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Œufs contaminés au fipronil : France et Royaume-Uni touchés, Europe désorganisée

Photo de Jérôme Cristiani

latribune.fr

Publié le 08 août 2017 à 09:13 - Mis à jour le 09 août 2017 à 13:42

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Le ministère de l'Agriculture avait parlé un peu vite et l'on attend la suite de ses investigations en France. En Europe, l'enquête met au jour des ramifications jusqu'en Roumanie où une société belge, PoultryVIsion, aurait acquis de grandes quantités de fipronil, une molécule interdite qui aurait été intégrée illégalement à un antiparasitaire dénommé DEGA 16, utilisé par ChickFriend, société néerlandaise de désinfection des poulaillers. La chronologie des événements révèle la désorganisation de la...

La France n'était pas touchée, avait un peu vite évalué le ministère de l'Agriculture français samedi dernier, alors que les Pays-Bas, l'Allemagne, la Belgique et la Suède annonçaient retirer de la vente des lots d'œufs soupçonnés d'avoir été contaminés par un insecticide interdit, le fipronil. Pour autant, le ministère diligentait des investigations. Lesquelles ne tardaient pas à révéler que notre territoire était effectivement concerné :

"Treize lots d'oeufs contaminés en provenance des Pays-Bas" ont été livrés en juillet à des entreprises de transformation alimentaire situées dans l'Ouest de la France, a précisé lundi le ministère français de l'Agriculture.

Le ministère reconnaissant en outre, lundi soir également, ne pas connaître toute l'étendue du problème sanitaire :

"Les autorités françaises n'ont pas, à ce jour, d'informations de contamination d'œufs en coquille et de viande destinés à la consommation", précise le ministère dans soncommuniqué intitulé : "Fipronil dans les œufs : la France renforce ses contrôles".

On apprend qu'avec la France, le Royaume-Uni est également touché par la crise du fipronil, après la livraison dans ces pays d'oeufs contaminés par cet insecticide depuis les Pays-Bas, où il est prévu d'abattre des millions de poules.

La Belgique savait depuis le mois de juin

Ce scandale sanitaire a été révélé au grand public la semaine dernière aux Pays-Bas, où jusqu'à 180 élevages ont été mis à l'arrêt et où des rappels massifs dans les grandes surfaces, entre autres, ont été ordonnés. En cause : les taux de fipronil - la molécule de base d'un insecticide utilisé pour éradiquer le pou rouge sur les poules - dépassaient, parfois largement, les seuils autorisés par la réglementation européenne. Sachant, faut-il le redire, que l'usage de cet insecticide est absolument interdit dans les élevages industriels. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) précise qu'en grande quantité, le fipronil est considéré comme "modérément toxique" pour l'homme, mais qu'il est strictement interdit pour les animaux destinés à la consommation humaine.

Selon le site Internet de l'hebdomadaire belge "Le Vif", les autorités belges savaient depuis début juin qu'il y avait "un problème" dans des élevages dû à la contamination d'œufs par un insecticide, mais ils ont expliqué, samedi 5 août, avoir gardé le secret jusqu'à fin juillet en raison d'un enquête judiciaire pour "fraude" en cours.

Ainsi, selon la chronologie révélée samedi 5 août par l'Agence fédérale belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca), celle-ci a reconnu avoir eu connaissance depuis juin d'un "problème de fipronil dans le secteur avicole", mais n'en avoir informé ses pays voisins, par un système d'alerte européen, que le 20 juillet. L'Afsca explique cette discrétion par le fait qu'elle était tenue de respecter le "secret de l'instruction".

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Une gestion européenne de crise sanitaire problématique

Pour compléter cette chronologie, le ministère de l'Agriculture français précise sur son site que, si les autorités belges ont informé la Commission européenne via le Réseau d'alerte européen (RASFF) le 20 juillet, ces mêmes autorités européennes n'ont informé la France que le 5 août en fin d'après-midi et le 6 août, de la livraison des 13 lots d'œufs contaminés, en provenance des Pays Bas, à deux établissements de fabrication d'ovoproduits de la Vienne et du Maine et Loire entre le 11 et le 26 juillet 2017.

Signalons au passage que la RTBF (la radiotélévision belge de Communauté française) se faisait l'écho de l'affaire dès le 25 juillet dans un article on ne peut plus explicite titré : "L'Afsca retire des rayons des oeufs contaminés par un insecticide."

Face aux critiques, notamment des autorités allemandes, le ministre belge de l'Agriculture Denis Ducarme a commandé un "rapport circonstancié" à l'Agence et promis de "faire la transparence la plus complète".

Le Royaume-Uni cherche à rassurer

La crise s'est ensuite propagée en Allemagne, en Suisse et en Suède, où des millions d'œufs provenant des Pays-Bas (qui comptent près de 50 millions de poules pondeuses) ont été rappelés et détruits.

■ Au Royaume-Uni, lundi 7 août, l'Autorité britannique de sécurité alimentaire cherchait à rassurer le public :

"Le nombre d'oeufs [concernés] est très limité (21.000) et le risque pour la santé publique très faible, mais nous enquêtons en urgence sur la distribution de ces œufs au Royaume-Uni."

