Entre les normes sur le CO2 et l'anti-pollution, les voitures vont être plus chères

L'Europe durcit les normes sur le C02, mais aussi sur les polluants (Euro 6). Du coup, les voitures seront plus sophistiquées, donc plus onéreuses. Et la complexité technique fait mauvais ménage avec la fiabilité.
le nouveau petit moteur à essence turbo de PSA
le nouveau petit moteur à essence turbo de PSA (Crédits : Reuters)

L'Europe durcit les normes d'émission des véhicules. Ce qui risque de renchérir les véhicules et de les complexifier au détriment de la fiabilité. Les nouvelles normes d' émissions de CO2 des voitures vendues dans l'Union européenne ne devront pas dépasser 95 grammes au kilomètre en moyenne à compter de 2021, contre 160 grammes actuellement et 130 grammes à partir de 2015.

Un compromis avec Berlin

Le Parlement européen a donné son feu vert, mardi dernier, à l'accord délicatement négocié avec les Etats membres, lesquels avaient remis en question un premier texte de compromis en juin dernier, à l'instigation de Berlin. Soucieux de ne pas défavoriser ses constructeurs, spécialistes du haut de gamme et donc de voitures plus grosses et forcément consommatrices d'énergie, l'Allemagne a obtenu in fine le report d'un an de la nouvelle norme, initialement prévue pour 2020. Et ce, grâce à des calculs prenant en compte les "super-crédits" octroyés pour des modèles électriques ou hybrides rechargeables. Mais Berlin n'a pas bénéficié des deux ans espérés lors du compromis de novembre dernier.

Evidemment, tout le monde se réjouira a priori de règles plus contraignantes sur les émissions de gaz à effets de serre. Mais, il faudra accepter en contrepartie des véhicules plus petits, moins agréables à conduire car dotés de petits moteurs moins souples, et surtout plus chers et moins fiables! "Ces normes obligent les constructeurs à des efforts d'allègement et de sophistication des véhicules qui ne peuvent que rendre les voitures plus compliquées, donc onéreuses et subissant davantage de pannes", explique un expert automobile.

Surcoût certain

Cela va d'ailleurs se compliquer. Car, dans le même temps, l'Union européenne rend obligatoire la norme Euro 6 qui n'a rien à voir, puisqu'elle porte, elle, sur les polluants (le CO2 n'est pas considéré comme un polluant). Et ce, à partir de septembre 2014 pour les nouveaux véhicules, de septembre 2015  pour tous les modèles. Trait marquant d'Euro 6: l'obligation pour les moteurs diesel d'émettre beaucoup moins d'oxydes d'azote (NOx), ce qui va obliger les constructeurs à équiper leurs autos de très complexes systèmes de traitement.

A la clé: un surcoût de  350 à 400 euros au bas mot par véhicule pour le prix de revient en fabrication, selon Toyota. Soit un surcoût pour le client de 600 à 1.000 euros en moyenne. En outre, le coût de maintenance sera alourdi. Et ce n'est pas fini. En 2017 ou 2018, la norme Euro 6-2 entrainera une sévérisation encore supérieure, donc un nouveau  renchérissement.

Si les diesels coûtent plus cher, leurs ventes vont reculer  face aux modèles à essence. Pourquoi pas? Malheureusement, les diesels conservent leur avantage comparatif en matière de consommations et donc de rejets de CO2 qui leur sont corrélés. Les voitures à gazole consomment en effet de 15 à 20% de moins en moyenne que celles fonctionnant au sans-plomb. Dès lors, paradoxalement, le diesel participe à la lutte contre le réchauffement climatique et aide à respecter les futures normes de 95  grammes sur le CO2! Contrairement aux simplifications abusives de ceux qui n'y connaissent rien, ce n'est pas simple! 

Taux de panne en hausse

Les moteurs à essence, en principe intrinsèquement moins polluants, ont certes beaucoup progressé en matière de consommations, donc de rejets de gaz à effets de serre. Les derniers petits moteurs turbocompressés affichent  aujourd'hui de très bonnes valeurs en émissions de CO2. Seulement, voilà, ils deviennent aussi sophistiqués que les... diesels et risquent de voir les taux de panne suivre la même courbe ascendante que celles des moteurs à gazole...

Alors que les diesels simples, lents, robustes (et polluants), s'étaient forgés il y a quelques décennies une sacrée réputation de longévité, les dernières études que nous avons pu voir mettent en exergue un taux de pannes bien supérieur désormais des moteurs à gazole par rapport aux mécaniques à essence.  Et ça va être pire avec Euro VI. Mais, comme les moteurs à essence vont vraisemblablement voir leur taux de panne grimper à leur tour...

Evidemment, il y a la solution de l'hybride essence, propre et dont les rejets de CO2 sont comparables à ceux des diesels. Mais on rajoute ici aussi beaucoup de complexité, de poids(batteries), de surcoût. Les constructeurs européens réservent d'ailleurs cette solution onéreuse à des modèles... chers! Et, si les hybrides (essence-électriques) du pionnier japonais Toyota sont très fiables, ce n'est pas le cas de modèles d'autres marques...