Loi Duplomb : la pétition atteint le million de signatures, l'auteur du texte reste inflexible
latribune.fr
Alors que la chambre haute examinait en commission mixte paritaire la proposition de loi Duplomb, la Confédération paysanne organisait fin juin une manifestation devant le Sénat.
La pétition contre la loi Duplomb a franchi dimanche en fin d'après-midi la barre du million de signatures sur le site de l'Assemblée nationale, ravivant les querelles autour de ce texte très contesté, qui pourrait se retrouver au coeur d'un débat inédit au Parlement à défaut d'être abrogé.
Le sénateur LR de la Haute-Loire, Laurent Duplomb, ne compte pas reculer. Invité dimanche matin de franceinfo, il a réagi au succès fulgurant de la pétition réclamant l'abrogation de la loi qui porte son nom. Ce texte, définitivement adopté début juillet, prévoit notamment la réintroduction encadrée de l'acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes. « Ça ne m'inspire pas grand-chose, ça veut dire que l'opposition s'exprime », a balayé le parlementaire, visiblement agacé.
Agriculteur de profession, Laurent Duplomb défend la réintroduction du pesticide, interdit en France depuis 2020. Selon lui, la décision d'interdiction était « politique, pas scientifique ». Il affirme que « l'acétamipride est autorisé dans 26 pays sur 27 en Europe » et qu'en continuant à l'interdire, « la France fait courir une concurrence déloyale à ses agriculteurs ». Pour lui, « la réalité de ce que demande l'écologie, c'est la fin de l'agriculture française ».
Une pétition à plus d'un million de signatures
Lancée il y a dix jours sur le site de l'Assemblée nationale, la pétition a franchi samedi le seuil des 500.000 signatures nécessaires pour organiser un débat parlementaire. Elle en comptait plus de 800.000 dimanche matin avant d'atteindre le million en fin de journée. « Il y aura sûrement un débat organisé à l'Assemblée pour dire ce qu'on a dit pendant six mois », a concédé le sénateur, rappelant que le texte a été débattu au Sénat, en commission mixte paritaire, et voté par « 70 % des sénateurs et 60 % des députés ».
Sur la même antenne, dimanche matin, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s'est dit « favorable » à l'organisation d'un débat à l'Assemblée. Le débat parlementaire ne pourrait toutefois aboutir à une abrogation du texte, « maintenant c'est au Conseil constitutionnel de statuer sur la loi et sur sa régularité », a-t-elle souligné. « On est dans le cadre d'un texte important qui a été voté et qui va permettre de sauver un certain nombre de nos agriculteurs ».
Une colère qui dépasse le monde agricole
La FNSEA soutient logiquement le texte. Son président Arnaud Rousseau a défendu samedi « le pari d'une agriculture française avec des normes équivalentes à celles des autres pays européens », faute de quoi « notre agriculture disparaîtra ». Le syndicat s'est aussi félicité du « signal démocratique » envoyé par la pétition, tout en critiquant les tentatives d'« obstruction » de la gauche à l'Assemblée.
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L'ensemble des partis de gauche ont appelé samedi à la tenue de ce débat. « Face aux lobbies, nous sommes des millions: l'écologie contre-attaque », s'était félicitée sur X la patronne des Ecologistes Marine Tondelier.
Cette possibilité de pétitions sur le site de l'Assemblée, qui date de 2019, est un exemple « de démocratie participative qui pourrait faire bouger des lignes, » estime quant à elle la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, qui évoque la possibilité, pour le président de la République, de retarder la promulgation de la loi en demandant une seconde délibération au Parlement. En attendant, la pétition « met une pression politique » sur les députés, souligne son collègue Benjamin Morel.
Mais ce sont surtout les associations citoyennes qui s'emparent du sujet. Le collectif Cancer Colère dénonce un texte « honteux » voté « en catimini », et appelle à une nouvelle mobilisation. Sa porte-parole, Fleur Breteau, sous chimiothérapie, s'était exprimée depuis les tribunes lors du vote final. « Pour moi, c'était essentiel que la société civile conclue ce vote qui ne respectait en rien un débat démocratique », témoigne-t-elle. « Il y a une rage énorme qui monte, une colère froide », assure-t-elle encore, évoquant une mobilisation qui ne fait que commencer.