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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Nouvelle fusion dans l'aéronautique : UTC rachète Rockwell Collins pour 30 milliards de dollars!

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 05 septembre 2017 à 10:16 - Mis à jour le 05 septembre 2017 à 14:54

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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Le conglomérat industriel américain United Technologies (UTC) a annoncé avoir conclu un accord pour racheter l'équipementier aéronautique Rockwell Collins pour 30 milliards de dollars. Avec le projet de rachat de Zodiac par Safran, il s'agit d'une nouvelle étape dans la consolidation du secteur.

La consolidation se poursuit à un rythme effréné dans l'aéronautique. Alors que le processus de rachat de Zodiac Aerospace par Safran est en cours, que le fabricant de sièges B/E Aerospace a été racheté en juin par Rockwell Collins, ce dernier n'a même pas le temps de digérer cette acquisition à 6,4 milliards de dollars qu'il va lui-même être mangé par le conglomérat industriel américain United Technologies, maison mère du motoriste Pratt & Whitney pour un montant de 30 milliards de dollars (25,2 milliards d'euros), dettes comprises (7 milliards de dollars). L'an dernier, UTC avait refusé les approches de son compatriote Honeywell, estimant son offre d'achat (90 milliards de dollars) trop faible. Aujourd'hui, sa valorisation boursière s'élève à 94,2 milliards de dollars.

L'opération devrait être bouclée au troisième trimestre 2018

L'accord entre les deux groupes a été annoncé ce lundi. Le prix d'achat représente une prime de 17,6% par rapport au cours de Rockwell Collins avant le 4 août (119 dollars), date à laquelle les premières rumeurs de fusion ont circulé. Le groupe de Farmington (Connecticut) versera 140 dollars par action Rockwell Collins, dont 93,33 dollars en cash et 46,67 dollars en action.

United Technologies prévoit de boucler l'acquisition au troisième trimestre 2018.
Avec ce rachat, UTC devient l'un des plus grands équipementiers aéronautiques présent à la fois sans le civil et la défense. Le groupe pèsera plus de 62 milliards de dollars (52,1 milliards d'euros) de chiffres d'affaires. UTC réalise en effet un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 58 milliards de dollars et emploie plus de 200.000 personnes, tandis que Rockwell Collins dégage un chiffre d'affaires de 6 milliards de dollars et emploie 19.000 personnes.

A titre de comparaison, celui de Boeing atteint 95 milliards de dollars.

"Cette acquisition apporte d'énormes capacités supplémentaires à nos activités aéronautiques et renforce notre offre complémentaire de systèmes aéronautiques technologiquement avancés", a commenté le PDG d'UTC, Greg Hayes, dans un communiqué. "Ensemble, Rockwell Collins et UTC Aerospace Systems apporteront une nouvelle valeur à la clientèle dans un secteur aéronautique en rapide évolution en fabriquant des aéronefs plus intelligents et plus connectés", a-t-il ajouté.

L'entité aéronautique du groupe baptisée Collins Aerospace Systems

L'accord prévoit que Rockwell Collins, spécialisé dans l'avionique et les intérieurs pour cabines, et le pôle aéronautique d'United Tech, qui inclut notamment moteurs d'avions, cockpits, systèmes de ventilation et tous les appareils mécaniques utilisés dans l'aviation, donneront naissance à une entité du groupe UTC baptisée Collins Aerospace Systems. Pour rappel, UTC est présent dans d'autres domaines que l'aéronautique. Le conglomérat possède également les ascenseurs Otis et les climatiseurs Carrier.

Course à la taille

Cette course à la taille constitue une réponse à la baisse des prix imposée par les avionneurs. Si celle-ci ne date pas d'hier, l'environnement aéronautique accentue aujourd'hui cette tendance qui pousse les équipementiers à se regrouper rapidement. Avec l'absence de nouveaux programmes d'avions et de la faiblesse du prix du carburant qui n'incite pas les compagnies aériennes à commander des appareils neufs, les constructeurs d'avions cherchent davantage à se différencier par une baisse des prix des avions. Ne voulant pas sacrifier leurs marges, ils accentuent la pression sur les prix des achats commandés aux équipementiers, lesquels n'ont pas d'autres choix que de se regrouper pour pouvoir absorber la baisse des prix.

