Thierry Breton veut pour l'Europe une "constellation de connectivité multi-orbitale"

Lors du Paris Air Forum, organisé lundi par La Tribune, Thierry Breton a confirmé sa volonté de lancer une nouvelle grande constellation européenne. Elle sera "disruptive", a de son côté expliqué Catherine Kavvada, directrice du développement spatial et de l'innovation à la Commission européenne.

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L'Europe doit "se doter d'une constellation de connectivité spatiale multi-orbitale pour offrir à l'ensemble du continent une infrastructure de connectivité mettant fin aux zones blanches et pour assurer une redondance avec le réseau terrestre", a expliqué le commissaire européen en charge notamment de la politique industrielle Thierry Breton.

Thierry Breton ne lâche pas l'affaire. Il insiste pour doter l'Europe d'une troisième grande constellation spatiale. Elle a pour objectif de fournir aux Européens une infrastructure de connectivité mettant fin aux zones blanches, d'assurer une redondance avec les réseaux terrestres, de projeter l'Europe sur le cryptage quantique des communications, avec des applications civiles et militaires, et, enfin, de ne pas dépendre d'infrastructures non-européennes, a précisé le commissaire européen en introduction du Paris Air Forum, un forum organisé lundi par La Tribune et réunissant la plupart des décideurs politiques et industriels du secteur spatial, de la défense et de l'aéronautique.

L'Europe doit "se doter d'une constellation de connectivité spatiale multi-orbitale pour offrir à l'ensemble du continent une infrastructure de connectivité mettant fin aux zones blanches et pour assurer une redondance avec le réseau terrestre. C'est indispensable pour la cybersécurité. Pour projeter l'Europe sur le cryptage quantique, avec des applications civiles et militaires, il faut aller très loin, être très innovant en matière de technologie et pour des raisons stratégiques ne pas dépendre d'infrastructures non européennes. On l'a fait avec Galileo, on le fera avec la constellation", a souligné Thierry Breton lors du Paris Air Forum.

Cette constellation vient s'ajouter à celles déjà existantes, Galileo pour la navigation, qui va bénéficier à partir de 2024 d'une nouvelle génération de satellites, et Copernicus, dont la multitude de capteurs, qui surveille la planète et l'environnement, va évoluer pour couvrir encore plus d'aspects du changement climatique et dont l'enjeu est le re-positionnement dans un marché en pleine évolution.

Des constellations disruptives

« Ces constellations doivent être disruptives, a expliqué Catherine Kavvada, directrice du développement spatial et de l'innovation à la Commission européenne lors d'une table-ronde intitulée "Constellations : quels enjeux pour l'Europe ?". On cherche la différence, on cherche quelque chose qui va les rendre attirantes et va optimiser l'exploitation de leur services ». L'objectif est « de fournir des services de connectivité variés, pas seulement couvrir les besoins des institutions européennes et les gouvernements des États membres, mais surtout d'assurer à tous les Européens un accès à l'internet à haut débit et de mettre fin aux zones blanches », a-t-elle souligné.

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La constellation, envisagée avec une approche multi-orbitale Geo-Leo-Meo afin de tirer les bénéfices de chaque orbite, doit également couvrir des régions « géopolitiquement importantes » pour l'Europe comme l'Afrique et l'Arctique, a-t-elle précisé. L'un des enjeux centraux est de parvenir à une infrastructure de constellation sécurisée, en assurant un chiffrement quantique pour accroître la robustesse du système et protéger l'Europe dans la course quantique. L'objectif est de mettre la technologie quantique « à la disposition non seulement de la connectivité, mais aussi de Galileo », a indiqué Pascal Claudel, directeur des opérations de l'Agence de l'Union Européenne pour le programme Spatial (EUSPA). Une technologie qui doit servir à fournir des clés de cryptage inviolable.

Arianespace prêt à lancer la constellation européenne

Le déploiement des satellites de cette constellation se fera évidemment avec Ariane 6, « parfaitement adaptée aux déploiement des constellations », grâce notamment à son étage supérieur rallumable avec le moteur Vinci, a affirmé Stéphane Israël. « Les constellations ont besoin de grosses fusées, pas de petites fusées, parce qu'on va mettre le plus possible de satellites dans le lanceur, et de fusées polyvalentes qui peuvent aller sur des plans d'orbites différents », a-t-il assuré.

Une étude préliminaire a été réalisée par un consortium de neuf sociétés (Airbus, Arianespace, Eutelsat, OHB, TAS, Deutsche Telekom, Orange...), mais la Commission a décidé de consulter également des start-up du spatial afin de rendre le projet plus innovant. "Nous allons lancer une nouvelle étude à destination des start-ups afin que celles-ci puissent nous indiquer ce qu'elles pourraient apporter à un tel projet. Car oui, il ne s'agit pas là d'un projet spatial comme les autres, et je souhaite entendre tout le monde", a d'ailleurs expliqué Thierry Breton. En misant également sur les mini-lanceurs, il a définitivement convaincu l'Allemagne de lancer ce projet de constellation.

