Safran : les obstacles pour créer deux usines en France se lèvent

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(Crédits : Gonzalo Fuentes)
Après le coup de gueule du patron de Safran devant les difficultés rencontrées pour créer deux usines en France, les obstacles se sont levés pour une usine qui ouvrira au Haillan, près de Bordeaux. Et l'État promet d'apporter des réponses pour l'ouverture d'une usine près de Villeurbanne.

Bruno Le Maire et le gouvernement évitent l'affront. L'affront de voir un grand groupe industriel français, souhaitant investir 300 millions d'euros pour créer deux usines dans l'Hexagone avec 300 emplois à la clé, faire le choix d'aller à l'étranger en raison des lourdeurs administratives françaises. Une hypothèse que n'avait pas exclue le directeur général de Safran, Philippe Petitcolin, lors de la présentation des résultats financiers 2018, le 27 février dernier.

"Ce n'est pas facile, il faut vraiment en avoir envie. Mais je veux aller jusqu'au bout pour réaliser ces deux implantations en France. La solution de simplicité serait de s'installer à l'étranger où des aides nous sont offertes à bras ouverts avec des gens qui souhaitent travailler avec nous", avait-il déclaré, dénonçant "un ensemble administratif extrêmement complexe dans lequel chacun a son domaine de responsabilité et ne va pas au-delà".

Et d'ajouter  :

"Au final, cela ne donne rien. Il faut faire soi-même le liant et, même avec cela, on constate qu'il n'y a pas toujours l'appétit pour pouvoir attirer les entreprises. On a peut-être plus d'appétit pour les entreprises étrangères que pour les entreprises françaises, même si elles sont les plus belles du monde."

Avec la fermeture de l'usine de Ford à Blanquefort près de Bordeaux et les menaces qui pèsent sur l'aciérie d'Ascoval, un tel scénario aurait fait désordre pour le ministre de l'Économie et des Finances, secoué par ailleurs par le refus de Bruxelles de valider la fusion entre Alstom et Siemens ou, encore, par le coup de force de l'État hollandais dans Air France-KLM. Il n'en sera rien: une usine sera construite en France et l'État s'active pour que la deuxième le soit aussi.

30 à 50 reclassements des salariés de l'usine de Ford de Blanquefort

Les obstacles d'ordre administratif soulevés par Safran ont en effet été levés pour son projet de création d'une usine de fabrication de pièces en 3D. Le groupe aéronautique a confirmé ce mercredi le choix du Haillan, près de Bordeaux. Un accord avec la région Nouvelle-Aquitaine a permis à Safran "d'obtenir le soutien nécessaire", selon Philippe Petitcolin, pour la création d'un campus global regroupant des activités de recherche, de développement, de production et d'usinage. La construction devrait commencer en 2020 pour une ouverture en 2021. Au total, 200 emplois seront créés, avec la possibilité de reclasser 30 à 50 salariés de Ford de l'usine voisine de Blanquefort.

Le Maire promet des réponses d'ici à 15 jours pour la deuxième usine

L'implantation d'un deuxième site en France, pour la construction cette fois de pièces en carbone, n'est pas encore gagnée. Permettant de créer une centaine d'emplois, cette implantation pourrait néanmoins se faire sur un site proche de l'usine de Safran de Villeurbanne qui produit déjà de telles pièces. Mais, ceinturée par des habitations, celle-ci ne peut pas être agrandie.

Mardi, Bruno Le Maire, à l'issue d'une rencontre avec Philippe Petitcolin, déclarait:

 "Il y a un certain nombre de difficultés à régler. Nous voulons les régler. Je suis prêt à répondre aux questions concrètes soulevées par Safran. Il y a des difficultés liées au coût du terrain. Le président de Lyon Métropole s'est engagé à le réduire sur l'un des deux sites potentiels. Il y a ensuite des difficultés qui relèvent de l'État. Elles tiennent au coût du raccordement [en électricité et en gaz, Ndlr], aux dispositions liées à l'environnement, au soutien à la recherche et à l'innovation."

Il ajoutait :

"J'ai demandé à mes services d'apporter sous 15 jours des réponses très concrètes aux demandes de Philippe Petitcolin pour qu'il puisse prendre une décision positive sur ce site. Il y a d'autres sites à l'étranger en concurrence. Il faut se battre."

Safran dispose aujourd'hui de deux autres usines de production de pièces en carbone  aux États-Unis et en Malaisie. Pour autant, l'affaire semble bien engagée en France. On imagine mal Bruno Le Maire revenir dans 15 jours en disant qu'il n'a pu trouver les réponses à Safran.

"Tout cela montre que nous avons des efforts importants à faire pour simplifier nos procédures et permettre à nos industriels de se développer en France. Il faut tirer toutes les leçons de ce qu'il s'est passé avec Safran", a expliqué le ministre.

Le plus triste dans cette histoire, c'est qu'il aura fallu un tel coup de gueule pour sensibiliser les pouvoirs publics.