Les éleveurs néerlandais demandent des indemnités

■ En France, un élevage de poules pondeuses du Pas-de-Calais (Nord) est par ailleurs bloqué, et ce, depuis le 28 juillet, en raison de craintes d'une contamination découlant du même traitement insecticide au fipronil. Les œufs de cet élevage, placé sous surveillance, n'ont pas été mis à la vente

■  Aux Pays-Bas, certains éleveurs frappés par la crise ont commencé à détruire leur cheptel. Plus de 300.000 poules contaminées, qui atteignaient la limite d'âge de 18 à 24 mois pour la ponte, mais étant de ce fait exclues du circuit de transformation alimentaire habituel, ont déjà été abattues, selon l'organisation agricole néerlandaise LTO.

> Lire aussi : Scandale des œufs contaminés au fipronil : Pays-Bas et Belgique sous pression

Le gouvernement de La Haye a promis un plan d'aide d'urgence alors que le secteur estime déjà les pertes à "plusieurs millions d'euros". Des représentants des exploitations touchées aux Pays-Bas, en Belgique ou de Basse-Saxe (ouest de l'Allemagne) ont déjà annoncé qu'ils réclameraient des indemnités, une fois que les responsabilités auront été clairement établies.

Du fipronil acheté en grandes quantités en Roumanie

Ces exploitations affirment avoir eu recours aux services de ChickFriend, une société néerlandaise spécialisée dans la désinfection d'élevages par pulvérisation, soupçonnée d'avoir frauduleusement employé du fipronil dans un produit antiparasitaire commercialisé sous le nom de DEGA 16.

Des enquêtes pénales sont en cours aux Pays-Bas comme en Belgique. Elles viseraient également le fournisseur belge Poultry-Vision, qui avait acquis de grandes quantités de fipronil en Roumanie, selon les médias.

En tout cas, rapporte Le Vif, les éleveurs belges qui ont utilisé le produit se sentent floués car le produit vendu par Chick Friends leur avait été présenté comme un produit naturel.

L'Allemagne voit, quant à elle, derrière cette contamination, une intention criminelle et demande une enquête approfondie en Belgique et aux Pays-Bas.

Infraction à la loi sur les denrées alimentaires

■ En Allemagne, en Basse-Saxe, une enquête préliminaire contre "les responsables" de plusieurs élevages "dans lesquels les œufs ont été testés positifs au fipronil" a été ouverte pour infraction à la loi sur les denrées alimentaires.

■ En Belgique, 51 exploitations suspectées d'être contaminées étaient encore bloquées lundi, dont 22 élèvent des poules pondeuses. "Une teneur faible en fipronil a été détectée dans 21 de ces élevages, mais toujours bien en deçà des limites fixées par la réglementation européenne", a assuré l'Agence fédérale belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca).

____

ENCADRE

5 questions sur la crise des oeufs contaminés (Afsca)

Voici ce qu'explique, sur son site internet, l'agence de sécurité sanitaire belge, l'Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) dans un communiqué daté du 2 août à propos de la crise des œufs contaminés au fipronil, en procédant sous forme de questions-réponses (Q&A):

L'AFSCA effectue actuellement une enquête sur l'utilisation du fipronil dans le secteur avicole, en collaboration avec le Parquet. En effet, l'utilisation de cette substance n'est pas autorisée dans ce secteur.Sur base de l'analyse de risque effectuée, aucun danger pour la santé publique n'a été mis en évidence jusqu'à ce jour. L'enquête se poursuit, ce produit ne pouvant pas se retrouver dans les œufs.Le commerce des œufs dont la contamination a été mise en évidence a été stoppé par l'Agence alimentaire.

Qu'est-ce que le fipronil ?
Fipronil est un composant utilisé dans des produits vétérinaires contre les puces, les acariens et les tiques. Il ne peut pas être utilisé pour des animaux destinés à la chaîne alimentaire, comme les poulets. L'organisation mondiale de la santé (OMS) classe le fipronil comme étant moyennement toxique pour les humains. En grandes quantités, il peut causer des dommages hépatiques, au niveau de la thyroïde ou des reins.

Comment le fipronil se retrouve présent dans les œufs?

Le fipronil s'est retrouvé de manière illégale dans un produit utilisé contre les poux dans le traitement des poules pondeuses.

Quelles mesures prend l'AFSCA pour éviter que des œufs contaminés ne se retrouvent sur le marché?

L'AFSCA a contrôlé toutes les entreprises où il est possible que ce produit ait été utilisé cette année, et des échantillons ont été prélevés pour analyses. Ces analyses portent sur le fipronil. Dans l'attente des résultats de ces analyses, la distribution des œufs est bloquée au niveau des entreprises et également dans les autres maillons de la chaîne alimentaire. Lorsque les résultats indiquent que le fipronil n'est pas présent, les entreprises sont à nouveau libérées.

Quelles suites sont données lorsque les analyses montrent que du fipronil est présent dans les œufs?

Lorsque les résultats sont non conformes et que donc du fipronil a été détecté, l'ensemble des œufs est détruit.

Est-ce toujours sûr de consommer des œufs?

Oui, dans les analyses qui ont été effectuées jusqu'à présent, aucun résultat n'a montré des concentrations liées à un danger direct pour la santé publique.

___

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(Avec AFP)

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