“La robotisation induit un changement radical dans la configuration de la ferme”

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Par rapport à la vision linéaire développée depuis la mécanisation de l'agriculture, les robots induisent par ailleurs un changement radical dans la configuration de la logistique de la ferme, observe Véronique Bellon Maurel.
"Par rapport à la vision linéaire développée depuis la mécanisation de l'agriculture, les robots induisent par ailleurs un changement radical dans la configuration de la logistique de la ferme", observe Véronique Bellon Maurel. (Crédits : Sita)
À l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea), une cinquantaine de salariées se consacrent à la recherche sur les applications agricoles des nouvelles technologies. À l’occasion du Salon international de l’agriculture, la cheffe du département Ecotechnologies Véronique Bellon Maurel explique pourquoi robots et capteurs attirent surtout l’attention de ses chercheurs.

LA TRIBUNE - Pourquoi, parmi toutes vos recherches, avez-vous choisi cette année de mettre en avant un robot (PUMAgri) au Salon de l'agriculture?

VERONIQUE BELLON MAUREL - Les robots constituent un levier très important de l'agriculture du futur, sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années à Clermond-Ferrand. Il s'agit de machines qui -à la différence des automates- reconnaissent leur l'environnement et se déplacent en conséquence. Dans le maraîchage par exemple, pour le désherbage, ils constituent déjà une alternative validée et praticable à l'utilisation de produits dangereux pour l'environnement et la santé tels que le glyphosate.

Par rapport à la vision linéaire développée depuis la mécanisation de l'agriculture, ils induisent par ailleurs un changement radical dans la configuration de la logistique de la ferme. Auparavant, l'élément central était le tracteur, source d'énergie motrice traînant des outils satellites tels que les pulvérisateurs. Il était forcément gros, lourd, et se devait d'être rapide. Avec les robots, plus petites et agiles, on passe à une logique de flotte de machines autonomes qui peuvent par exemple désherber en même temps des aires différentes. Une peu comme quand l'on désherbait à la main...

Mais en pleine période de crise, les agriculteurs ont-ils les moyens de s'offrir de tels robots?

Certes, aujourd'hui, de telles flottes de machines demandent des investissements de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Mais nous espérons que le développement du marché induira une baisse des prix.

Le marché est-il déjà concurrentiel?

Une association réunissant une soixantaine de constructeurs et laboratoires de recherche travaillant autour de la robotique s'est constituée l'année dernière: RobAgri. Un tel regroupement de concurrents avec l'objectif de faire progresser dans la pratique un nouveau concept est exceptionnel. Il découle d'un constat unanime:  si les robots constituent un levier d'innovation incontournable, une partie de la recherche et du développement devront être inévitablement mutualisés afin d'atteindre des résultats probants. Sur certains points en effet, il faut avancer vite: c'est le cas de la sécurité, où toute erreur d'un seul acteur risque de retomber sur la communauté dans son ensemble. De même, il va falloir avancer collectivement dans la recherche de nouvelles normes de performance adaptées à la réalité des robots, différentes de celle des machines.

Au-delà des robots, quels sont les autres domaines de recherche de l'Irstea en agriculture?

L'autre levier important d'innovation est l'agriculture de précision, qui permet de réduire l'utilisation de produits phytosanitaires, grâce à des capteurs qui identifient les maladies et les stress des plantes et avant qu'ils ne se manifestent à l'oeil nu. Combinées avec des modèles de diagnostic et de recommandations développés par l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), ces données permettent d'adapter la distribution hétérogène des intrants en fonction des besoins exacts des végétaux. Là aussi, on abandonne ainsi un ancien paradigme: celui de l'application homogène des produits, dont une partie était ainsi gaspillée.

Robotique est agriculture de précision vont-elles forcément ensemble?

Non, car on peut très bien distribuer un produit en fonction des besoins avec des anciennes machines, comme d'ailleurs utiliser un robot pour appliquer un intrant de manière homogène. Mais il est clair que les résultats sont optimisés lorsque ces innovations sont utilisées ensemble.

Qu'attendre encore de l'innovation en agriculture?

Beaucoup reste encore à faire en matière de robotique et de numérique. Mais la nouvelle frontière est sans doute représentée par l'exploitation en agriculture des big data, dans le cadre de ce que l'on appelle la "data driven agriculture". La quantité de données disponibles grâce à la multiplication des satellites et des objets connectés est en effet énorme. Géoréférencées, ces données posent en plus des problématiques particulières en termes de protection de la vie privée, car anonymisées elles perdent toute valeur. Une thèse est en cours sur ce sujet à l'Irstea.

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

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a écrit le 27/02/2018 à 10:31 :
Le français moyen découvre que les fermes ( et cela s'applique aussi aux petites ) vont devoir se robotiser. Si elles doivent survivre alors il faudra mettre en place des finacements adapter à la taille des fermes, afin qu'elles puissent toutes dégager des " revenus " décents ".
Malheureusement en la matière on constate en la matière que la France ne va jamais aussi loin que ses ambitions, faute de finances allouées. Et ceci programme des difficultés futures.
a écrit le 27/02/2018 à 10:17 :
Ils vont cotiser à la caisse de retraite des agriculteurs nos robots ?
a écrit le 26/02/2018 à 14:54 :
Bientôt plus d'agriculteurs !
Ouf...
On va enfin pouvoir manger correctement à des prix raisonnables.
Ils vont enfin pourvoir se reconvertir à d'autres activités que celles du néolithique !
a écrit le 26/02/2018 à 14:40 :
"Mais en pleine période de crise, les agriculteurs ont-ils les moyens de s'offrir de tels robots?"

