Lait : des réponses françaises, une fracture européenne

Pour régler la crise de l'élevage, on comptait sur Bruxelles. Mais la Commission européenne a repoussé toute décision sur un nouveau plan d'aide. Dans la production laitière notamment, les divergences traduisent aussi des situations très inégales. Panorama d'une Europe laitière en crise.
Marina Torre
En Europe, le lait payé aux producteurs est le moins cher en Allemagne. Les volumes produits ont surtout augmenté en Irlande.
En Europe, le lait payé aux producteurs est le moins cher en Allemagne. Les volumes produits ont surtout augmenté en Irlande. (Crédits : © Stephane Mahe / Reuters)

A défaut de réponse européenne immédiate, le gouvernement français a annoncé des baisses de cotisations sociales pour tenter de soulager les éleveurs. Mais la crise profonde qui agite en particulier les filières porcines et laitières est loin d'être reglée pour autant, les problématiques européennes restant toujours d'actualité.

Or, le commissaire européen Phil Hogan a insisté sur le fait que toute décision éventuelle, lors du prochain conseil des ministres le 14 mars, devra respecter "les contraintes budgétaires européennes", la PAC et bien sûr réunir un "large soutien" au sein des membres. Le cas du lait révèle une fois de plus bien que le consensus est loin d'être acquis.

Des propositions qui divisent

Le ministre français de l'Agriculture a indiqué que de nouvelles mesures seraient souhaitées par plusieurs pays, dont "l'Allemagne, la Pologne, l'Espagne, l'Italie ou la Belgique". Mais chaque Etat membre est invité à présenter ses propres suggestions, tout comme l'a fait la France dans son memorandum présenté le 15 février à Bruxelles. Et là, rien n'assure que des mesures de maitrise de l'offre comme une gestion coordonnée de l'évolution des cheptels proposée par la France soit du goût de tous les pays.

"Silence assourdissant"

Même au sein des lobbies, des points de détail divisent. A Bruxelles, l'association réunissant les coopératives européennes des producteurs laitiers évoque une "situation critique" et qui "ne fait qu'empirer dans les exploitations". Elle s'est dite favorable à la révision du "prix d'intervention", c'est-à-dire celui à partir duquel les rachats de stocks par les Etats sont autorisés.

Cependant,  la Fédération nationale des coopératives laitières française, qui milite entre autres pour le déblocage d'un fonds d'aide d'urgence, et en faveur d'un plafonnement des volumes produits à l'échelle européenne, se heurterait à un "silence assourdissant" du côté de ses homologues d'Europe du Nord.

"Nous avons moins de mal avec les pays d'Europe du Sud", indique Dominique Chargé, qui préside la FNCL."Avant la crise, la nécessité de se doter d'outils intégrant la gestion de l'offre suscitait un tollé général. Désormais, il y a une écoute un peu plus attentive, même si elle n'est pas bienveillante", ajoute-t-il.

Des volumes qui augmentent en Irlande et au Pays-Bas

En pratique, la crise de surproduction actuelle qui entraîne la chute des cours semble d'autant moins prête à se résorber que les stratégies diffèrent selon les Etats membres. Ce dont témoigne l'évolution des volumes produits.

En Irlande, l'un des premiers pays producteurs européens, les volumes produits ont bondi de 13% entre janvier et novembre 2015 par rapport à la même période un an plus tôt, et même de 50% au cours du dernier mois. Celle des Pays-Bas a augmenté de 6% sur onze mois, quand les productions françaises et allemandes se sont stabilisées.

Rattrapage par rapport à 2014

Certes, ces fortes augmentations en Irlande, au Pays-Bas (et dans une moindre mesure en Pologne) traduisent en partie un rattrapage par rapport à 2014 quand les exploitants avaient réduit leurs production pour minimiser le montant des amendes de dépassement des quotas, avant qu'ils ne disparaissent le 1er avril 2015.

Mais une partie des quantités produites dans les pays du nord qui ne peut plus s'écouler vers les autres pays d'exportation - Chine et Russie notamment, en raison de l'embargo - se retrouve sur d'autres marchés européens. En France, quelque 210.000 tonnes de lait ont été importées en France l'an dernier au cours des onze premiers mois de l'année.

En outre, les surplus qui peinent à trouver des acquéreurs tendent à tirer l'ensemble des prix vers le bas.

lait prix

En matière de prix, c'est le lait payé aux producteurs en Allemagne qui se révèle encore le moins élevé d'après ces données de FranceAgrimer.

