Le crash pour la constellation satellitaire OneWeb ?

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Lancement de 34 satellites OneWeb à Baïkonour le 21 mars dernier
Lancement de 34 satellites OneWeb à Baïkonour le 21 mars dernier (Crédits : Arianespace)
OneWeb a déposé une "demande volontaire" auprès du tribunal de faillite des États-Unis pour se mettre sous la protection du chapitre 11.

Article actualisé le 28 mars à 23h36 (communiqué d'Arianespace)

C'est véritablement un coup très dur pour Airbus et Arianespace. Basé à Londres, OneWeb a annoncé vendredi dans un communiqué qu'il avait déposé une "demande volontaire" auprès du tribunal de faillite des États-Unis dans l'état de New York pour se mettre ainsi que certaines de ses filiales sous la protection du chapitre 11, la procédure de sauvegarde américaine, qui lui permet d'échapper à court terme à la faillite et poursuivre ses activités (période de 120 jours, qui peut être prorogée). OneWeb a indiqué qu'il voulait mettre à profit ce délai pour vendre ses activités pour "maximiser la valeur de la société". Le Covid-19 est-il un prétexte ? En tout cas, le PDG de OneWeb Adrian Steckel a expliqué cette situation comme "la conséquence de l'impact économique de la crise Covid-19".

Airbus fabrique en Floride dans le cadre d'un partenariat avec OneWeb (OneWeb Satellites) les 650 satellites tandis que Arianespace a dans son carnet de commandes 18 lancements OneWeb encore à réaliser. Dans un communiqué publié samedi soir, la société européen de services de lancement a précisé qu'elle fait partie des "créanciers dans le document déposé le 27 mars" par OneWeb. "Arianespace surveillera le déroulement de cette procédure, conformément à ses droits et engagements, et n'a pas d' autres commentaires à faire à ce moment", a expliqué la société.

Une constellation de 650 satellites

Jusqu'à présent, OneWeb a déployé un réseau de 74 satellites sur une orbite polaire à une altitude de 450 kilomètres. Les 40 premiers satellites de la constellation avaient été mis en orbite par Arianespace en trois temps : en février 2019 depuis Kourou pour les six premiers, puis en février 2020 depuis Baïkonour pour les 34 suivants, et, enfin, le 21 mars dernier, 34 nouveaux satellites. L'opérateur de satellites s'est donné pour mission de fournir de l'internet haut-débit, grâce à une constellation de satellites de nouvelle génération qui permettra en principe d'apporter la connectivité pour tous et partout dans le monde. Ce système doit comprendre d'abord 650 satellites, puis 900.

Une demande ? OneWeb, qui emploie environ 500 personnes, a expliqué que son équipe commerciale de OneWeb a constaté "une demande mondiale significative" pour les services de connectivité à haute vitesse et à faible latence de la part des gouvernements et entreprises dans l'automobile et les transports maritimes et aériens notamment. OneWeb, qui est en concurrence avec la constellation Starlink de SpaceX (300 satellites déjà en orbite), devrait commencer les démonstrations clients en 2020 et fournir une couverture mondiale 24h/24 aux clients en 2021.

Investissements très lourds

Le plus grand défi de OneWeb était de prouver qu'il avait la capacité financière de réaliser un lourd investissement. C'est raté. Pourtant, OneWeb a levé plus de 3 milliards de dollars (dont 1,2 milliard en 2016 et 1,3 milliard en 2019), principalement auprès d'investisseurs de premier plan comme Softbank, Airbus, Virgin Group de Richard Branson, Coca-Cola eQualcomm. Depuis le début de l'année, OneWeb avait engagé des négociations pour compléter le financement du déploiement de sa constellation éponyme et son lancement commercial.

"Alors que la société était sur le point d'obtenir un financement, le processus n'a pas progressé en raison de l'impact financier et des turbulences du marché liées à la propagation de Covid-19", a expliqué OneWeb. L'opérateur de satellites était semble-t-il en négociations avec son partenaire Softbank, le géant japonais des investissements dans les nouvelles technologies pour une nouvelle tranche de financement de 2 milliards de dollars environ.

Softbank dans les cordes

Mais les difficultés de financement de l'opérateur satellitaire ne datent pas de la crise provoquée par le Covid-19 même si ce dernier a accéléré son crash. En août 2019, SoftBank avait déjà déprécié sa participation dans OneWeb pour 380 millions de livres (450 millions de dollars). En grande difficulté depuis plusieurs mois, son principal bailleur a été plombé ces derniers mois par de lourdes dépréciations liées à ses investissements dans WeWork et Uber notamment. Il avait jusqu'à présent limité la casse grâce surtout à des bénéfices exceptionnels liés à sa participation au capital du géant chinois du commerce en ligne Alibaba. Le groupe a  subi une petite perte opérationnelle sur les neuf premiers mois 2019/2020, à hauteur de 13 milliards de yens (108 millions d'euros).