Alors que la décision de la Commission de consulter les startups a été vue comme le signe d'une approche trop conservatrice du consortium, Stéphane Israël préfère y voir du « co-engineering » entre acteurs historiques et du Newspace. « On a réfléchi a différentes architectures. L'idée est de voir comment une constellation en orbite basse peut bénéficier de compléments en orbite moyenne ou géostationnaire », a-t-il souligne-t-il.  « Il y a une complémentarité possible » entre les deux approches, abonde Catherine Kavvada. On est à la recherche de la meilleure combinaison entre les consortium A et B ».

Quel coût ?

Dans ce projet, l'Agence spatiale européenne apporte sa propre expertise, basée sur les axes stratégiques que sont la 5G et la 6G, dans lesquelles sont impliquées des acteurs des télécoms terrestres mais aussi les industries automobile et aéronautiques, l'optique pour les liaisons inter-satellites et les télécommunications sécurisées, souligne Élodie Viau, directrice des télécommunication et des applications intégrées à l'ESA. Ces trois volets sont « tout a fait pertinents pour aider à booster l'innovation de nos industries », a-t-elle expliqué. « On est en train de construire des "building blocks" innovants, qui vont permettre d'arriver au système », avec comme impératif d'aller vite, de jouer le rôle d'accélérateur pour notre industrie.

Reste la question du coût, alors que le chiffre de 6 milliards d'euros est régulièrement avancé. « Pour parler de financement, je dois savoir quel est le coût », a estimé Catherine Kavvada. « Je peux pas faire de spéculation par rapport aux 6 milliards, - moins, plus - si je ne suis pas sûre de la constellation, des services, et surtout la façon dont cette constellation ou les services seront fournis » pour une constellation d'une durée de vie de 30 à 40 ans, a-t-elle indiqué.

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Commentaires 11
à écrit le 24/06/2021 à 18:14
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Ils vont pas être content les astronomes.

à écrit le 23/06/2021 à 12:42
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c'est bien la com, les mots donnent l'impression de complexité, mais comme Galileo, le résultat est la pour montrer qu'il se regarde sans doute en prononçant ces mots !

à écrit le 23/06/2021 à 12:08
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les girouettes de la politique d un nouveau monde sont en recherche d une autre planette

à écrit le 23/06/2021 à 9:48
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Cessez le charabia fourre-tout et adopter un concept de souveraineté raisonnée. Allez chez les grossistes en matériaux de construction (bois, fer à béton) et vous constaterez l'état de l'UE..

le 23/06/2021 à 11:27
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C'est sûr qu'à bord d'un satellite on trouve beaucoup de bois et de béton..Cela dit, je ne pense pas qu'une constellaton soit une bonne idée. Jusqu'à ce jour, toutes les promesses du satellite pour le large bande ont pitoyablement échoué que ce soit ...

à écrit le 23/06/2021 à 1:15
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L'Europe girouette,sans imagination .Quand musk a échafaudé sa constellation de satellites starlink ,le discours européens était condescendant ,cela n'était pas fiable économiquement .Qui voudrait payer 500 euros pour une connexion modem 56k .Si le m...

à écrit le 22/06/2021 à 22:20
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Il faut des satellites qui tournent dans des sens différents pour maximiser les 'ouvertures' et ajouter des trajectoires polaires pour bien couvrir 100% de la planète 100% du temps. Pour gagner en retour sur investissement, il faut qu'il intègre la ...

à écrit le 22/06/2021 à 22:20
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Il faut des satellites qui tournent dans des sens différents pour maximiser les 'ouvertures' et ajouter des trajectoires polaires pour bien couvrir 100% de la planète 100% du temps. Pour gagner en retour sur investissement, il faut qu'il intègre la ...

à écrit le 22/06/2021 à 21:30
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Si c'est disruptif, on est sauvé ;-) Elle a appris un nouveau mot la dame....

à écrit le 22/06/2021 à 19:38
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L'espace ne sera jamais assez grand pour accueillir tous ces objets destinés à une surveillance généralisée de l'humanité. Si on peut encore parler d'humanité dans ce qui ressemble de plus en plus à la ferme des animaux. Big Brothers is watching you....

à écrit le 22/06/2021 à 17:11
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Y a plus qu à… mr Breton a raison …. Les pays libéraux de l ue- pays scandinaves Irlande - bloqueront ils les investissements sans en comprendre l enjeu stratégique ? Il faudra aud’sdi protéger cette constellation de certaines «  puissances  inamical...

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