Négociations commerciales sous tension : pourquoi les centrales d’achat européennes sont au cœur de la discorde ?
Maxime Heuze
Les syndicats alertent sur la pression exercée par les distributeurs pour baisser les prix d’achat, ce qui nuit aux rémunérations des producteurs français.
Maxim Shemetov
Négociations commerciales sous tension : pourquoi les centrales d’achat européennes sont au cœur de la discorde ?
LE 360. Les négociations annuelles des prix de ventes des produits entre les industriels de l’agroalimentaire et la grande distribution doivent prendre fin le 1er mars. Mais industriels et agriculteurs alertent sur le problème des centrales d’achat européennes qui contournent les lois Egalim censées les protéger.
Les faits :
Il ne reste plus que quelques jours de négociations pour que les industriels et la grande distribution s'accordent sur les prix d'achat des produits agricoles qui seront appliqués en 2025 et 2026. Pourtant, « on n'a que 10 % de signatures » d'accords, car « ça se passe mal », a regretté ce jeudi Nicolas Facon, président de l'Institut de liaisons et d'études des industries de consommation (Ilec), qui représente les grandes marques de l'agroalimentaire.
« À quelques jours de la fin des négociations commerciales, force est de constater cette année encore que les mauvaises pratiques des distributeurs persistent pour tenter, par tous les moyens, d'obtenir des prix les plus bas possibles, néfastes pour les 450 000 agriculteurs français et les 20 000 entreprises agroalimentaires », avait déjà affirmé, mardi, le président de l'Association nationale des industries agroalimentaires (Ania), Jean-François Loiseau.Avec au centre de tous les regards : les centrales d'achat européennes.
Selon les producteurs, des distributeurs passent par ces géants de la négociation basés en dehors de France pour acheter leurs produits, avant de les afficher sur les étiquettes des rayons français. L'intérêt ? Contourner les lois Egalim censées garantir un prix minimum d'achat des produits agricoles tenant compte des coûts de production. Des lois censées protéger les revenus des agriculteurs.
En négociant par le biais d'une centrale étrangère, les grandes enseignes peuvent se soumettre à la législation du pays de cette centrale, et se soustraire aux règles françaises d'Egalim.
Les mots à connaître
Centrales d'achat européennes : structures situées hors de France, rassemblant des distributeurs de plusieurs nationalités. Les distributeurs français peuvent se soumettre au droit du pays où est située la centrale et l'appliquer aux contrats conclus avec les industriels.
Lois Egalim : Trois lois encadrent les prix des produits agricoles. Elles obligent les centrales d'achat à accepter un prix proposé par les agriculteurs en prenant en compte les coûts de production.
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Négociations commerciales : Elles ont lieu chaque année entre les entreprises agroalimentaires (des petits producteurs aux gros industriels, comme Danone ou encore Coca-Cola) et les supermarchés, où sont notamment décidés les prix d'achat des produits des fabricants.
Les chiffres clés
Entre 10 % et 30 % : les volumes de produits vendus en France dans les grandes surfaces négociés en dehors de l'Hexagone.
Entre 40 et 80 : le nombre d'industriels qui négocient leurs prix de ventes pour le marché français avec des centrales d'achat européennes.
50 % : la proportion des produits vendus par la grande distribution française qui transiteraient par ces centrales européennes, selon un rapport parlementaire de mars 2024.
Les industriels vent debout : «Il y a une alliance de distributeurs qui, il y a quinze jours, a dit aux industriels concernés que le contrat [allait] passer à l'international. Donc, vous allez revendre à une officine néerlandaise, basée à Amsterdam, sous droits néerlandais qui, elle-même, va revendre à une officine belge, à Bruxelles, sous droits belges pour des produits qui ne quittent pas le territoire français», précise Nicolas Facon, président, de l'Ilec.
Des députés accusent les distributeurs : le passage par les centrales d'achats européennes « concerne aujourd'hui presque tous les principaux distributeurs français », pointent-ils dans un rapport chargé d'évaluer l'efficacité des lois Egalim, publié début février. Il s'agit pour ces députés d'une « stratégie organisée de contournement du cadre législatif français ».
- Le 21 février, la Répression des fraudes (DGCCRF) a assigné en justice Leclerc pour avoir utilisé sa centrale d'achat européenne Eurelec afin de négocier des tarifs très bas, sans contrepartie, avec des industriels français.
- Le groupe doit payer une amende de 117 millions d'euros.
- D'ici l'été, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard va proposer d'« ajuster » le dispositif législatif Egalim.
- Les députés ayant travaillé sur l'efficacité d'Egalim « proposent de plaider à l'échelle européenne pour instaurer des règles qui encadrent les relations commerciales ».