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Interdiction des néonicotinoïdes : le ministre de l'Agriculture promet une indemnisation en cas de jaunisse

Photo de Coline Vazquez

Coline Vazquez

Publié le 09 février 2023 à 16:57 - Mis à jour le 09 février 2023 à 18:04

agriculture betteraves néonicotinoïdes

Un champ de betteraves contaminé par le virus de la jaunisse, contre lequel les néonicotinoïdes permettent de lutter, dans les Hauts-de-France.

Reuters

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Ce jeudi, le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, a confirmé qu'une indemnisation sera versée aux betteraviers s'ils subissent des pertes liées à la jaunisse, maladie provoquée par les pucerons. Et pour cause, l'Union européenne interdit désormais le recours aux néonicotinoïdes pour se protéger de ce virus. Le ministre n'a toutefois pas précisé les contours de cette indemnisation, restant également vague sur les avancées de la recherche quant aux alternatives à ces substances chimiques.

Le gouvernement sera, de nouveau, au chevet des agriculteurs, a-t-il promis. Ce jeudi, le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, a assuré que les planteurs de betteraves, qui ne peuvent désormais plus utiliser de néonicotinoïdes, seraient indemnisés en cas de pertes liées à la jaunisse, maladie causée par les pucerons. Une indemnisation qui n'impliquera ni franchise, ni plafond.

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« On a besoin de rassurer les planteurs pour la campagne qui s'ouvre en 2023 », a-t-il affirmé, se refusant à chiffrer le montant que cette indemnisation pourrait atteindre. « Je ne parle pas d'enveloppe sur un sujet dont on ne sait même pas s'il va émerger », a-t-il ainsi répliqué. « Nous avons quelques semaines pour caler le dispositif et dès demain il y aura une réunion technique sur le sujet », a seulement précisé le ministre.

Une réponse qui intervient au lendemain de la manifestation qui s'est déroulée à Paris la veille. Plus de 500 tracteurs, 620 selon le décompte du syndicat agricole majoritaire FNSEA, ont, en effet, gagné la capitale parcourant les 500 mètres de voie séparant l'hôtel des Invalides du pont Alexandre III.

Manifestation agriculteurs betteraves néonicotinoïdes
Photo d'illustration (Crédits : Reuters)

Des agriculteurs ont manifesté à Paris le 8 février contre la décision de ne pas accorder au secteur pour l'utilisation de néonicotinoïdes. Crédit : Amaury Cornu / Hans Lucas via Reuters Connect.

Un danger pour les abeilles et bourdons

Objectif : dénoncer la volonté européenne de bannir l'utilisation des néonicotinoïdes. Le 2 février dernier, l'Union européenne a, en effet, adopté une série de règles abaissant les limites autorisées pour la présence résiduelle dans les aliments, y compris importés, de deux néonicotinoïdes. Apparus dans les années 1990, ces substances s'attaquent au système nerveux des insectes, donc des pollinisateurs. Même à faible dose, elles perturbent le sens de l'orientation des abeilles et bourdons, qui ne retrouvent plus leur ruche, altèrent le sperme des mâles et sont donc accusées de contribuer au déclin mondial des pollinisateurs.

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« Les nouvelles règles abaisseront les limites maximales de résidus (LMR) de deux néonicotinoïdes, la clothianidine et le thiaméthoxame (...) au niveau le plus bas pouvant être mesuré avec les dernières technologies disponibles », a ainsi indiqué l'exécutif européen. Des limites qui s'appliqueront à tous les aliments produits dans l'UE, mais également aux importations de produits alimentaires et d'aliments pour animaux. En outre, la mesure s'imposera aux produits importés à partir de 2026, afin de laisser le temps aux pays tiers de se conformer aux nouvelles règles.

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Des dérogations françaises rendues impossibles par l'UE

Un coup de massue pour le monde agricole qui les utilise pour protéger les betteraves de la jaunisse, transmise par les pucerons verts et qui attaque les feuilles de la plante et affecte le stockage du sucre dans les racines. Déjà en 2018, l'UE avait interdit l'usage en plein champ de trois néonicotinoïdes (clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride). La Cour de justice de l'UE a en plus jugé illégales, mi-janvier, les dérogations adoptées par une dizaine d'Etats membres, dont la France, pour continuer d'autoriser les betteraviers à utiliser de façon préventive des néonicotinoïdes dans l'enrobage des semences.

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Conformément à la décision de la Cour de justice de l'UE, le gouvernement a donc été contraint de renoncer, le 23 janvier dernier, à délivrer une dérogation permettant de recourir aux insecticides néonicotinoïdes pour la culture de la betterave sucrière. Une décision à l'origine de la manifestation du 8 février. Car, les betteraviers craignent que, sans ces molécules, leurs rendements chutent à cause de la jaunisse transmise par des pucerons. Ils gagent que les industriels devront se fournir à l'étranger pour fabriquer du sucre, de l'alcool ou du bioéthanol, avec des betteraves cultivées sans les « contraintes » françaises et européennes.

En 2020, le virus de la jaunisse avait détruit un tiers de la récolte en France, premier producteur européen de sucre. « La décision de la Cour de justice européenne vient lourdement impacter une stratégie que nous avions depuis 2020 sur trois ans basée sur des dérogations enrobant les néonicotinoïdes qui nous permettait d'envisager au travers d'un programme de recherche la voie de sortie sur ces produits tout en assurant la pérennité de cette filière », a admis Marc Fesneau ce jeudi, affirmant ne pas vouloir reproduire les écueils de 2020 avec « une indemnisation trop faible » et « pas assez sécurisante ».

Pas encore de solution satisfaisante pour les agriculteurs

Après ce « désastre » de 2020, la filière a lancé, avec l'Etat, un programme de recherche pour développer des variétés plus résistantes aux attaques de pucerons, tout en réclamant des dérogations pour pouvoir utiliser des semences enrobées de ces insecticides « en attendant d'avoir une solution ».

Mais celle-ci n'a pas encore été trouvée. « On n'a toujours pas de solution satisfaisante. Nos espoirs reposent sur la génétique, mais on n'attend pas de variété prometteuse avant deux ans », plaidait Christian Durlin, membre du syndicat majoritaire FNSEA et vice-président de la chambre d'agriculture des Hauts-de-France, fin janvier.

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De son côté, le ministre s'est montré plus confiant tout en restant évasif sur l'avancée des recherches. « Il y a deux volets. Le premier sur les itinéraires techniques que l'on peut améliorer avec les produits phytosanitaires qui sont encore à dispositions et qui peuvent encore être mobilisés. Le second élément repose sur la prévention et les dispositifs », a-t-il expliqué, citant le travail de recherche mené dans le cadre du plan national de recherche et d'innovation (PNRI).

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Lancé en janvier 2021, il « vise à identifier d'ici 2023 des solutions alternatives aux néonicotinoïdes opérationnelles contre la jaunisse de la betterave sucrière ». Des solutions qu'il va donc falloir trouver plus vite que prévu. Si la menace du virus de la jaunisse s'annonce, en 2023, plus forte que les deux précédentes années, il devrait néanmoins frapper moins durement la France qu'en 2020.

(Avec AFP)

Coline Vazquez

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