Retenues d'eau pour l'agriculture : les « bassines » de la colère en 6 questions

La préfecture des Deux-Sèvres a interdit lundi soir « toute manifestation et attroupement » le week-end prochain à Sainte-Soline où des opposants au chantier de construction d'une réserve d'eau, autrement appelée « bassine », prévoient de se rassembler. Cette retenue d'eau permet de stocker l'équivalent de 260 piscines olympiques. Destinée à l'irrigation agricole, celle-ci est au cœur d'une bataille pour l'accès à l'eau dans le Marais poitevin.
Les bassines, cratères à ciel ouvert, recouverts d'une immense bâche en plastique, pompent l'eau des nappes phréatiques superficielles l'hiver pour en stocker jusqu'à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques), avant de la restituer pour l'irrigation l'été, quand les précipitations se raréfient.
Les bassines, cratères à ciel ouvert, recouverts d'une immense bâche en plastique, pompent l'eau des nappes phréatiques superficielles l'hiver pour en stocker jusqu'à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques), avant de la restituer pour l'irrigation l'été, quand les précipitations se raréfient. (Crédits : Abaca Press via Reuters)

La tension risque de monter d'un cran dans le Marais poitevin le week-end prochain. La préfecture des Deux-Sèvres a interdit lundi soir une manifestation prévue samedi 29 et dimanche 30 octobre de militants écologistes opposés au projet de construction, dans la plaine de Sainte-Soline, d'une réserve d'eau de substitution pour l'irrigation agricole, aussi appelée « bassine ». Les opposants du collectif « Bassines Non Merci » prévoient de passer outre et de « converger par milliers » pour « mettre fin » au chantier et empêcher un « bassinage général » du pays, selon leur porte-parole Julien Le Guet.

Mais qu'est-ce qu'une bassine ? Pourquoi ce projet en région cristallise-t-il les tensions ? Eléments de réponse en six questions.

Qu'est-ce qu'une bassine ?

Ces cratères à ciel ouvert, recouverts d'une immense bâche en plastique, pompent l'eau des nappes phréatiques superficielles l'hiver pour en stocker jusqu'à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques), avant de la restituer pour l'irrigation l'été, quand les précipitations se raréfient. A l'heure où se pose, de manière de plus en plus accrue, la question de l'accès à l'eau, ces retenues visent ainsi à faciliter le captage et l'utilisation des eaux de pluie par les agriculteurs pour qu'ils puissent arroser leurs terres en période de sécheresse, et ainsi irriguer les grandes cultures. Les agriculteurs expliquent en effet que ce système permet de prélever moins d'eau que par le passé et pointent la nécessité de ces retenues d'eau pour leurs activités alors que les périodes de sécheresse s'accentuent.

Pourquoi les tensions se cristallisent-elles dans les Deux-Sèvres ?

De tels projets se multiplient dans l'Hexagone, mais les tensions entre le monde agricole et les défenseurs de l'environnement se cristallisent dans les Deux-Sèvres, deuxième zone humide de France en superficie. Dans le sud de ce département, un projet de création de 16 bassines a été lancé. Il s'agit d'un projet porté depuis une dizaine d'années au sud du département par la Coopérative de l'eau, un groupement de 400 agriculteurs. L'objectif est de « baisser de 70% les prélèvements » d'eau en été. Soutenu par l'État, ce projet coûterait au minimum 60 millions d'euros, financé à 70% par des subventions publiques. Le chantier de la réserve d'eau de Sainte-Soline a démarré début octobre. Une première est déjà construite à Mauzé-sur-le-Mignon.

Que dénoncent les opposants ?

Les associations environnementales estiment que ces réserves d'eau constituent un « accaparement » de l'eau et dénoncent l'impact écologique de ces mégastructures qui captent les ressources des nappes phréatiques. Le collectif « Bassines Non Merci », qui rassemble une cinquantaine d'associations environnementales, d'organisations syndicales et de groupes anticapitalistes, dénonce en l'occurrence un « accaparement de l'eau » destiné à « l'agro-industrie » et espère faire stopper ce chantier. « Les bassines ne concernent qu'une minorité d'agriculteurs, ceux qui sont sur un modèle d'un certain âge. Principalement des cultures de maïs destinées à l'alimentation du bétail et à l'exportation. Et non des productions maraîchères qui vont servir à l'alimentation du bassin de vie local. Résultat : 10 % d'agriculteurs vont avoir un accès privilégié à l'eau et priver d'un bien commun les 90 % restants », détaille Christine Graval, conseillère régionale écologiste de Nouvelle-Aquitaine, citée en juin dernier par La Tribune. Face à la nécessité de s'adapter face aux futures sécheresses qui menacent le monde agricole, les opposants aux bassines prônent d'autres leviers à développer en priorité : agro-écologie, changement de cultures, retour des prairies, avant de construire éventuellement des réserves d'eau, et qui soient plus petites.

