Pourquoi une nouvelle crise s'annonce pour les éleveurs laitiers

Des prix encore en baisse, des volumes en hausse, une demande faible… La production laitière connait en ce début 2016 de nouvelles turbulences six mois après la crise agricole de l’été 2015. Les difficultés de trésorerie s’accumulent pour les agriculteurs pénalisant également leurs fournisseurs.
Marina Torre

3 mn

Le prix moyen du lait payé aux agriculteurs frise les 300 euros les 1.000 litres en France.
Le prix moyen du lait payé aux agriculteurs frise les 300 euros les 1.000 litres en France. (Crédits : © Stephane Mahe / Reuters)

Un seuil fatidique, 300 euros les 1.000 litres. Et des sonnettes d'alarmes tirées ici et là. "Un certain nombre de nos collègues ne pourront plus exercer leur métier" cette année a affirmé Xavier Beulin, le président de la FNSEA lors de ses voeux à la presse cette semaine.

"Je crains un nouvel embrasement du côté des agriculteurs", confiait déjà fin 2015 un haut responsable du secteur agro-alimentaire. L'enquête de Bruxelles concernant une éventuelle entente sur les prix au cours de l'été risque de mettre encore un peu plus d'huile sur le feu.

"Cela peut exploser à tout moment, les trésoreries sont dans un état catastrophique", craint Jean-Luc Pruvot, agriculteur dans l'Aisne et responsable de l'Association des producteurs laitiers indépendants. Il estime que de nouveaux mouvements de colère risquent de se produire, "mi-janvier 2015 quand les agriculteurs seront payés pour décembre, ou le mois suivant quand les prix passeront sous les 300 euros les 1000 litres."

prix lait France

Est notamment mis en cause le système de contractualisation censé assurer une certaine stabilité des prix qui est vivement critiqué par une partie des agriculteurs car il n'empêche pas que la volatilité des cours mondiaux influe aussi sur les comptes des exploitants français.

La contractualisation remise en cause

En France, après la suppression des quotas laitiers, officielle depuis avril 2015, les prix sont fixés sur le marché à travers un système de contractualisation censé limiter les effets de la volatilité des prix sur le marché mondial. Dans les coopératives laitières qui représentent plus de la moitié du lait collecté en France, certains réglements prévoient l'instauration d'un prix "A" relativement stable pour un volume de lait collecté, qui correspond plus ou moins à celui de la période des quotas. Mais ils ajoutent un prix "B", souvent plus faible, correspondant aux surplus de volumes. Parfois, cela peut aller jusqu'à un prix "D" etc.

Or, les volumes produits ne se réduisent pas et tendent même plutôt à augmenter. Pendant, ce temps, la demande sous l'effet d'une chute de la demande en Chine notamment, elle tend à se tasser. La surproduction qui découle de cette situation se traduit concrètement par des difficultés de trésorerie pour les agriculteurs et leurs fournisseurs.

 "Nous sommes passés d'une situation de crise à une situation dramatique", déplore Michel Lafont, responsable de la prospective à la Chambre d'Agriculture de Normandie. Selon ce dernier, les dépôts de demandes de soutiens financiers y ont augmenté en novembre et décembre. Mais les budgets sont serrés. Aussi leur apporter une réponse soulève des questions lourdes de conséquences. "On en arrive à devoir se demander si l'on aide seulement quelques uns au risque d'en 'oublier' certains ou bien si l'on aide tout le monde au risque de distribuer trop peu d'argent pour que ce soit efficace. C'est la quadrature du cercle", regrette-t-il.

"Un mode de vie"

Pour les plus insolvables de réelles perspectives de faillites seraient donc en jeu. Le responsable craint même un possible "mouvement d'accélération" de la baisse du nombre d'actifs dans le secteur agricole. Or, "l'agriculture, c'est aussi un mode de vie, un patrimoine", rappelle-t-il.

Pour les exploitants qui le peuvent, l'issue consiste à diversifier la production, lorsque c'est possible.

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Marina Torre

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Commentaires 25
à écrit le 12/01/2016 à 11:23
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mr Beulin s'inquiète ? ..." dificultées de tresorerie ..." les agriculteurs pennent à payer leurs fournisseurs "...leur fournisseur d'aliments , peut etre ...?

à écrit le 11/01/2016 à 18:26
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L'industrie du lait est une honte, insémination des vaches en permanence pour qu'elles mettent bas et produisent du lait. Les veaux mâles partent à l'abattoir après avoir été anémiés et séparés de leurs mères ou ils auront passés leur courte et misé...

à écrit le 11/01/2016 à 16:12
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Ca eut payé Xavier : Associé en Exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) avec son frère et deux cousins, il exploite avec eux 500 ha de blé, colza, orge, maïs, tournesol et un atelier de lait d'un quota de 150 000 l. Il est égaleme...

à écrit le 11/01/2016 à 15:15
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Pas étonnant au regard de la prise de conscience des citoyens sur cette aberration qu'est l'industrie laitière si peu respectueuse des animaux. Dans l'idéal si ces agriculteurs pouvaient s'orienter vers la permaculture ce serait super. Les citoyens v...

le 11/01/2016 à 18:06
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Ne soyez pas dupe, le lait végétal enrichira encore plus les semenciers Monsento et les autres . Il y a une grande part d'enfumage de la part des industries agro alimentaires dont le but unique est de contrôler la chaîne alimentaire ,des semences à ...

