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OneWeb : Mort ou vif ?

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 17 avril 2020 à 15:34 - Mis à jour le 20 avril 2020 à 20:52

La période sous le chapitre 11 peut permettre à OneWeb de se restructurer et de trouver de nouveaux investisseurs intéressés par le marché de la connectivité mobile pour les avions, les bateaux... (sur la photo, le fondateur Greg Wyler)

La période sous le chapitre 11 peut permettre à OneWeb de se restructurer et de trouver de nouveaux investisseurs intéressés par le marché de la connectivité mobile pour les avions, les bateaux... (sur la photo, le fondateur Greg Wyler)

OneWeb

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La constellation de 650 satellites fait l'objet de nombreux intérêts. SpaceX est sur les rangs pour reprendre ses fréquences. Les GAFA, notamment Amazon, pourraient être intéressés à condition de vouloir se lancer vers de nouveaux marchés. Les opérateurs de satellites traditionnels ne se lanceront pas dans de folles enchères. Et si l'Europe se mobilisait pour un tel projet de fourniture d'internet à haut débit.
Après le crash, la résurrection ? La constellation OneWeb va-t-elle pouvoir renaître de ses cendres sous une autre forme et avec un autre nom ? C'est possible mais sans garantie pour le moment. On devrait en savoir beaucoup plus d'ici à fin juin, selon une source proche du dossier. La société OneWeb, qui s'est placée il y a trois semaines environ sous le chapitre 11 a

uprès du tribunal de faillite

de New York et a déjà licencié 85% de son personnel, fait actuellement l'objet de nombreuses expressions d'intérêt. La période sous le chapitre 11 peut permettre à OneWeb de se restructurer et de trouver de nouveaux investisseurs intéressés par le marché de la connectivité mobile (avions, bateaux...) D'autant qu'avec des satellites déjà en orbite et une production désormais rodée au sein de la coentreprise de OneWeb et d'Airbus - elle n'est pas sous chapitre 11 -, le projet reste séduisant.

Toutefois, les éventuels investisseurs, qui ont accès à de nombreuses information sur OneWeb, ont-ils un intérêt réel sur les actifs de la société basée à Londres ou font-ils uniquement de l'intelligence é

conomique ? Si le dossier OneWeb suscitait in fine des enchères, la compétition risque d'être féroce et passionnante au regard des enjeux de business que peut générer à l'avenir la fourniture d'un service internet à haut débit ayant une couverture mondiale via une constellation en orbite basse.

L'avantage de mettre en œuvre des constellations avec autant de satellites se trouve dans la réduction de la latence de bout en bout, élément clé pour garantir une meilleure expérience à l'utilisateur lorsqu'il utilise des services internet. 

Alors, quels repreneurs possibles pour OneWeb ?

SpaceX sera-t-il le vautour de OneWeb?

Qui peut reprendre OneWeb, qui a annoncé vouloir se vendre au plus offrant ? Quel investisseur ou consortium d'investisseurs aura les reins solides pour poursuivre les lourds investissements lancés par les précédents actionnaires ? Et qui a intérêt à rependre OneWeb ? Au premier rang, il y a Elon Musk et SpaceX, qui verrait plutôt d'un bon œil la faillite pure et simple de son principal concurrent dans la fourniture de services internet à haut débit grâce à une couverture globale. SpaceX ne peut pas en tout cas se désintéresser du dossier OneWeb s'il suscitait réellement un intérêt de la part de nouveaux investisseurs. D'autant que son concurrent a obtenu les droits de fréquences contrairement à SpaceX avec la constellation Starlink, qui pourrait être composée de plus de 40.000 satellites (soit une constellation initiale de 12.000 satellites, complétée par 30.000 unités supplémentaires).

OneWeb et SpaceX s'étaient livrés jusqu'ici à une féroce compétition pour attirer les investisseurs dans leur projet respectif. C'était d'ailleurs le nerf de la guerre pour ces deux constellations. Car, tout comme OneWeb, SpaceX semble aussi avoir quelques  difficultés à financer son projet Starlink, bien masquées pour l'heure par ses activités de lancement financée par la dépense publique américaine (civile et militaire). Toutefois, "SpaceX a bien développé son business en faisant le pari que OneWeb tomberait le premier et ne serait pas repris, explique un observateur proche du dossier. SpaceX avait comme priorité que les fréquences de OneWeb tombent et qu'il  n'y ait pas de repreneur". C'était le discours depuis plusieurs mois d'Elon Musk et de sa directrice générale

Gwynne Shotwell. Mais c'était avant la crise économique provoquée par le Covid-19.