Ces bassines peuvent-elles régler les problèmes d'irrigation ?

Pas si simple. Selon l'unique rapport scientifique disponible, publié par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le projet pourrait, par rapport à la période 2000-2011, augmenter « de 5% à 6% » le débit des cours d'eau l'été, contre une baisse de 1% l'hiver. Cette modélisation, « exclusivement quantitative », ne prend pas en compte l'évaporation potentielle des futures réserves, ni la menace de sécheresses récurrentes liées au changement climatique, précise la direction régionale du BRGM à l'AFP. Pour l'hydrogéologue Alain Dupuy, membre du CST, le comité scientifique et technique de suivi du projet, « les réserves seules ne suffiront pas » à inverser ce « déséquilibre » du « grand cycle de l'eau », explique-t-il à l'AFP. Mais dans ce territoire très spécifique du Marais poitevin, « où nappes et rivières sont imbriquées, interconnectées », « prendre l'eau en abondance l'hiver et interdire tout prélèvement dans le milieu l'été devrait bénéficier aux zones humides, aux tourbières et aux marais ».

Y a-t-il des conditions particulières pour se connecter aux bassines ?

L'accès aux bassines n'est, en principe, pas sans contreparties pour les agriculteurs qui s'y connecteraient. Après des années de concertation entre agriculteurs, élus, autorités et associations, un protocole avait été approuvé fin 2018 conditionnant l'accès à l'eau à des changements de pratiques : réduction de moitié des pesticides, plantation d'une centaine de kilomètres de haies et conversion à l'agro-écologie dans les cinq ans qui suivront. Un système qui doit être en principe contrôlé par des compteurs automatiques. Les services de l'État se sont engagés à visiter régulièrement chaque exploitation, avec réduction des quotas d'eau pour les mauvais élèves, selon la préfecture des Deux-Sèvres. À condition de jouer le jeu. Sur dix agriculteurs utilisant la première retenue, « aucun n'a souscrit de réduction de pesticides », relève Vincent Bretagnolle, spécialiste d'agro-écologie au CNRS à Chizé (Deux-Sèvres) et membre du comité scientifique et technique de suivi (CST) du projet, cité par l'AFP. Et depuis la signature, plusieurs associations se sont retirées du protocole.

Le mouvement « anti-bassines » a-t-il un impact ?

Ces projets crispent. Avec parfois des effets. Depuis 2020, de précédentes manifestations soutenues par LFI, EELV, la CGT, ou la LPO, parfois émaillées d'incidents, ont rassemblé jusqu'à 5.000 personnes dans les plaines de Mauzé-le-Mignon (Deux-Sèvres), où la première retenue fonctionne aujourd'hui. Le 26 mars dernier, une manifestation d'opposition aux projets de « méga-bassines » avait réuni à La Rochénard (Deux-Sèvres) entre 5.000, selon la préfecture, et 7.000 personnes, selon les organisateurs. Des heurts entre gendarmes et manifestants avaient émaillé la mobilisation, sans faire de blessés. En mai dernier, cinq retenues d'eau similaires qui faisaient l'objet de nombreuses manifestations en Charente-Maritime et dans les Deux-Sèvres, ont été interdites par la justice administrative en appel à Bordeaux en raison d'études d'impact insuffisantes.

Lire aussiL'eau potable, notre « autre » défi durable

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Commentaires 5
à écrit le 01/11/2022 à 9:59
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Les écologistes ne peuvent plus agiter l'épouvantail du nucléaire en ce moment, puisqu'à la suite de leur activisme de ces dernières décennies nous sommes maintenant en passe de manquer d'électricité cet hiver, à cause du manque d'investissement et d...

à écrit le 31/10/2022 à 10:32
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J'ai pas tout compris. Où est passé le temps ou beaucoup de terrains agricoles se delimitaient par des haies des fossés bien sûr qu'il fallait entretenir Pour ce qui est la mis en place des bassines il me semble que c'est valable car en temps de plu...

à écrit le 26/10/2022 à 9:37
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Quand allons nous enfin arrêter d'écouter les barbares de l'agro-industrie qui ont fait du cancer la première cause de mortalité en France ? Il faut quoi aux pouvoirs publics pour s'attaquer à cette gangrène ? Leurs crimes sont sans commune mesure su...

à écrit le 25/10/2022 à 23:21
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Replanter les haies et recreuser les fossés autour les champs, retour du bocage, ca va garder davantage d'eau de pluie disponible pour les cultures et la faune. Les champs en Deux-Sèvres sont trop grands. Et pourquoi pas des systèmes pour collecter l...

à écrit le 25/10/2022 à 18:08
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C'est scinetifiquement une idiotie totale. Pomper l'eau en surface ne fait qu'augmenter l'évaporation et reduire les reserves sur le long terme. C'est de l'ordre du criminel et je suis libéral-conservateur pas un faux écolo gauchiste. Si il n'y a pa...

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