Rafale : le contrat du missile air-air MICA NG signé, le standard F3-R qualifié

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Plus de 17 ans après sa mise en service dans l'armée de l'air, le Rafale devient une arme de guerre de plus en plus redoutable avec la qualification du standard F3-R et l'arrivée en 2026 du missile air-air MICA NG
Plus de 17 ans après sa mise en service dans l'armée de l'air, le Rafale devient une arme de guerre de plus en plus redoutable avec la qualification du standard F3-R et l'arrivée en 2026 du missile air-air MICA NG (Crédits : MBDA)
Grâce à ses différentes modernisations, le Rafale arrive peu à peu à une maturité capacitaire de très bon niveau pour faire face aux menaces actuelles et futures. En 2026, il sera armé par le nouveau missile air-air MICA NG développé par MBDA France.

Plus de 14 ans après sa mise en service dans la marine, le Rafale devient une arme de guerre de plus en plus redoutable avec la qualification du standard F3-R, une nouvelle version assurant à l'appareil "sa totale interopérabilité", selon Dassault Aviation. Cet avion de combat devrait bénéficier à partir de 2026 du nouveau missile d'interception aérienne, de combat et d'autodéfense de nouvelle génération (MICA NG). La direction générale pour l'armement (DGA) a signé mardi un premier contrat ferme de 200 missiles MICA NG ainsi que de 300 MICA rénovés avec le missilier MBDA. Soit avec un an de retard sur le calendrier initial. "Le MICA-NG est un marché d'acquisition de 567 missiles", a précisé jeudi lors de sa première conférence de presse le délégué général pour l'armement, Joël Barre.

Le marché d'acquisition des MICA NG, développement compris, s'élève à près de 1,2 milliard d'euros. Les premiers missiles MICA NG seront livrés "à partir de 2026", a confirmé Joël Barre. Les derniers seront remis aux armées en 2031. La commande complémentaire portant sur l'acquisition des 367 MICA NG restants devrait être en principe notifiée en 2021. Le développement de ce nouveau missile contribue d'une façon plus générale à la consolidation de la BITD française, notamment de son industrie missilière.

Un armement crucial pour le Rafale

L'opération MICA NG doit permettre de maintenir la capacité d'interception, de combat rapproché et d'autodéfense des avions de combat de l'armée de l'air et de la marine face aux menaces actuelles et futures. "C'est un acte fort au bénéfice de nos armées", a assuré Joël Barre. Cette opération comprend le développement et la production d'un missile de nouvelle génération destiné à équiper les Rafale à partir du standard F3-R en complément du missile d'interception à domaine élargi MIDE (Meteor) ainsi que la remotorisation d'une partie (300 exemplaires) du parc des MICA actuels pour continuer à équiper les Rafale et les Mirage 2000-D et 2000-5.

Le missile MICA constitue l'armement principal du Rafale dans ses missions de défense aérienne comme pour son autodéfense. Il équipe également le Mirage 2000-5 et confère au porteur une capacité multi-cibles "tire et oublie". D'une portée très supérieure à 50 km en haute altitude, le missile peut opérer dans une ambiance sévère de contre-mesures. Il est doté d'un autodirecteur électromagnétique actif ou d'un autodirecteur infrarouge, interchangeables. La maîtrise d'œuvre industrielle de ce programme a été confiée à MBDA France tandis que les équipementiers majeurs sont Thales pour l'autodirecteur électromagnétique et la charge militaires, le GIE ADSIM (Safran/MBDA France) pour l'autodirecteur infrarouge, Roxel France pour le propulseur et Safran pour la centrale inertielle.

Un missile ITAR Free

Dans le cadre de la préparation de l'avenir, la France sera "extrêmement attentive à ce que nos équipements de demain n'aient pas ou aient une moindre sensibilité aux composants étrangers, notamment pour ITAR", avait précisé dans une interview à La Tribune la ministre des Armées, Florence Parly. Ainsi les futurs missiles MICA-NG seront développés en prenant en compte ces considérations. Ils seront ITAR Free, assure-t-on à La Tribune.