En Irlande aussi les distributeurs dans le collimateur

Si un consensus européen sur une sortie de crise semble loin d'être gagné, la colère des agriculteurs français est loin d'être une exception. Outre-Manche, des producteurs de lait ont par exemple prévu de manifester devant le 10 Downing Street.

Dans un contexte de "guerre des prix", la violence des rapports de force dans les négociations commerciales entre fournisseurs et distributeurs y sont également  mis en cause.

C'est aussi le cas en Irlande où il est même question de durcir les sanctions à l'encontre de certaines pratiques abusives. Les chaînes de grande surfaces forçant la main à leurs partenaires pour qu'il financent une partie des leurs campagnes de promotions sont particulièrement dans le viseur. Une situation qui, là aussi, ressemble à celle de la France où les certains industriels reprochent aux distributeurs de se montrer bien moins conciliants "dans les box de négociations que dans leurs discours publics".

Marina Torre

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Commentaires 29
à écrit le 22/02/2016 à 18:29
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à "Réponse dela chose" Mitterrand a été président pendant 14 ans , de 81 à 95 , il y a eu effectivement des présidents de droite après ça , mais la destruction massive pendant cette période n'autorisait pas un retour en arriére : je cite pour mémo...

à écrit le 20/02/2016 à 9:30
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Faisons comme les Anglais, demandons des exceptions payer par les autres.

à écrit le 19/02/2016 à 17:53
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Mitterrand en son temps a laissé mourir toute l'industrie mécanique en France faute d'avoir mis en place des mesures pour l'innovation et la compétitivité et le soutien à l'Export ! L'agriculture française va voir des pans entiers de sa production di...

le 20/02/2016 à 18:56
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"Mitterrand en son temps a laissé mourir toute l'industrie mécanique en France faute d'avoir mis en place des mesures pour l'innovation et la compétitivité et le soutien à l'Export ! " Tu sais surement qu’après Mitterrand , il y a eu des président...

à écrit le 19/02/2016 à 17:46
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Encore un bel exemple de l'Europe des dumpings ou les éleveurs français sont les dindons de la farde : des contraintes environnementales bien plus drastiques, des salaires et charges plus élevés, et un prix commun... Est-il normal que les Pays-Bas p...

à écrit le 19/02/2016 à 17:17
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Non, les agriculteurs veulent pouvoir vivre décemment de leur travail, choisir leur production et non pas être ouvrier. Les Kolkhozes ; c'était il y a longtemps. Le pb, c'est une europe dogmatique ultra-libérale, à fond pour le marché qui ne réalise ...

à écrit le 19/02/2016 à 15:59
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Les agriculteurs disent qu'ils ne veulent pas d'argent mais en fait ils veulent beaucoup et ne souhaitent rien entendre. Il est peu pertinent de poursuivre sur cette voie de la financiarisation à outrance du monde agricole. La prochaine probable Prés...

à écrit le 19/02/2016 à 14:59
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le ministre francais esperait que les demandes de la FNSEA soient financees par l UE. c est loupe. Il sufut que les paysans cassent tout encore quelques semaines et ca sera le contribuable francais qui passera a la caisse

à écrit le 19/02/2016 à 11:31
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Absolument tout a été fait pour couler la production française. En clair, il n'y a toujours pas de pilote dans l'avion France ! Pourquoi la France n'a t-elle pas imposé à l'UE, comme l'Angleterre, un contrat spécifique, avec un volet portant sur son ...

le 19/02/2016 à 13:10
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+ 1000. J'ajoute qu'il y a quelques années déjà (mais apparemment, ça ne s'est pas arrangé), pendant qu'on voyait à la une des télés des agriculteurs déverser leur lait en surplus dans les fossés pour protester, on apprenait (mais beaucoup plus disc...

le 19/02/2016 à 14:07
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Ce genre d'analyse très marquée politiquement ne mène qu'à la polémique et ne permet d'entrevoir aucun élément de solution applicable à la situation telle qu'elle est.

à écrit le 19/02/2016 à 10:54
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Merci beaucoup pour cet article. "situation critique" et qui "ne fait qu'empirer dans les exploitations" Suivre les lubies des actionnaires milliardaires intéressés seulement par leurs intérêts financiers, l'humanité ils s'en tapent, la pensé...

le 19/02/2016 à 17:31
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l'OMS bien entendu et pas l'omc...

