Les importations d'engrais azotés en France ont toujours été massives, et celles de Russie croissent. Mais les solutions sont limitées et de longue haleine.Comment adresser le problème de la dépendance de la France des engrais azotés, qui remet en cause sa souveraineté alimentaire ainsi que son indépendance face à des pays peu fiables comme la Russie ? Le ministère de l'Agriculture commence à travailler sur le sujet. Le cabinet de la ministre déléguée Agnès Pannier-Runacher assure vouloir présenter « les grands axes d'un plan souveraineté des engrais » avant l'été. Elaboré ensuite par des groupes de travail interministériels, il devrait être finalisé début 2025.
Le problème est toutefois atavique, et les solutions, limitées comme de longue haleine. Le premier volet sur lequel le gouvernement affirme vouloir miser est en effet la « sobriété » des usages. Mais le changement de modèle agricole que cela implique, en outre de ne pas être consensuel, demandera beaucoup de temps.
Plusieurs millions de tonnes importés chaque année
La dépendance de l'agriculture française des engrais azotés est en effet massive.
« Appliqués le plus souvent trois fois par an autour du printemps, ces intrants sont indispensables pour la production agricole française », explique Alexandre Willekens, consultant analyste des marchés des grains chez Argus Média (ex-Agritel).
Déjà en 2019-2020, la ferme France en importait chaque année plus de 4,5 millions de tonnes : deux tiers de ses besoins, reconnaît le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. 38% de ces importations provenaient de pays tiers, dont la Russie.
Miser sur la diversification des pratiques agronomiques, par exemple en accroissant les cultures de légumineuses - qui en plus de fixer l'azote dans le sol, contribueraient à la souveraineté protéique de la France -, pourrait affecter les rendements, craignent les agriculteurs. La « meilleure mobilisation locale de toutes les sources potentielles d'engrais, organiques et minérales », sur laquelle travaille aussi le ministère, implique pour sa part de s'attaquer à la spécialisation actuelle de l'agriculture française, très ancrée.