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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

STX : trois repreneurs ne veulent que Saint-Nazaire

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 10 novembre 2016 à 05:56 - Mis à jour le 23 novembre 2016 à 08:26

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Parmi les quatre sociétés candidates au rachat du groupe sud-coréen en difficulté STX Offshore and Shipbuilding, trois repreneurs viseraient l'acquisition de la seule filiale STX France.

Parmi les quatre sociétés candidates au rachat du chantier naval sud-coréen en difficulté STX Offshore and Shipbuilding, trois repreneurs viseraient l'acquisition de la seule filiale STX France (Saint-Nazaire), selon des sources concordantes. Ces expressions d'intérêt  ont été jugées sérieuses à ce stade du processus de vente. Elles émanent de deux chantiers navals européens - Fincantieri (Italie) et Damen (Pays-Bas), qui serait associé à deux croisiéristes (MSC Croisières et Royal Caribbean Cruises). Détenu par l'État à 62%, DCNS discute pour sa part avec ces deux groupes pour s'associer à leur offre. Enfin, un groupe asiatique, Genting Hong Kong, une filiale d'un conglomérat malaisien basée à Hong Kong, serait également sur les rangs. La quatrième offre serait en revanche beaucoup plus anecdotique, fait-on valoir à La Tribune.

Les banques créancières de STX Offshore & Shipbuilding, dont la banque publique Korea Development Bank,, et d'autres créanciers vont se retrouver le 11 novembre pour donner leur feu vert au(x) projet(s) de reprise du chantier. En cas de rejet, STX risque la liquidation. STX Offshore & Shipbuilding se débat depuis des années avec des pertes croissantes provoquées par une gestion défaillante et une demande mondiale en berne. Les offres engageantes des repreneurs devraient être remise avant Noël.

Une bonne nouvelle pour Paris

Sauf coup de théâtre, le processus de vente prend une tournure favorable pour STX France et le gouvernement français, qui s'investit beaucoup sur ce dossier. Ce dernier préférerait un repreneur industriel pour le site de Saint-Nazaire. "La France souhaite que soit privilégié un repreneur avec une vocation industrielle", a d'ailleurs indiqué mardi soir le secrétaire d'État à l'Industrie Christophe Sirugue, en réponse à une question du sénateur PS de Loire-Atlantique Yannick Vaugrenard lors d'une audition devant la commission des affaires économiques du Sénat sur le projet de loi de finances 2017.

Si effectivement les trois groupes confirment leur intérêt, Paris pourra donc peser de tout son poids sur ce dossier sensible, surtout à quelques mois de la présidentielle. Car STX France est une société de droit français. Du coup, le fameux décret Montebourg (2014-479 du 14 mai 2014) relatif aux investissements étrangers soumis à autorisation préalable du gouvernement français s'applique. Cela aurait été en revanche impossible de le faire jouer si les repreneurs avaient déposé une offre sur la maison mère de STX France, le groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding. Pour autant, un nouveau groupe peut encore se jeter dans la mêlée sans être passé par la première étape, estime-t-on.

Genting Hong Kong, un danger?

Créée en 1993, Genting Hong Kong Limited (690 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2015), propriétaire des compagnies de croisière Star Cruises et Crystal Cruises, reste une énigme. Il est entré en force dans le marché de la croisière en rachetant coup sur coup quatre chantiers navals allemands ces deux dernières années. En 2016, il a racheté pour 230 millions d'euros le groupe allemand Nordic Yards, qui compte trois chantiers à Wismar, Warnemünde et Stralsund. Ce rachat s'est ajouté à celui de Lloyd Werft, à Bremerhaven, dont Genting HK a pris le contrôle en 2015 pour 17,5 millions d'euros.

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En s'installant dans le jardin de Meyer Werft, l'un des grands acteurs mondiaux de ce marché, il va tenter de séduire et d'attirer tout ou partie du réseau de fournisseurs du chantier allemand, la clé de cette industrie pour livrer des bateaux luxueux irréprochables à l'heure, estiment certains observateurs. Le rachat de Saint-Nazaire permettrait à Genting Hong Kong de jouer dans la cour des grands dans le domaine de la construction des très grands bateaux de croisière en maîtrisant cette industrie si particulière grâce à Saint-Nazaire.

Damen en embuscade

Chantier familial et spécialiste de la réparation navale, le chantier néerlandais Damen (2,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2015) travaillerait sur une offre pour la reprise de Saint-Nazaire. Damen, qui a déjà acheté en 2012 deux petits chantiers navals en France  - Sobrena à Brest et Arno à Dunkerque -, serait accompagné de deux de ses clients, deux des plus grands croisiéristes mondiaux, le groupe italo-suisse MSC Croisières et l'américain Royal Caribbean Cruises. Une offre qui séduit beaucoup les élus locaux et les syndicats de Saint-Nazaire. Pourtant l'image de Damen reste contrastée, le néerlandais faisant appel à beaucoup de main d'oeuvre roumaine, voire ukrainienne, en France.

En outre, Damen en nette perte de vitesse ces dernières années (4% de marge en 2014 contre 10% en 2010) ne pourra pas augmenter sa marge opérationnelle très facilement en rachetant Saint-Nazaire. Deux des principaux clients du chantier français seront également ses actionnaires, qui connaissent sur le bout des doigts le marché et ses prix. Les marges de la construction des bateaux de croisière sont effectivement faibles (autour de 2%). Enfin, Damen, qui n'est pas réputé pour avoir beaucoup de cash, va entrer dans un métier où il en faut énormément. Car un chantier naval ne reçoit qu'un acompte de 15% de la valeur du bateau à la signature du contrat, le reste à la livraison. Il n'y pas de lissage de cash lié à l'avancement du bateau.

Fincantieri également

Enfin, le chantier naval italien Fincantieri, qui a affiché 4,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires environ en 2015 (dont deux milliards générés par les bateaux de croisière) reste très intéressé par STX Saint-Nazaire. Car il rêve d'égaler Meyer Werft, qui construit des très grands bateaux de 700.000 tonnes grâce au chantier de Turku en Finlande racheté à STX en 2014. Ce qui n'est pas le cas de Fincantieri. Mais avec le chantier français, l'italien y parviendrait.

À lire également

  • Quatre repreneurs pour s'offrir la pépite STX Saint-Nazaire
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La reprise de STX Saint-Nazaire par Fincantieri inquiéterait en revanche les croisiéristes, qui ne verraient pas d'un bon œil la concentration de ce secteur. Car jusqu'ici c'est eux qui maîtrisaient les prix des navires. Mais face à un duopole - Fincantieri et Meyer Werft - dans la construction des très grands bateaux de croisière, ils ne pourraient plus peser autant sur les prix. D'où vraisemblablement l'intérêt de ces deux croisiéristes - MSC Croisières et Royal Caribbean Cruises - de soutenir Damen dans la mise aux enchères. Enfin, si Fincantieri mettait la main sur Saint-Nazaire, DCNS serait lui aussi inquiet de voir un chantier qui réalise 33% du chiffre d'affaires de Fincantieri dans le militaire, fabriquer des navires de guerre à partir de la France.

Michel Cabirol

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