MBDA a dû mettre la main à la poche pour le lancement du MICA NG. Car le ministère veut que les industriels payent leur quote-part aux programmes d'armement dès lors que celui-ci a été déclaré exportable lors de la définition du programme. "Il n'est pas normal que l'Etat ne bénéficie pas de prix plus avantageux, lorsque les hypothèses d'exportation deviennent réalité, avait expliqué en juillet dernier Florence Parly. Cela doit changer, et nous inaugurerons cette nouvelle approche avec le lancement du programme MICA NG à la fin de ce mois de juillet". Clairement, le ministère des Armées veut désormais un "retour étatique" dans "une logique de redevance" dans le cadre de son soutien à l'industrie de défense. Les missiles MICA ont été exportés dans 14 pays dans le monde entier.

Le nouveau standard F3-R du Rafale qualifié

Le nouveau standard F3-R du Rafale a été qualifié le 31 octobre par la DGA. A l'instar des standards précédents, le nouveau standard F3-R apporte des évolutions logicielles et matérielles majeures. Deux nouvelles capacités changent profondément la donne dans le domaine de l'aviation de combat. D'une part, l'association du nouveau missile air-air à très longue portée Meteor avec le radar à balayage électronique RBE2 à antenne active "porte plus encore le Rafale à l'avant-garde du combat aérien", selon la direction générale de l'armement. D'autre part, la nacelle de désignation de nouvelle génération TALIOS améliore "considérablement les capacités dans le domaine de la détection, de la reconnaissance et de l'identification de cibles, de jour comme de nuit en vue de frappes air-sol de grande précision".

"Un autre jalon marquant avait déjà été franchi en octobre avec le lancement des chantiers de mise au standard F3-R de l'ensemble des 144 Rafale actuellement en service. Les dix premiers avions Rafale F3-R, dont quatre seront livrés avant la fin de l'année, seront utilisés par l'armée de l'air et la marine nationale pour parfaire leur appropriation opérationnelle, déjà amorcée aux côtés des équipes d'essais de la DGA", a précisé la DGA.

Dassault Aviation ainsi que l'électronicien Thales, le missilier MBDA et l'équipementier Safran, ont participé aux travaux du standard F3-R. La démarche d'amélioration continue du Rafale se poursuit en renforçant le caractère omnirôle de cet avion de combat. Ce nouveau standard a déjà permis de conforter les atouts du Rafale à l'exportation : les trois premiers contrats internationaux du Rafale ont été conclus sur la base de ce standard F3-R, et plus particulièrement du missile Meteor.

Le Rafale capable de mener toutes les missions de l'aviation de combat

Seul appareil totalement omnirôle au monde, assure Dassault Aviation, le Rafale est opérable depuis une base à terre ou depuis un porte-avions et capable d'emporter 1,5 fois son poids en armements et carburant. Le Rafale a été conçu pour accomplir toutes les missions de l'aviation de combat : interception et combat air-air avec canon de 30 mm, missiles Mica IR/EM et missiles Meteor ; appui au sol avec canon de 30 mm, bombes guidées laser GBU et bombes guidées GPS AASM ; frappes dans la profondeur avec missiles de croisière Scalp-Storm Shadow ; attaque à la mer avec missile Exocet AM39 Block 2 et autres armements air-surface ; reconnaissance tactique et stratégique en temps réel avec nacelle Areos ; ravitaillement en vol d'un Rafale à un autre (buddy-buddy) ; et, enfin, dissuasion nucléaire avec missile ASMP-A.

Le Rafale est entré en service en 2004 dans la Marine nationale et en 2006 dans l'armée de l'Air française pour remplacer peu à peu les sept types d'avions de combat de générations précédentes. Il a fait ses preuves en opérations extérieures sur différents théâtres : Afghanistan, Libye, Mali, Irak et Syrie. Sur les 180 Rafale commandés par la France à ce jour, 151 ont été livrés. La flotte Rafale France totalise actuellement près de 260.000 heures de vol, dont près de 40.000 en opérations.

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Commentaires
a écrit le 13/11/2018 à 9:56 :
Dans l'article ci-dessus:

"Un autre jalon marquant avait déjà été franchi en octobre avec le lancement des chantiers de mise au standard F3-R de l'ensemble des 144 Rafale actuellement en service..."

