Trump en veut à Boeing de lui gâcher son bilan économique, la compagnie réaffirme sa confiance dans le MAX

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Le cabinet IHS Markit anticipe une baisse du PIB de 0,1 point si le 737 MAX reste cloué au sol jusqu'en juin, et de 0,2 point s'il ne vole pas du tout en 2020.
Le cabinet IHS Markit anticipe une baisse du PIB de 0,1 point si le 737 MAX reste cloué au sol jusqu'en juin, et de 0,2 point s'il ne vole pas du tout en 2020. (Crédits : Reuters)
"Boeing, c'est une grande, grande déception pour moi", a indiqué mercredi Donald Trump en marge du Forum économique mondial de Davos. David Calhoun, le nouveau directeur général de Boeing, s'est quant à lui voulu rassurant, en affichant sa confiance dans le 737 MAX et en promettant plus de moyens aux ingénieurs.

Donald Trump a fait part de sa "grande, grande déception" après les déboires de Boeing et s'est inquiété de leurs répercussions sur la santé de l'économie américaine, atout majeur du président américain dans sa campagne de réélection.

"Boeing, c'est une grande, grande déception pour moi", a indiqué mercredi Donald Trump dans une interview à la chaîne CNBC, donnée en marge du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, où est réunie l'élite économique et politique mondiale.

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"C'était, disons jusqu'à il y a un an, l'un des plus grands groupes du monde, et soudainement, plein de choses sont arrivées. Je suis tellement déçu par Boeing, tout cela a eu un énorme impact", a poursuivi le président.

Répercussions sur la croissance

Bien loin de son procès en destitution qui agite le Congrès américain, l'hôte de la Maison Blanche, en campagne pour un second mandat, brandit la croissance américaine en étendard de son succès.

Il voit donc d'un mauvais œil les répercussions sur celle-ci des problèmes de Boeing, qui a annoncé la veille que le 737 MAX ne revolerait pas avant mi-2020. Ces appareils sont cloués au sol partout dans le monde depuis plus de dix mois après deux accidents ayant fait 346 morts.

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"Vous savez, quand vous parlez de la croissance, l'impact [des déboires de Boeing] est tellement énorme", a insisté Donald Trump.

Le cabinet IHS Markit anticipe en effet une baisse du PIB de 0,1 point si le 737 MAX reste cloué au sol jusqu'en juin, et de 0,2 point s'il ne vole pas du tout en 2020.

Selon le cabinet Oxford Economics, les effets sur l'investissement, le commerce et les stocks, accumulés au premier trimestre 2020, pourraient représenter un impact sur le PIB d'environ 0,5% en chiffres annualisés.

La majeure partie de cet impact proviendrait des exportations, Boeing - qui exporte les trois quarts de sa production - représentant une part importante du commerce extérieur américain.

Boeing affiche sa confiance dans le MAX

David Calhoun, le nouveau directeur général de Boeing, a de son côté ouvert, mercredi, une nouvelle ère chez l'avionneur, en affichant sa confiance dans le 737 MAX et en promettant plus de moyens aux ingénieurs.

Le dirigeant de 62 ans, aux commandes depuis le 13 janvier en remplacement de Dennis Muilenburg limogé pour une gestion jugée calamiteuse de la crise du MAX, a essayé de rassurer à la fois les régulateurs, les salariés, les compagnies aériennes et le président Donald Trump.

La production du 737 MAX, plus de deux-tiers du carnet de commandes de Boeing, devrait être "relancée" avant juin, a assuré M. Calhoun à des journalistes lors d'une conférence téléphonique.

"Nous allons reprendre lentement et de façon régulière notre production quelques mois avant" la remise en service du MAX à la mi-2020, a-t-il déclaré. Boeing avertira ses sous-traitants auparavant.

Pas de licenciements prévus

Le constructeur aéronautique ne produit plus de MAX depuis janvier. Cette décision a mis sous pression les sous-traitants, obligés d'engager des cures d'austérité. C'est le cas du fabricant américain de fuselages Spirit AeroSystems, qui a dû licencier 2.800 personnes et n'exclut pas des suppressions d'emplois supplémentaires.

M. Calhoun a également assuré qu'il n'y aurait ni licenciements ni mesures de chômage technique chez Boeing.

Alors que des experts s'interrogent sur l'avenir du MAX face à la défiance des voyageurs, Boeing croit toujours en cet avion vedette.

"Je crois en cet avion. J'y crois parce que nous l'avons fabriqué. Les pilotes y croient. C'est juste que la procédure d'approbation [des avions] est nouvelle", a défendu M. Calhoun.

C'est la première fois depuis le déclenchement de la crise du MAX que Boeing organise une conférence de presse. Pendant près d'une heure, M. Calhoun ne s'est pas réfugié, comme son prédécesseur, derrière les enquêtes en cours des autorités pour ne pas répondre aux questions dérangeantes.

