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Renault Trucks Defense : les coulisses d'une vente explosive

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 25 septembre 2017 à 04:56 - Mis à jour le 25 septembre 2017 à 23:52

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La vente de l'activité défense de Volvo ne se passe pas comme le constructeur suédois l'avait prévu. Ni en termes de prix, ni en termes de calendrier.

Volvo est actuellement sous pression. Car rien ne se passe vraiment comme le souhaite le constructeur de camions suédois, qui veut céder à un très bon prix (trop?) son activité défense, composée de Renault Trucks Defense (RTD) - qui détient les marques Acmat, Panhard et Renault Trucks Defense -, de Mack Defense et de Volvo Defense. Le groupe suédois a décidé de se séparer de sa branche "governmental sales", qui représente environ 1,5% de ses ventes totales (500 millions d'euros de chiffre d'affaires environ). Selon plusieurs sources concordantes, la vente de cette activité a pris un peu de retard par rapport au calendrier prévu.

Depuis la remise le 24 juillet des offres par le groupe franco-allemand KNDS (Krauss-Maffei Nexter Defense Systems) et le belge CMI Group, Volvo n'a pas donné signe de vie. Le constructeur suédois aurait pourtant dû prendre contact vers la fin août, début septembre avec les deux acheteurs pour lancer les négociations. Ce n'est pas le cas et cela agace beaucoup CMI Group, selon nos informations.

Un calendrier qui dérape

Rien de rédhibitoire... pour le moment. Le calendrier aurait dérapé de 30 à 45 jours, précisent plusieurs sources contactées par La Tribune. De nouvelles offres seraient attendues à la fin du mois de septembre tandis que le choix de l'acheteur pourrait être décidé par Volvo fin novembre, début décembre, au pire en janvier. Pourquoi ce retard ? Selon des sources concordantes, KNDS n'aurait finalement pas adressé en juillet à Volvo une offre recevable au sens juridique du terme. Pourquoi ? Le groupe franco-allemand n'aurait pas digéré d'avoir attendu en vain les réponses aux questions qu'il posait à Volvo. En revanche, l'offre de CMI "répond à tous les critères", assure-t-on à La Tribune.

Le groupe suédois est aujourd'hui très embarrassé par l'attitude de KNDS d'autant que le groupe franco-allemand est le favori de la France. Ou plus exactement était le favori du précédent gouvernement. L'ancien cabinet du ministre de la Défense avait permis du bout des lèvres à CMI de participer à la vente de RTD mais avait interdit à Rheinmetall et à des fonds d'investissement de se lancer sous peine d'un veto de la France en cas de succès.

Un prix délirant demandé

Si KNDS n'a pas remis une offre "recevable", cela tient au moins à deux raisons profondes. Notamment au prix demandé par Volvo et sa banque conseil, Rothschild. Dans un premier temps, le constructeur suédois attendait de cette vente 500 millions d'euros environ. Mais la banque conseil s'est vantée de pouvoir faire beaucoup mieux et de décrocher un jackpot de 700 millions d'euros. Mais à l'issue des due diligence (ouverture des comptes), KNDS et CMI ont trouvé "délirant" le business plan imaginé par Volvo et sa banque conseil. "Ce business plan, personne n'y croit, explique un bon connaisseur du dossier. Volvo doit revoir drastiquement son business plan et redéfinir avec la banque Rothschild sa stratégie".

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Aussi le prix de vente est considéré comme trop élevé. Et ce d'autant plus que Volvo a retiré de la vente la marque américaine Mack Defense, qui avait obtenu en 2015 un très important contrat au Canada pour un montant supérieur à 500 millions d'euros environ. Le "détourage" de cette activité semble également très compliqué. En outre, Volvo et RTD ne seraient pas propriétaires des marques Renault Trucks Defense et Panhard, qui appartient à PSA. Quant à Renault, le constructeur français voudrait voir disparaître la marque RTD. Ainsi, selon des sources concordantes, CMI aurait proposé une somme de 400 millions d'euros environ alors que KNDS estime un prix de vente entre 300 et 400 millions d'euros.

Un projet qui divise KNDS

Chez KNDS, le projet d'acquisition de RTD notamment, dont les activités de blindés légers iraient rejoindre Nexter en cas de rachat, divise Français et Allemands. Là non plus rien de rédhibitoire. Si les Français attachent beaucoup d'importance à ce dossier, quitte à y mettre le prix, les Allemands sont beaucoup plus regardants. En clair, pas question de faire n'importe quoi, la famille Bode-Wegmann (actionnaire familial de Krauss-Maffei) n'est pas prête à ouvrir les vannes financières. "Si RTD ne fait pas partie de KNDS, cela ne mettra pas en péril le groupe franco-allemand", explique-t-on à La Tribune. D'où des discussions parfois explosives entre Frank Haun, qui monte facilement dans les gammes et ne mâche pas ses mots, et Stéphane Mayer, qui découvre la filière armement terrestre.

Ce dossier révèle de façon plus générale les frictions assez répétitives entre Frank Haun, grand copain de Tom Enders, et le camp français, qui se retourne vers sa tutelle pour pouvoir répondre aux questions des Allemands. Ce qui agace de façon prodigieuse ces derniers, qui attendent parfois des mois des réponses. Bref, en dépit de l'exercice d'entente cordiale entre Frank Haun et Stéphane Mayer dans une interview commune accordée à Challenges, les relations entre les deux hommes se tendent. "On a le sentiment que c'est Frank Haun qui mène la barque", estime-t-on chez un syndicat.

CMI pressé

Face aux atermoiements de KNDS, CMI, le bon élève de l'opération, souhaiterait, explique-t-on à La Tribune, traiter rapidement avec Volvo. "Il faut que cela bouge rapidement", assure-t-on en interne. D'une part parce que le groupe belge a suivi la procédure à la lettre et surtout perçoit, tout comme KNDS, une fragilisation de RTD en raison de sa vente. D'ailleurs cette opération est suivie de très près par l'armée de Terre, pour qui le programme Scorpion auquel participe RTD, est d'une importance stratégique. Et l'armée de Terre semble inquiète en raison de la tournure de la vente de RTD, qui concourt actuellement sur un appel d'offres très important, le VBMR léger (4 X 4 de 10-12 tonnes).

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Pas sûr également que CMI reste dans la course si la vente devait s'éterniser et par ricochet impacter RTD. Pour débloquer le dossier, le groupe belge a fait fait savoir qu'il restait intéressé par la vente de Mack Defense. Mais que va faire Volvo...

Michel Cabirol

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