Cela signifie-t-il que l’ensemble des Rafales actuellement dotés d’un RBE2 à antenne PESA recevront une antenne AESA au cours de leur mise au standard F3-R ?
a écrit le 11/11/2018 à 15:13 :
...repostage avec une mise en forme plus aérée.

Je n’ai pas eu le temps de répondre hier sur la furtivité et son éventuelle mode.

La furtivité a été pensée durant la guerre froide pour déjouer l’importante défense aérienne soviétique. Elle n’a pas eu trop d’importance au cours des derniers conflits et n’est pas une solution miracle. L’avion n’est pas invisible, seulement discret donc repéré plus tardivement. Sa furtivité n’est pas totale mais plutôt sous certains angles et notamment de face. Toute la furtivité évoquée jusqu’ici est celle face au radar ; il faut aussi tenir compte de la discrétion dans l’infra-rouge, difficile à traiter (température de la cellule, jet du réacteur) avec des difficultés bien réelle pour évacuer la chaleur engendrée par l’avionique,…

La furtivité demande aussi de la discrétion dans les communications ou l’usage des capteurs. Un furtif utilisant son radar ou communiquant avec le sol ou les autres avions est repérable. Il faut donc penser ou repenser les tactiques de combat (évoluer en territoire adverse en limitant l’usage du radar par exemple, avec une détection confiée à des appareils en retrait transmettant des informations à la formation avancée), les systèmes de communications (communication directionnelle, souvent à courte portée et à débit réduit).

L’exigence de furtivité génère aussi d’importantes contraintes sur la conception de l’avion, forme, soute pour l’armement (avec masse accrue de la cellule, moindre volume et risque de panne mécanique augmenté). La maintenance est aussi plus pesante, en temps et coût ; le stockage des avions est plus rigoureux pour protéger les couches de surface utiles à la discrétion radar mais fragiles.

La furtivité n’est pas un avantage définitif. Les radars progressent (nouvelles fréquences employées, nouveau design…), des furtifs ont déjà été repérés et un abattu (cf. ci-dessous).

La furtivité n’est donc pas une nouveauté, les avions de combats américains sont conçus autour depuis les années 1980 sur la base d’avions expérimentaux ayant volé durant les années 1970. Le F-117, nullement un chasseur malgré son « F », s’est fait connaitre durant la Guerre du Golfe 1990/1991 et en ex-Yougoslavie où l’un d’eux fut abattu par la DCA serbe avec un matériel plutôt ancien et de bonnes tactiques pour piéger l’avion. Le F-22 Raptor, chasseur de supériorité aérienne a été présenté en 1990 et le X-35, ancêtre du F-35, avion d’attaque plutôt que bombardier est apparu en 2001. N’oublions pas le bombardier B-2 Spirit présenté en 1989.

Le démonstrateur du Rafale, le Rafale A (seul le nom est en commun) a volé en 1986 mais dès 1988 l’armée a demandé que la furtivité soit prise en compte dans le design du Rafale de série. Si les Rafale équipant l’AdlA (versions B et C) et la Marine (M) sont moins furtifs que le F-22, ils sont tout de même très discrets, plus que tout autre avion concurrent. Les courbes de l’avion, les matériaux employés visent un maximum de discrétion. Les entrées d’air du Rafale masquent les aubes du réacteur, très visibles pour les radars actuels. A comparer avec celles du Typhoon européen, nullement discrètes et qui, en outre et gravement, compromettent la sécurité de l’avion en cas de panne sur l’un des moteurs (extinction du second moteur voisin par phénomène de pompage, chose impossible avec la configuration du Rafale). Le Rafale est un compromis réussi entre des missions très variées et exigeantes, un budget limité, une empreinte logistique réduit (cf. par la suite) et une discrétion raisonnable, sans verser dans le technologisme américain.

Le Rafale bénéficie aussi du système Spectra de guerre électronique qui lui permet notamment de repérer, identifier et éviter les défenses adverses. Lors d’exercices aux USA ou en Europe, le Rafale a su mener ses missions face à de solides défenses en usant du relief du terrain, de Spectra et de bonnes tactiques.