Il s'est voulu direct et franc, répétant plusieurs fois le mot "réaliste" quand il s'est agi d'expliquer les raisons qui ont poussé Boeing à reporter à la mi-2020 la remise en service du MAX.

"C'est une prévision réaliste", a dit cet ancien cadre dirigeant de General Electric (GE), ajoutant que celle-ci tenait compte du fait que Boeing recommandait désormais une formation des pilotes sur simulateur, jugée plus longue.

Sans verser dans un mea culpa, il a fait remarquer que Boeing et les régulateurs n'avaient pas correctement anticipé les réactions des pilotes à un dysfonctionnement du système anti-décrochage MCAS mis en cause dans les deux accidents.

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Le dividende versé aux actionnaires inchangé

Répétant que la sécurité était la "priorité" de Boeing, David Calhoun a ajouté: "une fois que les pilotes vont se remettre aux commandes [du MAX modifié] et seront en confiance, je suis persuadé que les clients [et les voyageurs] suivront".

Il a par ailleurs promis des moyens supplémentaires aux ingénieurs de Boeing, semblant ainsi répondre aux critiques selon lesquelles la culture d'innovation et de sécurité, au cœur de la stratégie de l'entreprise créée il y a 104 ans, avait été écrasée par le souci de satisfaire les marchés financiers et les actionnaires.

Lire aussi : Boeing: les salariés décrivent l'explosion d'une culture d'entreprise gangrénée par l'arrogance et la cupidité

Il sera néanmoins difficile de se débarrasser de cette culture du tout-financier puisque David Calhoun a assuré que le dividende versé aux actionnaires ne serait pas réduit, en dépit de l'explosion des coûts liés aux difficultés du MAX.

"Nous allons le maintenir tel quel à moins que quelque chose de dramatique ne survienne", a-t-il défendu.

Les experts et observateurs devront attendre un peu plus longtemps que prévu pour juger des promesses de changement faites par M. Calhoun.

Par Julie Chabanas et Luc Olinga, AFP

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Commentaires
a écrit le 23/01/2020 à 18:24 :
C'est la faute au Dictackt du monde de la finance et d'une poignée de nantis, monde où la survie d'une entreprise se fait au détriment des employés et du bon sens, ici de la sureté, pour toujours plus de bénéfices, le tout dans l'agressivité et la compétition, oui mais à quel prix ? C'est notre société toute entière qui perd la raison pour satisfaire l'économie, les individus étant rabaissés, écrasés par leur propre gouvernement comme en France avec la casse sociale â n'en plus finir pour bénéficier à une poignée d'égoïstes préoccupés par leur plan de carrière, leur prime à l'objectif, des stratégies pour démobiliser, démotiver et dévaloriser le personnel, Macron et ses clones en tête !!! Ne faites plus confiance à tous ces politiciens qui mangent avec les financiers qui demain vous enverrons à la mort !
Réponse de le 24/01/2020 à 10:15 :
Encore des généralités où, en dehors de vos idées, tout est à jeter. A la mode mélenchon-lepen-cgt. Vous êtes bon pour tomber dans le fascisme.
Réponse de le 24/01/2020 à 14:40 :
Dictackt, infame capitalisme, competition, economie que d'horribles maux (oups...mots) qui ont deprave le beau jardin d'eden qu'etait la terre !!!
Adam et Eve doivent se retourner dans leur tombe (oups...travailleur 1 et travailleur 2 dans leur urne funeraire...pas de religion, c'est l'opium du peuple)

Heureusement que je suis parti dans des contrees plus vertes dans ma vie : apres mon depart pour la Russie, je suis passe par Cuba, le Cambodge et maintenant je suis au Venezuela.

Je plains mes freres et soeurs qui ne beneficient pas des memes conditions de vie (idylliques) que moi !

Allez A+
a écrit le 23/01/2020 à 17:50 :
Boeing a plutôt intérêt à prendre son temps quelqu’en soit le prix

Car si le le Max s écrase a nouveau a cause de leur bazar de logiciel anti décrochage
il faudra mettre toute la série à la poubelle

Il faudra déjà convaincre les clients de remonter dans cette avion de 1966
Un avion à la limite du vol et qui oblige Boeing a avoir un ordinateur pour le piloter