à écrit le 19/02/2016 à 10:49
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Le lait de vache n est pas fait pour l homme . La protéine du lait est néfaste et engendre des maladies . Il faut réorienter l agriculture vers le bien être ... C est mon opinion. Voilà

le 19/02/2016 à 13:39
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Tiens, en parlant de Bzh... Car les Bzh parlent aux Bzh : à une poignée de kilomètres, ici, en Bretagne, je viens de découvrir une nouvelle batterie (que je n'ai pas eu le droit de visiter... malgré ma curiosité légendaire) d'une taille KOLLO-SALE. D...

le 19/02/2016 à 15:25
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@BzH92: oué, c'est même pour ça que tout le monde devrait boire du pinard :-) oh la vache, je vais me faire allumer par les éleveurs de brebis :-)

à écrit le 19/02/2016 à 9:52
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Hollande, Vall et plus particulièrement Le Foll sont d un pathétique consternant, Le Foll passe son temps devant les cameras a jouer le pan en nous expliquant que grace a lui il y a réunion de l EU sur le sujet, c est bien cela occupe du temps d ante...

le 19/02/2016 à 13:46
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Le Foll est Breton : nous passons notre temps à nous tirer une balle dans le pied par amour du fric. Ceci écrit, venez constater l'HISTOIRE de la Bretagne (notamment par ses églises qui furent magnifiques quand nous avions les moyens, et lamentables ...

à écrit le 19/02/2016 à 9:45
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C EST DANS CE GENRE DE PROBLEMES QUE L ON VOIE QUE NOS POLITIQUES EN JOUENT A LA GUERRE PAR DES METHODES COMME L ENBARGOS. FONT BEAUCOUP DE DEGAT MEME A LEURS PROPES PAYS? IY A T IL VRAIMENT DES GENS RESPONSABLE DANS NOS ELUES POLITIQUES? SAVENT ILS...

à écrit le 19/02/2016 à 9:38
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Ce refus de Bruxelles en faveur de notre agriculture doit s accompagner du refus d accommodements pour l Angleterre . Dans le cas contraire , cela sous entendrait que Hollande à dit oui à Cameron , nous serions alors dans un cas de bradage total de ...

le 19/02/2016 à 16:21
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N'attendez rien de l'Europe. Ce n'est qu'un marché. L'urgent par contre c'est d'agir pour que nos prix soient dans le marché c'est tout.

le 19/02/2016 à 19:07
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Theophile C est peut être urgent mais pas seulement . Il faudrait aussi que les acteurs éleveurs, dirigeants syndicaux , fassent l inventaire de leur dire ou de leur laisser faire . I l me semble que la phrase qui dépeint le mieux la pensée de tout ...

à écrit le 19/02/2016 à 8:14
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conséquences ?? aboutissement du référendum Maastricht du 20 avril 1992.. bien que rejeté 55% non les agriculteurs 70% NON

le 19/02/2016 à 16:18
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En 1992 les français ont voté oui à 51%...Mais on peut dire néanmoins aujourd'hui que Séguin et Chevènement avaient à l'époque raison.

à écrit le 19/02/2016 à 7:41
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Il faudrait envisager une TVA sociale sur les produits agricoles pour financer les charges sociales des agriculteurs. Qui serait capable d'appliquer cette solution?

le 19/02/2016 à 9:12
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Evidemment qu'il faut le faire (et ça concerne l'ensemble des secteurs primaire et secondaire et pas seulement l'agriculture) mais ce ne serait pas suffisant loin s'en faut : il faut aussi abandonner toute velléïté de surréglementer par rapport à l'E...

le 19/02/2016 à 10:01
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Bien sûr il faut payer,d' ailleurs qui paye? je propose que ce soit les mutinationales qui détournent les fonds dans des paradis fiscaux qui se trouvent À L INTERIEUR DE L'EUROPE. Révisons le fonctionnement de l 'europe.

le 19/02/2016 à 14:51
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Une tva sociale, mais uniquement sur les produits importés.

le 20/02/2016 à 9:49
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@ Réponse de Jack21: "Une tva sociale, mais uniquement sur les produits importés." Je ne comprends pas cette phrase. La TVA sociale c'est bien la TVA mais elle finance alors des dépenses sociales, par exemple les retraites. Si on baisse les coûts ...

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