« Le cadmium présent dans les sols aujourd'hui est en effet surtout dû à l'utilisation abondante qui en a été faite pendant les trente glorieuses, et aussi aux retombées des pollutions atmosphériques d'origine industrielle et urbaine du 20ème siècle ».
ENTRETIEN. La Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux a tiré la sonnette d'alarme la semaine passée auprès du gouvernement sur l'imprégnation croissante des sols à ce métal lourd classé cancérogène certain pour l'homme et que l'on trouve dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture. Pour La Tribune, Thibault Sterckeman, agronome spécialiste du sujet à l'Inrae, revient sur cette affirmation.
Le cadmium n'en finit plus de susciter l'inquiétude. En témoigne l'alerte lancée dans un courrier adressé lundi 2 juin au Premier ministre et aux ministres de la Santé, de l'Agriculture et de la Transition écologique par la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML). Cette dernière insiste, en effet, sur l'imprégnation croissante des sols en France à ce métal lourd classé cancérogène certain pour l'homme et présent dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture.
Thibault Sterckeman, agronome spécialiste du sujet à l'Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), partage avec La Tribune ses interrogations sur les causes de ce phénomène et revient sur les difficultés pour éradiquer le cadmium.
LA TRIBUNE : Selon les enquêtes épidémiologiques de Santé publique France, l'imprégnation moyenne des Français au cadmium a doublé en moins de dix ans, et a dépassé celle des Américains et des ressortissants de nombreux pays européens. Les sols et les aliments français sont-ils particulièrement et de plus en plus contaminés ?
THIBAULT STERCKEMAN : Selon les données dont nous disposons, la teneur de cadmium dans les sols français est, en moyenne, de 0,31 mg par kilo de terre sèche. Ce n'est pas un taux particulièrement élevé. Et il n'a pas doublé en dix ans.
L'acidité des sols, les méthodes de culture ont certes évolué, mais pas suffisamment pour générer une augmentation brutale de la présence de cadmium dans les aliments produits en France. Et les gens n'ont pas modifié radicalement leurs rations alimentaires. Je ne comprends donc pas comment le taux d'imprégnation des Français a pu augmenter autant.
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L'une des causes de la présence de cadmium dans les sols agricoles est toutefois sûre : l'utilisation d'engrais phosphatés. Pourrait-on s'en passer ?
Non, pas complètement, puisque le phosphore est l'un des éléments dont les sols ont besoin pour être fertiles, c'est-à-dire pour fournir cet élément essentiel aux végétaux. Mais pendant les dernières décennies, l'utilisation d'engrais phosphatés a progressivement baissé, en raison de leur coût économique et pour éviter la pollution des eaux des rivières, des lacs et des littoraux, par eutrophisation.