Conséquence, poussé par le fonds activiste américain Elliott, Softbank a annoncé en début de semaine qu'il comptait vendre jusqu'à 4.500 milliards de yens (38 milliards d'euros) d'actifs dans les 12 prochains mois pour se désendetter et financer un énorme rachat d'actions. Est-ce que OneWeb reste une des priorités de Softbank, qui lui a déjà versé deux milliards de dollars depuis 2016 ?

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a écrit le 31/03/2020 à 16:56 :
ONE WEB est victime de l'interdépendance des investisseurs, qui pensent qu'en multipliant les participations dans des secteurs divers, ils se protègent. Avec WE WOK et maintenant ONE WEB on voit que " trop gros pour disparaitre" en faux. Quand une des diverses entreprises en portefeuille, attrape le Coronavirus, toutes les autres entreprises sont contaminées. Et à ce moment là, comme pour le pétrole de schiste aux USA on fait appel à l'état,alors que quelques temps avant on parlait de l'état comme presque inutile. (Friedman)
Pour les analystes economico poltique, on vit une période extraordonaire que l'on n'espérait pas même dans nos rêves, vivre en direct l'histoire, la fin du libéralisme.
a écrit le 30/03/2020 à 15:30 :
Les staellites bont très bien et la constellation sera probablement rachetée - Amazon avec le projet Kuiper serait un potentiel candidat.

Ce qui est prévu dans les autorisations de lancement pour OneWeb, c'est qu'en cas de disparition de la société c'est le gouvernement britanique qui hérite des satéllites en orbite, de leur exploitation et de leur désorbitation, un jour.
a écrit le 29/03/2020 à 19:56 :
Bonne nouvelle pour l'astronomie -- et pas qu'amateur !
Cette entreprise et sa concurrente SpaceX était les pionières d'une pollution lumineuse ultime, dégradant nombre d'observations spatiales depuis la Terre. Elles allaient être suivies par leurs alter-égo asiatiques. Cette faillite vise peut-être aussi à éviter les inévitables procès à venir sur cette question. Désolé qu'Airbus et Arianespace se soient fourvoyés dans cette sombre histoire !
a écrit le 29/03/2020 à 18:54 :
L'Europe va t il racheter Oneweb pour pas cher ?
a écrit le 29/03/2020 à 10:27 :
Lamentable, que vont devenir les satelittes en orbite qui vont polluer l'espace de leurs déchets ?... Il faudrait se poser sérieusement la question de l'assise financière et de la pérennité de ces sociétés privées qui se lancent dans un projet potentiellement polluant et risqué ! Les américains s'en foutent, mais pas les citoyens du monde.
Réponse de le 29/03/2020 à 12:10 :
Non, la société étant enregistrée au Royaume Uni, c'est ce pays qui devient responsable des satélites en cas de faillite. En cas de collision avec d'autres satellites la facture pourrait être très lourde. Mais ces satellites ont des moyens de propulsion, il est donc très facile de les désorbiter si nécessaire. Au final ce sera un gros gaspillage, mais pas de risque de collision avec d'autres satellites ni de pollution de l'espace. Mais la meilleure solution serait un rachat. À moins que la technologie de OneWeb soit dépassée par celle de SpaceX auquel cas c'est juste un abandon avec le COVID-19 comme prétexte. Dommage pour Airbus et Ariane Espace qui ont manifestement parié sur le mauvais cheval :-(.
a écrit le 28/03/2020 à 22:01 :
Ce projet de constellation de satellites était aberrant et s'est crashé ! Tout mieux !

La crise gigantesque qui arrive aura au moins le mérite de purger les projets, les entreprises et les banques boîteux de l'environnement économique.
a écrit le 28/03/2020 à 20:20 :
Est il vrai que cette technologie a la capacité a disrupter comme on dit les vieux provider, celle ci ou son concurrent ?

Orange, sfr, free vont disparaitre !
a écrit le 28/03/2020 à 19:30 :
Prévoir beaucoup de casse dans ces start-ups inutiles, aux visées soit disant "humanistes" (donner l'accès internet à tout le monde). OneWeb a mis 70 satellites en orbite, qui ne sont plus que des déchets qui polluent l'orbite basse de notre planète...
C'est à se demander comment Softbank choisit ses cibles d'investissement. Pour rappel, ils ont aussi investi dans WeWork...
Réponse de le 28/03/2020 à 20:41 :
OK, ce n'est pas une réussite.
Mais c'est toujours plus réaliste que ces multiples FINTECH qui ne servent à rien.et qui ne vendent que du baratin...
a écrit le 28/03/2020 à 18:57 :
Côté Airbus, on dit merci qui ? Merci Tom Enders, qui avait fait un coup de force en faisant entrer Airbus dans OneWeb sans validation du conseil d'administration d'Airbus.
Et là, les 30 millions d'euros avec lesquels il est parti à la retraite (à 60 ans), va-t'il les rendre à Airbus ?... Évidemment non...

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