L'UE et le Mercosur ont conclu un accord de libre-échange
latribune.fr
Le président de l'Uruguay, Luis Lacalle Pou, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen et le président du Brésil, Luiz inacio Lula da Silva lors de la signature de l'accord entre l'UE et le Mercosur, le 6 décembre 2024.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a donné son accord pour le controversé accord de libre-échange avec l'organisation des pays d'Amérique du Sud. Un traité poussé par l'Allemagne mais très critiqué par la France, l'Italie et la Pologne.
[Article publié le vendredi 6 décembre à 14h16, mis à jour à 15h07] C'est terminé. Ce vendredi, en Uruguay la présidente de la Commission européenne a donné son aval au traité de libre-échange entre le Mercosur et l'Union européenne. « Nous avons conclu les négociations pour l'accord UE-Mercosur. C'est le début d'une nouvelle histoire. Je me réjouis maintenant d'en discuter avec les pays européens », a écrit Ursula von der Leyen sur X, pendant une conférence de presse conjointe avec les présidents de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay pour annoncer l'accord conclu après 25 ans de discussions.
Le projet de traité, discuté depuis 1999, vise à supprimer la majorité des droits de douane entre l'Union européenne et le Mercosur afin de créer un vaste marché de plus de 700 millions de consommateurs. Il s'agirait du « plus grand partenariat commercial et d'investissement jamais vu. Les deux régions en tireront profit », avait affirmé Ursula von der Leyen, jeudi à son arrivée à Montevideo.
« C'est un accord qui bénéficiera aux deux (parties et) apportera des bénéfices significatifs aux consommateurs et aux entreprises » s'il est approuvé, a-t-elle déclaré, ce vendredi. « Nous écoutons les préoccupations de nos agriculteurs et nous agissons en conséquence. Cet accord inclut des garanties solides pour protéger nos moyens de subsistance », a-t-elle ajouté lors d'une conférence de presse
« Aujourd'hui n'est clairement pas la fin de l'histoire. Ce qu'il se passe à Montevideo n'est pas une signature de l'accord, mais simplement la conclusion politique de la négociation. Celle-ci n'engage que la Commission, pas les Etats membres », a cependant affirmé la ministre déléguée au Commerce extérieur démissionnaire de la France, Sophie Primas, dans une déclaration transmise à l'AFP.
Et d'ajouter que «la Commission prend ses responsabilités de négociatrice, mais cela n'engage qu'elle».
Si en vertu des traités européens, la Commission est seule négociatrice des accords commerciaux au nom des Vingt-Sept, tout texte signé avec les pays du Mercosur doit encore obtenir sa ratification en gagnant l'approbation d'au moins 15 Etats membres représentant 65% de la population de l'UE, puis en réunissant une majorité au Parlement européen. Une minorité de blocage peut également stopper toute ratification.
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Un bras de fer qui va durer
Le bras de fer qui oppose les pays pour et ceux contre va donc continuer. Pour rappel, l'Allemagne et l'Espagne poussent côté européen pour finaliser les discussions avant l'arrivée en janvier de Donald Trump à la Maison Blanche et ses menaces d'augmentation des droits de douane tous azimuts. « Un obstacle important à l'accord a été levé », a d'ailleurs commenté ce vendredi, l'ancien chancelier allemand Olaf Scholz. « Plus de 700 millions de personnes pourront bénéficier d'un marché libre, de plus de croissance et de compétitivité », a-t-il ajouté.
A l'inverse, la France est la plus fervente opposante à la ratification en l'état du traité de libre-échange entre l'UE et le Mercosur. Et pour cause, les agriculteurs français craignent d'être concurrencés avec des produits sud-américains soumis à moins de normes et souvent moins chers. Face à cette crainte, les syndicats agricoles enchaînent les manifestations dans le pays.
De son côté, Emmanuel Macron dans un appel téléphonique jeudi matin a d'ailleurs « redit » à Ursula von der Leyen que le projet d'accord commercial était « inacceptable en l'état », a affirmé l'Elysée. « Nous continuerons de défendre sans relâche notre souveraineté agricole », a ajouté la présidence française sur X.
Pour empêcher l'adoption du texte, la France a néanmoins besoin de rallier trois autres pays représentant plus de 35% de la population de l'UE. Mais avec le soutien de l'Italie et de la Pologne - elles aussi opposées à l'accord - ce seuil devrait normalement être aisément franchi. En outre, la Belgique, où le Parlement de la région Bruxelles s'est exprimé contre l'accord en 2020, et le gouvernement et le Parlement de Wallonie ont pris position contre également au début de novembre 2024, pourrait s'abstenir.