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Entreprises & FinanceAutomobile

L'industrie auto française malade des... petites voitures

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 04 février 2013 à 05:00

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le marche auto tricolore poursuit sa chute, avec une dégringolade de 15% des immatriculations en janvier. Mais, au-delà de ces méventes, Renault et PSA souffrent d'une concentration progressive du marché tricolore sur les petits véhicules d'entrée de gamme à marges faibles ou nulles, qu'il devient quasi-impossible de produire dans l'Hexagone. Le segment des "moyennes supérieures" et du haut de gamme s'effondre. Catastrophique, structurellement, pour les constructeurs français.

Et si la mauvaise santé des constructeurs auto français s'expliquait tout simplement par la structuration du marché français... Une explication sans doute restrictive, mais réaliste. C'est simple: 53% des immatriculations de voitures en France en 2012 ou en janvier 2013 étaient constituées par les petits véhicules d'entrée de gamme (Dacia Sandero, Renault Clio, Citroën C3...), contre 40% seulement en moyenne en Europe occidentale, selon le CCFA (Comité des constructeurs français d'automobiles)! Pas étonnant dans ces conditions que Renault et PSA  Peugeot-Citroën soient contraints de se spécialiser dans les petites voitures aux marges faibles ou négatives.  Les Renault Twingo-Cio ont fait perdre de l'argent au groupe du losange en 2011, aux dires mêmes de Carlos Ghosn, son PDG.

Certes, Renault affiche d'excellentes marges sur sa gamme "Entry" (Logan Sandero...) à petits prix. Mais c'est une exception et la production de celle-ci, assurée par des usines à bas coûts salariaux, est destinée essentiellement aux marchés extra-européens qui lui permettent de réaliser les indispensables économies d'échelle! Pour le reste, on peut dire que, en règle générale, les marges grimpent proportionnellement à la taille du véhicule et à son prix de vente. Du coup, il est  aujourd'hui très, très difficile de produire des petits modèles aux coûts des usines hexagonales. C'est pour cela que PSA se voit contrant de fermer l'usine d'Aulnay, en région parisienne (Citroën C3). Dailleurs, 60% des nouvelles Renault Clio IV sont fabriquées en Turquie, avec un coût unitaire inférieur de 1.300 euros par rapport au site français de Flins selon Carlos Tavares, Directeur général délégué de Renault.  Volkswagen produit du reste ses "mini" Up en Slovaquie, ses petites Polo en Espagne.

Asphyxie sur le segment des "moyennes supérieures"

Les voitures compactes (Peugeot 308, Renault Mégane) reprèsentaient, elles, 32% des immatriculations totales en janvier dans l'Hexagone, soit légèrement plus que la moyenne européenne. En revanche, dans les gammes au-dessus, la France fait carrément figure aujourd'hui de marché de pauvres. Les modèles de gamme moyenne supérieure (Renault Laguna, Peugeot 508) ne représentent que 12% du marché français, contre 18% de moyenne européenne! Or, justement, Renault et PSA produisent la totalité de ces modèles de gamme moyenne supérieure sur leurs sites tricolores. Pas étonnant, dans ces conditions de marché, que ces véhicules ne soient pas des succès commerciaux, faute de débouché intérieur suffisant. Cette catégorie de familiales, qui eut son heure de gloire avec les Laguna I ou Peugeot 406, est même en déclin progressif. Dès lors, c'est une spirale catastrophique pour les marges et l'image des constructeurs français.

N'oublions pas que les concurrents germaniques se sont eux aussi concentrés à la base sur les modèles prisés d'abord outre-Rhin. Seulement, voilà: tandis que les français se sont spécialisés dans les petites voitures, les allemands sont montés en gamme, suivant en cela l'évolution positive du marché d'outre-Rhin depuis les années 50-60. Une évolution à contre-pied de celle...du  marché français.  Volkswagen ne vend-il pas de fait une bonne part de ses "moyennes supérieures" Passat en... Allemagne, un marché juteux pour ce genre de modèles? Un sacré avantage compétitif.

Le haut de gamme inexistant en France

Quant au créneau du haut de gamme, c'est-à-dire des "grands" modèles, il  ne pesait que 4% du marché français total en janvier 2013... contre une moyenne de 13% en Europe occidentale. Une disproportion flagrante! Tirant les conclusions, Renault et PSA n'ont maintenant même plus d'offre dans ce segment. Un créneau qui génère les hautes marges d'Audi, BMW, Mercedes, devenus  les rois de ces véhicules... parce que, ici aussi, leur marché intérieur a constitué un  débouché naturel  justifiant initialement leurs investissements. Mercedes écoule toujours un pourcentage important de ses célèbres Classe E... outre-Rhin. Sans le marché allemand, Porsche, par exemple, n'aurait sans doute pas prospéré. Ce qu'il y a peut-être de plus dramatique, c'est que, forts de leur formidable réputation forgée dans le haut de gamme, Audi, BMW, Mercedes, complètent désormais leur gamme par leur bas, offrant des petits véhicules qui viennent concurrencer  les Peugeot, Citroën, Renault, avec des prix bien plus élevés, mais que justifie leur image auprès d'une importante fraction de la clientèle.

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Pouvoirs publics en cause

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Au-delà des erreurs stratégiques des constructeurs français eux-mêmes et d'une qualité-fiabilité longtemps à la traîne qui dessert encore leur image, les pouvoirs publics français sont en grande partie responsables de cette spécialisation de Renault et PSA dans les petits véhicules hyper-concurrentiels où le facteur prix est déterminant. Fiscalité historiquement dissuassive vis-à-vis des moyennes et surtout grosses cylindrées, taxes lourdes sur l'essence, et plus récemment malus "écologique" qui pénalise définitivement ce qui reste de voitures françaises de gamme moyenne supérieure, en sont en partie la cause. Sans parler des limitations de vitesses de plus en plus draconiennes et d'un discours culpabilisateur anti-automobile, tout comme des restrictions  flagrantes en matière de circulation à Paris. Cette politique a certes sa logique propre et on peut bien sûr y adhérer. Mais elle finit par contribuer largement à tuer une industrie automobile asphyxiée sur son propre marché. Ce n'est pas pour rien que l'industrie auto tricolore produit deux fois moins de véhicules en France aujourd'hui qu'au milieu des années 2000. Alors que l'Allemagne a maintenu dans le même temps des  volumes de fabrication semblables!

Alain-Gabriel Verdevoye

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