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Cette course à la taille permet également aux équipementiers concernés d'anticiper la pression sur les prix que ne manqueront de tenter d'imposer dans les négociations les avionneurs quand ils lanceront de nouveaux programmes. Certes, la taille ne fait pas tout, mais elle a beaucoup de sens quand elle permet à un équipementier d'être incontournable sur certains "packages" sur lesquels il est difficile de les court-circuiter.

La concurrence des avionneurs

La création de ce nouveau géant parmi les fournisseurs de pièces aéronautiques survient à un moment où Boeing et Airbus s'emploient à développer les services aux opérateurs (qui englobe la maintenance des appareils et des réacteurs -réparation et révision-, la modification des cabines, la connectivité des avions, la gestion des systèmes de navigation aérienne, les services d'ingénierie et de traitement des données d'information, la formation...), qui constituent le gagne-pain à des bénéfices de leurs fournisseurs. Pour capter ce marché, Boeing a annoncé en juillet la mise en place de Boeing Global Services (BGS), une division spécifique, qui vise un chiffre d'affaires de 50 milliards de dollars par an dans les cinq à dix prochaines années.Une décision qui a fait tiquer la direction d'UTC.

"Si d'un coup nous perdons la maintenance, je n'ai plus vraiment d'affaires", avait déclaré fin juillet Gregory Hayes. Pour compenser ce manque-à-gagner, "nous allons devoir repenser la façon dont nous fixons les prix des produits", avait-il indiqué.

Pour Safran, cette acquisition valide son projet de racheter Zodiac.

"QueUTCachète Rockwell qui vient lui-même de racheter B/E Aerospace prouve qu'ils sont intéressés par ces activités "intérieurs", donc notre mouvement à nous n'est pas stupide et n'est pas dépourvu de création de valeur à terme pour l'entreprise", a déclaré son directeur général, Philippe Petitcolin en marge de l'Université de la Défense à Toulon. "Est-ce que ça va changer quelque chose de façon fondamentale pour une société comme la nôtre ? Je ne pense pas", a-t-il ajouté.

L'acquisition de Rockwell Collins va donner à UTC plus de poids dans les négociations avec Boeing et Airbus, dans le secteur des services.

Philippe Peticolin a expliqué en particulier ne pas craindre de pressions supplémentaires sur les prix.

"Ce n'est pas parce que vous êtes plus gros que vous aurez plus de poids dans les compétitions", a-t-il observé.

Le mariage entre les américains ne change pas la donne pour Thales, qui est renforcé par son exposition aux nouvelles technologies, a déclaré  à Reuters le PDG du groupe français, Patrice Caine.

"A l'instant t=0, cela ne change rien" a-t-il dit en marge de l'Université de la Défense. "La course à la taille, je n'y ai jamais trop cru (...). Un groupe comme le nôtre est suffisamment diversifié pour être résilient vis-à-vis de ce type de mouvement", a-t-il ajouté.

Patrice Caine a dit vouloir poursuivre le développement de Thales dans le digital appliqué à ses activités d'aérospatiale, de sécurité, de transport et de défense, se renforçant notamment dans l'analyse de données, l'intelligence artificielle et la cybersécurité. "C'est cette dualité qui va nous différencier de plus en plus", a-t-il estimé.

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Avec cette opération se pose déjà l'avenir d'Honeywell. Alors que des rumeurs ont récemment fait état d'une vente, certains observateurs estiment que, dans cette hypothèse, seul General Electric est capable de lui mettre lui mettre la main dessus. Cela lui assurerait une belle complémentarité avec son activité de moteurs d'avion.

| Voir ici le débat du Paris Air Forum : Jusqu'où a consolidation dans l'aéronautique?

Fabrice Gliszczynski

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