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L'usine Renault de Sandouville en proie aux inquiétudes

Claire Garnier, en Normandie

Publié le 01 février 2013 à 05:24

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L'usine havraise qui tourne actuellement au ralenti, attend le véhicule utilitaire Trafic. La CGT estime que le chiffre annoncé de 100.000 véhicules n'est pas en phase avec la réalité du marché, et que Renault cherche à «faire rêver» les salariés.

L'usine Renault de Sandouville (2.150 salariés) près du Havre (Seine-Maritime) s'apprête à quitter l'univers du haut de gamme pour celui du nouveau véhicule utilitaire Trafic. «Ce sont 100.000 fourgons garantis, soit près du double de ce que nous faisons actuellement» (Ndlr : 69.000 voitures produites en 2010), avait annoncé Jérôme Moinard, le directeur du site en février 2011. En attendant le «branchement» imminent de la chaîne de production du véhicule Trafic, un modèle à durée de vie longue, l'usine tourne au dixième de ses capacités. Selon la CGT, seulement 125 voitures (Laguna et Espace) sortent chaque jour de l'usine, contre 1.500 par jour en 2000. Et l'effectif de l'usine fond inexorablement. Selon Nicolas Guermonprez, secrétaire CGT de Renault Sandouville, «il y a un car entier de salariés -50 personnes- qui quitte chaque mois l'entreprise du fait des départs anticipés».

Ouverture des vannes des départs

Selon lui, les critères pour ces départs anticipés ont été assouplis par la direction de Renault. «La direction a ouvert grand les vannes. 1.046 salariés peuvent prétendre à partir d'ici 2016.» Soit en 2016 une usine d'un millier de salariés, contre 5.000 en 2006, 6.500 en 2003 et plus de 10.000 dans les années 1970 avec la mythique Renault 16. Le site n'étant pas équipé pour assembler des véhicules utilitaires, il vient de bénéficier d'un investissement de 230 millions d'euros pour industrialiser le Trafic. Si certains salariés se font progressivement à l'idée de voir à terme partir à Douai la production des futurs Laguna et Espace, les salariés s'interrogent sur le niveau de charge de l'usine à terme. Pour deux raisons: en premier lieu parce qu'il y a beaucoup moins de pièces à monter sur un Trafic que sur une Laguna, donc beaucoup moins d'activité industrielle; ensuite parce qu'ils craignent que le chiffre des 100.000 Trafic ne soit gonflé.

70.000 par an?

Nicolas Guermonprez, secrétaire CGT, brandit un document de travail émanant du Comité stratégique industriel de la division des véhicules utilitaires de Renault daté du 28 septembre 2010. «Dans ce document, Renault table sur un objectif de 70.000 véhicules avec 1.350 salariés.» Le syndicaliste estime que le chiffre de 100.000 Trafic n'est pas en ligne avec les tendances actuelles du marché. «En 2012, 67.500 véhicules Trafic Renault ont été vendus dans le monde. Sur les dix dernières années, il s'est vendu en moyenne 55.000 Trafic par an.» Et que se passerait-il si Nissan, allié de Renault, attribuait la fabrication de son véhicule utilitaire Primastar à Sandouville? «Cela en ferait 18.000 de plus», estime le secrétaire de la CGT.

Incertitudes sur l'avenir

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Les salariés de Sandouville ont aussi des interrogations liées à l'organisation industrielle mondiale de Renault. Quelle certitude de pouvoir à terme conserver un véhicule comme le Trafic? Certains à Sandouville se souviennent des propos de Nicolas Sarkozy venu annoncer le 5 octobre 2008 que l'usine était sauvée par le véhicule utilitaire et que Sandouville ne serait pas un nouveau Vilvoorde. Mais, nous étions alors aux premiers jours d'une crise qui a, depuis, littéralement saigné le secteur automobile. Le secrétaire de la CGT ne peut pas s'empêcher de penser à la fermeture brutale de l'usine belge de Vilvoorde en 1997. «Renault avait investi 600 millions d'euros en six ans sur ce site. Le matin même, la RTBF filmait des salariés tout sourire à l'entrée de l'usine prenant leur travail. A 17h, la fermeture était annoncée en CCE.»

Claire Garnier, en Normandie

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