir une bouteille de plongée dans un satellite qui fait la taille d'une boîte à chaussures. Pour notre marché cible, les moteurs à effet hall sont assez peu utilisés.
Propos recueillis par Michel Cabirol