Avec les aides européennes surement ,c'est un robot ou encore un tracteur ferguson.
a écrit le 26/02/2018 à 13:48 :
Bientôt plus d'agriculteurs !
Ouf...
On va enfin pouvoir manger correctement à des prix raisonnables.
Ils vont enfin pourvoir se reconvertir à d'autres activités que celles du néolithique !
a écrit le 26/02/2018 à 8:50 :
"la distribution hétérogène des intrants en fonction des besoins exacts des végétaux."

Les végétaux n'ont pas besoin de produits chimiques, alors on sait bien qu'il faut sauver le soldat actionnaire milliardaire de l'agro-industrie et notamment l'andouille de BAYER qui n'a rien trouvé de mieux que de s'endetter de 65 milliards pour acquérir MONSANTO, mais et cela ne fait que décupler la profonde bêtise des ces gens là, les végétaux n'ont pas besoin de produits chimiques pour pousser.

"Permaculture" https://fr.wikipedia.org/wiki/Permaculture
Réponse de le 26/02/2018 à 9:44 :
Quel est le revenu d'un agriculteur pratiquant la permaculture?
Réponse de le 26/02/2018 à 10:26 :
Celui que je connais gagne un peu plus du smic et se fait plaisir à cultiver et élever., difficile de trouver plus heureux et épanoui.

L'avantage de cet ancestrale mode de production agricole c'est qu'il génère des agriculteurs intelligents, travailleurs et persévérants car ayant d'innombrables ennemis et détracteurs liés à l'agro-industrie or ce que notre finance qui a la suprématie du pouvoir politique et économique ne comprends pas c'est que l'adversité ne fait que nous renforcer tandis que l'hégémonie ne fait que nous abêtir.

Cela génère donc des acteurs peu nombreux hélas du fait de la puissance financière de l'agro-industrie et de ses politiciens mais en perpétuelle augmentation et solides.

Ah c'est sûr ça demande à penser autrement, à réfléchir, à s'adapter, ce dont l'idéologie néolibérale et ses nombreux thuriféraires sont totalement incapables de produire.

Générer de l'inégalité, de la misère et du désastre écologique ça ils savent faire mais de l'intelligence économique ils s'en éloignent, si tant est possible du fait que cela dure depuis des décennies cette décadence générale ils doivent en être déjà aux antipodes.

"Pesticides : une autre agriculture est possible" https://www.fne.asso.fr/communiques/pesticides-une-autre-agriculture-est-possible
Réponse de le 26/02/2018 à 10:56 :
Le smic et pour combien d'heure par semaine svp?
Réponse de le 26/02/2018 à 11:35 :
"Le smic et pour combien d'heure par semaine svp?"

Un peu moins que ceux qui gagnent moins de 500 euros par mois.

Ensuite quand vous aimez travailler, quand vous aimez ce que vous faites, quand vous vous épanouissez dans le travail qu'importe la quantité d'heures non ?

Par contre il est évident que les agriculteurs de l'agro-industrie qui non seulement travaillent comme des chiens pour que dalle tout en s'empoisonnant et mourants de cancers ça donne pas envie.

Au lieu de défendre les intérêts des uns et des autres vous devriez cher à travailler pour vous épanouir non seulement vous deviendrez bien plus pertinent mais en plus vous seriez libre.

Mais peut-être que justement c'est cette liberté qui vous effraie alors que peut-être vous êtes fait pour mais la peur vous faisant préférer la servitude.

Soyez productif, évoluez.

"Si vous ne trouvez plus rien, cherchez autre chose". B. Fontaine
Réponse de le 26/02/2018 à 12:01 :
la permaculture, c'est génial, mais les prix le sont également !!
vous dîtes que les végétaux n'ont pas besoin de produits phytos pour pousser, vous oubliez que les agriculteurs ont des charges incomprésibles qu'ils doivent assumer : un permaculteur a une charge à l'ha très faible et si on a 40, 100 ou plus d'ha, les charges sont beaucoup plus importantes d'où la nécessité d'avoir de gros rendements !!!
Réponse de le 26/02/2018 à 13:31 :
"vous dîtes que les végétaux n'ont pas besoin de produits phytos pour pousser, vous oubliez que les agriculteurs ont des charges incomprésibles qu'ils doivent assumer"

Cette phrase s'oppose, reformulez là ou bien posez des questions si vous ne comprenez pas mon commentaire.

"et si on a 40, 100 ou plus d'ha, les charges sont beaucoup plus importantes d'où la nécessité d'avoir de gros rendements !!!"

ET donc pourquoi produire plus de maïs pour gagner moins de blé ?
Réponse de le 26/02/2018 à 15:10 :
Dommage de ne pas donner les chiffres qui nous auraient éclairés concernant votre ami :
nombre d'heures travaillées par semaine et nombre de semaines de repos par an?
Réponse de le 27/02/2018 à 6:36 :
Réponse paychologique:

La permaculture est quelque chose que l‘on fait en accord avec soi-même et la nature, on éprouve du plaisir à travailler et donc il y a moins de stress !

Pour celui dans ces réponses qui prônent la chimie, qu‘il cherche un peu sur internet la permaculture vers Perpignan/Narbonne/Montpellier!

Le seul qui réussit à faire pousser des tomates, c‘est en perma justement !
Réponse de le 27/02/2018 à 8:54 :
"Dommage de ne pas donner les chiffres qui nous auraient éclairés concernant votre ami :"

Éclairé sur quoi ?

Il gagne plus en travaillant moins qu'un agriculteur qui sulfate, qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?

Rien vous ne faites que troller.

ET merci de prendre cette réponse, à un moment faut pas exagérer quand même hein.

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