Ça restera de toute les façons
un fer à repasser
a écrit le 23/01/2020 à 17:16 :
On projette faire des emprunts pour, entre autre, continuer à payer des dividendes somptueux aux actionnaires et maintenir le cours artificiellement comme si de rien n'était.
Tout ça va s'écrouler comme un château de cartes, une fois retombé le mythe de l'infaillibilité de Boeing et de la vérité des prix, tels du poker menteur, surtout avec le coût exorbitant de la remise en service des 800 avions immobilisés non anticipé par les opérateurs, dt la moitié aux 4 coins du monde.
Un effondrement du cours d'une telle Entreprise ds un pays où les engagements financiers en produits risqués sont prépondérants chez les opérateurs de fonds, d'autant plus que B. était jusqu'à présent une valeur de "père de famille" peut faire boule de neige et entraîner ds sa chute tt le système...
Espérons que je ne sois qu'un prophète de malheur, ça ferait mal à mon ego certe, mais pas à mon portefeuille.
Réponse de le 24/01/2020 à 10:19 :
Le malheur des Américains va faire le bonheur des Chinois et, peut être des Russes. Le constructeur Chinois, Cormac, est à l'affut. Avec des moteurs Safran. Il y a aussi un projet Sino-Russe en cours d'essai sur un avion régional. C'est surtout pour Embraer que c'est dommage. Après avoir été obligé de se vendre (par le département de la justice US) à Boeing.
a écrit le 23/01/2020 à 17:08 :
Comme quoi intelligence artificiel avec un ordinateur sa fontionnement pas tres bien voir sa craint
a écrit le 23/01/2020 à 15:33 :
La stratégie de Boeing est un mystère. D'un coté, ils annoncent être à la recherche d'un prêt de 10 milliards pour financer les déboires de la compagnie avec le MAX. De l'autre, ils annoncent un dividende inchangé "à moins que quelque chose de dramatique ne survienne". Je pense que le drame est survenu. Personnellement, je vois deux options (1) l'un des plus grands actionnaires de Boeing a fait un endettement pour acheter ses parts, et impose au conseil d'administration un versement de dividende pour payer ses échéances et (2) le dividende est imposé pour maintenir le cours de l'action puisque les grands actionnaires sont des fonds de placements et de retraites et qu'une dépréciation importante de l'action de Boeing se traduirait par une diminution trop brutale du portefeuille de leurs clients respectifs (retraités américains, placements...). Perso, je vote pour la seconde option !
a écrit le 23/01/2020 à 14:43 :
Tout va bien: dividendes inchangés, explosion des coûts limitée par les licenciements, la confiance des clients leurs sera imposée;. finalement, tout ceci n'est du qu'à une mauvaise réaction des pilotes.. il suffit de leur apprendre à piloter, et tout ira bien !
Et si la remise en service tarde trop aux yeux du président plénipotentiaire, il lui suffira de convoquer le directeur de la FAA pour lui signifier qu'il est trop perfectionniste, et qu'il met en danger l'avenir des USA, et le sien par la même occasion
a écrit le 23/01/2020 à 12:57 :
avion "bricolé" à mettre à la poubelle
a écrit le 23/01/2020 à 11:32 :
"Boeing, c'est une grande, grande déception pour moi"

Le gars qui ne fait pas de business, mais qui impose par son marché intérieur.....

Quant au bilan, il va falloir le lire dans le temps, car j'imagine que tout les pays , après s'être fait imposer ces conditions, du coup trouverons donc d'autres débouchés.``

Car faire du business par la menace, ça marche au débat....
a écrit le 23/01/2020 à 11:00 :
"C'est juste que la procédure d'approbation [des avions] est nouvelle"

Quel cynisme ! Et cette tournure sémantique de Trump est sans appel exprimant sa déception au plus haut point et donc sa non volonté de soutenir cette pourtant si historique multinationale, encore un acte politique singulier du président américain.

Là ils ont vraiment fait n'importe quoi chez BOEING...
Réponse de le 23/01/2020 à 14:36 :
tout ce qu'il dit est tourné avant tout vers ses électeurs, pour leur montrer combien il est utile de le réélire (y a jamais eu un président si merveilleux), certains ont compté je crois 15 000 mensonges depuis son élection, ça se nomme 'vérité alternative', je crois.
Great Boeing ne peut avoir failli, c'est l'environnement réglementaire qui est hostile, trop tatillon [après l'avoir été pas assez]...
Le pire est que le système de correction devait être transparent, comme l'ABS sur une voiture, on n'a pas à corriger ses "erreurs" éventuelles (ouf ! :-) ).
Réponse de le 23/01/2020 à 18:59 :
Cette citation n'est pas de Trump mais de Boeing qui oublie qu'à la base s'il y a de nouvelles règles c'est parce qu'ils ont enfreinte les anciennes.

Oui Trump tourne ses discours vers son électorat mais pas sa politique qui suit une stratégie bien plus fine. S'arrêter sur les mots de ce président avec tout ce qu'il a fait de révolutionnaire, et je pèse mes mots, en matière de gouvernance politique nationale et mondiale c'est forcément se tromper.

"Pour gouverner il faut savoir cacher ses inventions. " Machiavel

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