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Commentaires
a écrit le 17/03/2019 à 10:51 :
C'est toujours pareil en France à cause de tous ces technocrates trop bien payés et pour la plus part des bons à rien.
Il faut en finir et mettre fin à tous ces obstacles créés par des tracasserie administratives. Le Ministre peut et doit obtenir la solution pour que cette seconde usine se construise.
a écrit le 14/03/2019 à 9:55 :
"Il y a des difficultés liées au coût du terrain. Le président de Lyon Métropole s'est engagé à le réduire sur l'un des deux sites potentiels."
si Safran ne peut s'y poser car trop cher, y aura aucune autre activité, sauf à réduire le coût du terrain pour les autres aussi ?
Sans aides, une entreprise ne peut s'installer ? ("s'installer à l'étranger où des aides nous sont offertes à bras ouverts avec des gens qui souhaitent travailler avec nous",)
Il faut organiser un concours d'aides. Quelle région sous dotée en activités peut offrir le plus ? Bien desservie de préférence, train, autoroute, etc.
a écrit le 13/03/2019 à 20:09 :
C est le cas en France depuis des dizaines d années rien ne change
À par le coup marketing ou est le nouveau monde ?
a écrit le 13/03/2019 à 19:57 :
Vous n'y pensez pas ! Des usines en France! et dans des secteurs de haute technologie.
La on n'est plus au niveau du bavardage type french tech mais dans le concret et il n'y a plus personne. Nous avons un vrai problème dans ce pays car nos revenus diminuent année après année et certains croient toujours qu'ils auront toujours plus. Le réveil sera douloureux car malgré la réforme de l'ISF les"riches" ont déjà passé la frontière et ne reviendront pas.
a écrit le 13/03/2019 à 19:24 :
On aurait aimé connaître ces "obstacles".
Est-ce que Safran n'obtenait pas de subventions ou d'exonérations ? On connaît le chantage concurrentiel des entreprises. Amazon l'a pratiqué sur le ton "vous nous donnez ça ou part en Belgique".
Aujourd'hui les entreprises du textile quittent la Bangladesh pour l'Ethiopie, après avoir quitté la Chine pour le Cambodge puis le Cambodge pour le Bangladesh.
Il ne faut pas être naïf : le patron de Safran a joué sur le côté : "vous voyez bien qu'on peut pas en France".
En clair il a obtenu la prise en charge par la collectivité et nos impôts du raccordement de son usine au réseau électrique et les soutiens à la recherche et à l'innovation pourtant en pointe en France ne sont pas encore suffisants à ses yeux. Quant à l'environnement on s'en fout hein...
Réponse de le 15/03/2019 à 17:30 :
Excusez-moi Monsieur Hoiann mais il me semble normalement que Safran contribue un tout petit plus que vous à la collectivité. Regardez déjà la quantité d'impôts que la société paye, vous verrez que les vôtres à côté sont réduits à peau de chagrin. Sans compter les salaires des dizaines de milliers d'employés de la société qui à leur tour paie des impôts, consomment, etc.
Ne croyez en aucun cas que vous assistiez cette grande entreprise, elle n'a nullement besoin de vous. Et je ne vois pas ce que l'environnement vient faire là-dedans. Bref vous parlez pour ne rien dire.
a écrit le 13/03/2019 à 18:04 :
SAFRAN est aussi implanté en Meuse. Où ils connaissent bien les services de l'état et les partenaires de l'emploi, avec qui ils ont bien bossé sur la qualification des salariés. Il y a encore des terrains disponible, et de la main d’œuvre qualifié et/ou motivée disponible ...
a écrit le 13/03/2019 à 17:04 :
en espérant que ça serve de leçons au gouvernement pour ceux qui voudraient investir en France ! il faut décentraliser et donner plus de pouvoir de décisions aux régions et supprimer le trop plein de strates décisionnelles, les départements !
Réponse de le 13/03/2019 à 19:24 :
On aurait aimé connaître ces "obstacles".
Est-ce que Safran n'obtenait pas de subventions ou d'exonérations ? On connaît le chantage concurrentiel des entreprises. Amazon l'a pratiqué sur le ton "vous nous donnez ça ou part en Belgique".
Aujourd'hui les entreprises du textile quittent la Bangladesh pour l'Ethiopie, après avoir quitté la Chine pour le Cambodge puis le Cambodge pour le Bangladesh.
Il ne faut pas être naïf : le patron de Safran a joué sur le côté : "vous voyez bien qu'on peut pas en France".
En clair il a obtenu la prise en charge par la collectivité et nos impôts du raccordement de son usine au réseau électrique et les soutiens à la recherche et à l'innovation pourtant en pointe en France ne sont pas encore suffisants à ses yeux. Quant à l'environnement on s'en fout hein...
a écrit le 13/03/2019 à 14:56 :
"Le plus triste dans cette histoire, c'est qu'il aura fallu un tel coup de gueule pour sensibiliser les pouvoirs publics."
Je m'interroge, si les services publics n'étaient pas sensible auparavant, ils faisaient quoi?
a écrit le 13/03/2019 à 12:20 :
Deux questions suite aux propos du ministre:

1 - Pourquoi avoir organisé Versailles si on est incapables d'agir sur ces détails ?
2 - S'il n'y avait pas de concurrence étrangère, on ne se serait pas battus ?

... mais il y a toujours une concurrence étrangère non ?
a écrit le 13/03/2019 à 11:13 :
on a compris la demande de Peticolin DG de Safran : terrain gratuit + raccordements aux réseaux (électrique , gaz , eau , télécom ) gratuits +exemption de taxes environnementales + primes emploi/recherche ;
un patriotisme économique vraiment exemplaire qui méritera bien une Légion d'honneur !
Réponse de le 13/03/2019 à 12:44 :
Les collectivités locales dynamiques le font bien pour des investissements étrangers plus modestes. La France se condamne-t-elle à laisser filer sa grande industrie?

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