Ainsi, Gwynne Shotwell, avait recommandé en octobre dernier lors d'une réunion d'analystes de ne pas investir dans OneWeb alors que Starlink, une fois opérationnel, se montrerait selon elle "17 fois plus efficace par bit". Elle expliquait que OneWeb "trompait les gens qui seront très déçus à moyen terme". Le 9 mars dernier, Elon Musk affichait sa détermination : "Devinez le nombre de projets de constellations qui n'ont pas fait faillite ? Zéro. (...) Nous voulons juste ne pas rejoindre cette catégorie". Il soulignait ainsi "au passage ses propres besoins d'argent frais", explique Xavier Pasco dans une note publiée par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), intitulée "La fragilité des start-ups face à la crise du coronavirus : le cas de OneWeb". Starlink vise la fourniture d'un service internet dans le nord des États-Unis et au Canada en 2020 pour s'étendre très vite à une couverture quasi mondiale d'ici à 2021.

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Les GAFA en embuscade ?

Et si les GAFA aux poches très profondes étaient intéressées par OneWeb. "Ils pourraient utiliser OneWeb comme un pont vers de nouveaux marchés ayant besoin de connectivité", explique cette source proche du dossier. Cela leur permettrait de démarrer plus rapidement "un business case complètement nouveau et complètement différent". Pour les créanciers et les fournisseurs, dont notamment Airbus, ce serait la solution idéale. Le patron d'Amazon Jeff Bezos, ennemi juré d'Elon Musk, pourrait reprendre OneWeb et le financer. D'ailleurs, le géant du e-commerce a déposé en 2019 une demande d'autorisation pour le lancement de plus de 3.200 satellites dans le cadre de son projet Kuiper. "La cible est identique (les « sous-connectés »), à ceci près que Bezos dispose à l'évidence d'une base de clientèle (les utilisateurs d'Amazon) que Musk n'a pas", note Xavier Pasco. Avec OneWeb doté des fréquences dans sa poche, Jeff Bezos accélérerait particulièrement son projet et pourrait narguer Elon Musk.

Les opérateurs de satellites traditionnels peuvent-ils entrer dans la compétition pour reprendre OneWeb à l'image d'Eutelsat qui aurait émis un intérêt, selon plusieurs sources. Jusqu'ici très prudents en raison de leur business hyper rentable (trop?) mais attentifs aux projets de constellations, ils ne sont pas jetés dans le bain. A l'exception notable de SES, qui a racheté O3b lancé mais mis sur une orbite de garage par Greg Wyler, fondateur de OneWeb. Déjà... De son côté, Intelsat a pris un ticket dans OneWeb et dans Omnispace. L'opérateur français 

Eutelsat

 a annoncé en septembre son intention de déployer une 

constellation

 de 25 nano-satellite, ELO Constellation. "Si l'achat aux enchères des fréquences de OneWeb monte à des chiffres jamais vu dans le monde des satellites, parce que les GAFA sont intéressés, il n'y aura pas de place pour les opérateurs traditionnels", estime un observateur.

Et l'Europe ?

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  • Le crash pour la constellation satellitaire OneWeb ?
  • Le lanceur russe Soyuz place en orbite 34 satellites de la constellation OneWeb
  • Et si le projet OneWeb était à risque pour Airbus...
  • « Avec OneWeb, Intelsat disposera d’une vraie couverture globale » (Thierry Guillemin)

Est-ce que les Européens peuvent s'intéresser à la faillite de OneWeb créé en 2015 en Eirope et faire revenir cette constellation sur le Vieux-Continent ? C'est possible, estime cet observateur, mais le business, qui s'appuie sur une constellation exige une logique globale et non une logique régionale. "Les Européens, bien placés dans l'assemblage industriel, pourraient y voir l'occasion de prendre pied dans le domaine des constellations, estime Xavier Pasco. (...) On pourrait alors imaginer un coup de pouce de l'Union européenne, qui permettrait d'afficher une présence politique plus visible dans ces nouvelles activités et de faire progresser l'Europe spatiale. Mais c'est alors d'un accord stratégique à vingt-sept dont il serait question". Vaste sujet... mais un dossier à la mesure du nouveau commissaire européen, Thierry Breton, très connecté.

Michel Cabirol

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