Aujourd’hui, la furtivité est assez diffusée avec le J-20 chinois ou le Su-57 russe en développement mais les militaires sont conscients que des solutions existent ou sont en développement pour la contrer. La furtivité est un outil, pas une solution miracle.
a écrit le 10/11/2018 à 19:14 :
S'est une bonne nouvelle le devellopement du standard F3 et il est des plus important que nous maintenons une grand indépendance dans la réalisation de nos armes de defense....
a écrit le 10/11/2018 à 16:29 :
Je précise que ma première réponse était pour Pasquinel.

Pour la Belgique: elle achète la protection US en même temps que le F-35. Un pays n'achète pas un avion, surtout de combat, comme nous achetons une voiture (selon nos besoins). Un avion de combat est emblématique et l'achat du F-35 exprime la volonté de garder la protection US. Cet avion, qui n'est pas un chasseur mais un avion d'attaque, ne correspond pas aux besoins de la Belgique ni des Pays-Bas et encore moins du Canada (compétition en cours). Le Rafale, le Gripen ou le Typhoon étaient plus adaptés. Le Rafale a et aura encore du succès en Inde, en Egypte; Finlande, Suisse et Malaisie sont de bons prospects. Notons que l'Inde achète un avion apte à une guerre de haute intensité, étant confrontée au Pakistan et à la Chine. Le Rafale apporte aussi une indépendance d'emploi, les USA ne lésinant pas sur les moyens pour gêner / bloquer l'usage d'un matériel dans un cadre ne leur convenant pas.

Le F-35 est aussi un bon outil pour aspirer les budgets R&D européens. Aujourd'hui, en Europe, seule la France est capable de développer à 100% un avion tel le Rafale en comptant moteur, avionique, armes et cellules. Le RU est un peu derrière, la Suède et l'Italie encore plus et ne parlons pas de l'Allemagne...
Réponse de le 11/11/2018 à 12:26 :
Le développement d'un avion de combat de A à Z n'est pas dans les moyens de tous les pays ... Surtout que tous retards et extremement difficile a rattraper .... Énormément.de pays europeen on perdu tous savoir faire aéronautique .... Donc ils ne faut surtout pas se laisser distancier technologiquement sur le sujet....
a écrit le 10/11/2018 à 8:58 :
La portée d'un missile (ou plutôt les portées) d'un missile varie énormément selon les conditions de lancement. Un missile lancé depuis un avion lent et à basse altitude et devant intercepter un ennemi à haute altitude aura par exemple une portée de 50km. Lancé à haute altitude, le missile pourra atteindre une cible à 80km voire 100km. Bien sûr, les vraies données sont secrètes, aucun constructeur ou opérateur ne donnera de chiffres trop précis.

Si l'avion lanceur et/ou la cible effectuent des manoeuvres violentes, la portée est aussi affectée. Il faut aussi savoir que contrairement à une idée reçue, un missile n'est pas propulsé durant tout le vol. Le moteur fonctionne au départ durant qq secondes puis le missile vole sur cette impulsion initiale. Certains missiles peuvent relancer leur moteur en phase finale mais ils sont rares.

Pour finir, pour les passionnés de défense, M. Cabirol est un journaliste plutôt respecté et connaisseur. Il ne peut pas dire plus que ce qui est accessible, par ses réseaux, ses recherches et lectures.
Réponse de le 10/11/2018 à 15:06 :
Excellente vulgarisation de votre part, Sillage.
a écrit le 09/11/2018 à 22:34 :
Mais la Belgique n'était pas convaincue....
a écrit le 09/11/2018 à 21:44 :
Je n'y connais rien, mais il parait que la nouvelle mode sera les avions furtifs, et que le Rafale est un peu trop visible.
a écrit le 09/11/2018 à 13:46 :
Une portée largement supérieure à 50km?
51?'60?500km?
Il ne sait pas évidemment
Réponse de le 09/11/2018 à 22:27 :
Vous voulez acheter des Mica? Demandez à mbda. La Tribune ce n'est pas leboncoin.fr

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