Agreenculture automatise et fiabilise les robots agricoles

Fondée en 2016, la PME toulousaine s’est concentrée sur le développement d’une solution logicielle qui peut rendre autonome n’importe quel engin agricole. Une solution sous forme de boîtier blanc, permettant l’automatisation de certaines machines. Explications. (Cet article est issu de T La Revue de La Tribune - N°8 "Du champ à l'assiette - Mieux produire pour bien manger", actuellement en kiosque).

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(Crédits : Frédéric Scheiber pour La Tribune)

Alors que le plan d'investissement France 2030, qui prévoit de mobiliser 30 milliards d'euros sur cinq ans, va réserver une petite partie de ses financements pour un appel à projet pour le développement d'agroéquipements automatisés et intelligents, d'autres n'ont pas attendu la crise sanitaire pour se pencher sur le sujet. Déjà dans la région toulousaine et dès 2011, Naïo Technologies s'était lancé dans le développement de plusieurs robots autonomes et électriques à des fins agricoles, comme la viticulture et le maraîchage. Plusieurs exemplaires de ses robots sont depuis dans les champs européens et la PME a participé au dernier CES de Las Vegas dans l'espoir de conquérir le marché nord-américain.

« Pour industrialiser des robots, il faudrait mettre 30 millions d'euros sur la table, sans parler des moyens de commercialisation en France évalués à 20 millions d'euros en plus. Donc quel investisseur ou partenaire en France serait prêt à injecter autant dans une jeune entreprise, seulement pour rattraper le retard sur ce que certains font déjà ? Nous préférons de notre côté nous adosser à des partenaires pour la partie industrialisation », analyse Christophe Aubé, le co-fondateur et dirigeant de la société Agreenculture. Installée et créée en 2016 à Toulouse, la société s'est spécialisée dans la confection d'une solution logicielle sous forme d'un boîtier blanc devant permettre l'automatisation de certaines machines avec, in fine, l'ambition d'automatiser des tâches agricoles à faible valeur ajoutée, comme le désherbage. Et pourtant, cette aventure entrepreneuriale a débuté autour de la conception et de l'amélioration d'un petit robot, de couleur orange, et à la forme carrée. « Le robot agricole était le bon vecteur pour démontrer la pertinence de notre boîtier et prouver notre savoir-faire. Produire des robots agricoles autonomes n'a jamais été notre ambition. Nous voulons plutôt produire des systèmes extrêmement sécurisés au service de l'agroécologie par l'automatisation. Étant issu d'une famille d'agriculteurs et de formation aéronautique, j'ai avancé dans ce projet avec l'idée qu'il fallait mettre le savoir-faire d'un secteur au service de l'autre. Mais la transition agricole nécessite du temps et le milieu agricole est délaissé par les moyens de R&D », poursuit l'entrepreneur. Néanmoins, sans bouclage de levée de fonds jusqu'à présent, la société s'est développée jusqu'à « faire vivre 46 personnes actuellement », et en automatisant et sécurisant n'importe quelle machine.

Une première levée de fonds ?

Concrètement, Agreenculture vend des kits de robotisation qui comprennent le boîtier, la solution logicielle pour exploiter les données, un service de maintenance et des moyens de cybersécurité associés. Avec la jeune entreprise toulousaine, les utilisateurs de sa solution peuvent bénéficier de services de suivi de leurs cultures, de prise de contrôle à distance de la machine agricole en question, de planification de tâches. De plus, chaque solution logicielle est personnalisée en fonction des besoins des cultivateurs et propose des recommandations agronomiques à l'intéressé. « Notre produit est conçu avec ses utilisateurs, nos ingénieurs sont dans les champs », ajoute Christophe Aubé. Aujourd'hui, toutes technologies confondues, ce sont une vingtaine de machines agricoles qui sont devenues autonomes grâce à Agreenculture, circulant dans trois pays différents que sont l'Espagne, la France et la République tchèque. La Grèce et les Pays-Bas sont au programme pour 2022, tout comme la PME toulousaine s'attend à nouer un partenariat avec une structure du Danemark. Un producteur d'engins agricoles s'intéresse également à la société pour intégrer directement sa technologie dans ses véhicules neufs. « Nous pensons déployer une centaine de boîtiers rien qu'en 2022 », fait savoir Christophe Aubé, qui se réjouit des opportunités face à lui. Ainsi, après avoir réalisé un chiffre d'affaires de 1,3 million d'euros en 2021, Agreenculture espère doubler largement cet indicateur économique. De plus, pour assurer son développement, la société ne ferme pas la porte à la réalisation d'une première levée de fonds à la fin de l'année 2022.

Quinze recrutements en 2022

Déjà en pleine phase d'agrandissement de ses locaux historiques, la société prévoit une quinzaine de recrutements rien qu'en 2022. Tout d'abord, ces nouvelles forces vives doivent permettre à Agreenculture de disposer d'un centre de téléopération 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. « Cela va permettre d'offrir un confort d'exploitation à nos clients [...] Aujourd'hui, nous pouvons prendre le contrôle d'un robot agricole jusqu'à 600 kilomètres de distance avec notre technologie », fait savoir le dirigeant. Par ailleurs, la société prévoit de recruter deux à trois profils d'ingénieurs spécialisés dans l'usage de l'intelligence artificielle et le traitement des données récoltées par le robot. Enfin, des nouveaux ingénieurs d'application doivent venir gonfler les rangs car les projets de développement ne manquent pas.

Tout d'abord, celle qui se rêve en « une société à impact positif pour la planète » développe avec Engie une solution de « pluggage » électrique et autonome pour ses robots dans un souci de décarbonation de l'agriculture. À côté de cela, Agreenculture travaille sur un système autonome de recharge en intrants afin de permettre une autonomie des robots agricoles de 20 à 22 heures. Enfin, la société développe un projet du nom de Terria qui se résume en un service de correction sécurisé pour le positionnement des robots sur le terrain. « Nous voulons avoir la plus faible emprise matérielle dans les champs », précise Christophe Aubé, dont la technologie de sa société nécessite l'installation de balises. L'idée à terme serait de supprimer ces balises, tout comme l'entrepreneur entend préserver les emplois agricoles avec ses services.

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Article issu de T La Revue n°8 - "Du champ à l'assiette - Mieux produire pour bien manger ?" Actuellement en kiosque

Un numéro consacré à l'agriculture et l'alimentation, disponible chez les marchands de presse et sur kiosque.latribune.fr/t-la-revue

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Commentaire 1
à écrit le 05/03/2022 à 9:55
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Tout çà, pour donner a manger aux gens des villes? Cela ressemble a de l'élevage concentrationnaire d'être humain! ;-)

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