à écrit le 11/01/2016 à 14:43
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les Chinois sont en train d'installer une ferme de"1000 vaches" en Bretagne pour y produire de la poudre de lait ! Les Français n'en veulent pas et s'attachent à leurs petites exploitations traditionnelles ! ça ne donnera pas du boulot à toute la pro...

le 12/01/2016 à 9:01
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Une ferme ne produit pas de poudre de lait mais du lait tout court. Ce lait serait effectivement transformé et séché dans une usine. Le consommateur veut acheter français mais ne veut pas y mettre le prix ! L'agriculteur n'est pas rémunéré au juste...

le 15/01/2016 à 0:14
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Les chinois ne sont pas "en train d'installer une ferme aux 1000 vaches", mais une usine de séchage et de poudre de lait. Il n'y a pas du tout , pour le moment, de projet de ferme aux milles vaches de qui que ce soit. Les petites et moyennes exploit...

à écrit le 11/01/2016 à 14:01
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Les temps sont durs: tous les prix agricoles sont au plus bas, et en dessous des prix de production, notamment aux USA (toutes les céréales notamment)..heureusement qu'il y a le dollar qui sert de compensation partielle.. La technologie permet de fou...

le 15/01/2016 à 0:17
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"On en arrive à se demander si on ne devrait pas remonter le taux de TVA sur l'alimentation, tant le pourcentage alimentation sur revenu des ménages est aujourd'hui ridicule (15%?).". Oui mais qui osera ou oserait ?

à écrit le 11/01/2016 à 12:41
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Cessons l'import-export trans-continental des céréales, de la viande et du lait, le monde s'en portera mieux.

à écrit le 11/01/2016 à 12:27
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Les pouvoirs publics mais plus encore les chambres d'agriculture et les syndicats agricoles sont la cause de la surproduction en ayant pour des raisons politiques et non économiques pour défendre leurs positions incités à l'installation et à l'inves...

à écrit le 11/01/2016 à 10:28
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La course au rendement est un jeu perdant-perdant. Le producteur surproduit un lait de mauvaise qualité et des carcasses de bêtes épuisées donc de la viande de bas de gamme. En plus il importe toute la nourriture sans rien pouvoir contrôler... Ca ...

le 11/01/2016 à 11:47
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d accord avec vous '' choisir la qualite'' mais qu egalement les producteurs laitiers aient le souci de baisser leurs couts. trop d investissements demesures et inadaptes, trop de tracteurs surpuissants par exemple..... je suis persuade qu...

le 12/01/2016 à 9:11
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Comment peut on affirmer sans connaitre le milieu agricole que le lait produit est de mauvaise qualité ???et que nous sommes de pietres gestionnaires ??? Je suis agricultrice en bovin lait avec mon mari. Nous élevons 70 vaches laitières de race norm...

à écrit le 11/01/2016 à 10:19
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Humour du métier. Mon bon monsieur, c'est de pis en pis comme le dit Marguerite en ruminant les 70 kilos d'une ancienne voisine de champs mélangée aux protéines. La gueule pleine, elle sait bien que c'est laid et que la situation et corne-cul !!!

à écrit le 11/01/2016 à 9:29
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L'agro-industrie meure, elle ne propose que de la nourriture de mauvaise qualité et les gens commencent à en avoir assez. D'autant qu'avec la pollution et tout ce que prennent les vaches afin de surproduire le lait se retrouve être un des produits al...

à écrit le 11/01/2016 à 7:56
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Les prix n ayant pas baissé dans les grandes surface qui a augmenté ses marges? (Je ne pense pas qu on exporte 100% des volumes produits)

à écrit le 11/01/2016 à 7:56
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C'est pourquoi le gouvernement a autorisé la ferme des mille vaches! Encore plus de lait et des industriels et centrales d'achat qui veulent se gaver pour leurs actionaires... D'après les commentaires tout le monde ne comprend pas ces problèmes!

à écrit le 11/01/2016 à 7:25
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Pourquoi ne pas baisser les charges tout simplement ?

le 11/01/2016 à 8:17
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On ne peut pas baisser les charges car il faut payer les élus les hauts fonctionnaires redondants, les opérations extérieures unilatérales, les intermittents du spectacles, la formation professionnelle bidon et j'en oublie.

à écrit le 11/01/2016 à 7:17
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La solution consisterait à mettre une TVA sociale sur les produits agricoles; mais les Français ne l'accepteraient pas. Il faut choisir!

le 11/01/2016 à 7:38
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Vous êtes parfaitement dans le "moule" à la française qui ne sait que faire face aux problèmes qu'avec des taxes !!! C'est les lois et nos politiciens qu'il FAUT changer. Et surtout alléger les impôts à tout ceux qui sont surtaxer et qui sont à l'ori...

le 11/01/2016 à 7:51
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Encore une taxe? Vous êtes socialiste?

le 11/01/2016 à 13:55
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Pour une fois que vous ne nous parlez pas de taxer l'énergie! la martingale ne marche pas en agriculture?

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