Automobile: BMW contre un report des nouvelles limites d'émissions de CO2
latribune.fr
Le patron de BMW s'affiche en revanche contre l’interdiction en 2035 de vente de véhicules thermiques neufs, comme l'a prévu la Commission européenne au nom de la transition écologique.
Le patron de BMW, Oliver Zipse, a estimé ce lundi qu'il n'y a pas lieu de demander un report des nouvelles normes CO2 des voitures neuves prévues l'an prochain dans l'UE. Un avis loin de faire l'unanimité chez les autres constructeurs, et pas seulement.
C'est un sujet qui cristallise les tensions entre constructeurs automobiles européens : le durcissement, dès l'année prochaine, des limites d'émissions de CO2. Pour rappel, selon la norme dite « CAFE » (pour Corporate Average Fuel Economy), les constructeurs doivent respecter une moyenne annuelle d'émissions par voiture vendue en Europe. Une mesure qui a été globalement respectée depuis son entrée en vigueur début 2021, mais qui doit franchir un nouveau palier à partir du 1er janvier prochain.
Pour les voitures particulières, les émissions moyennes des véhicules neufs vendus devront passer à moins de 93,6 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre. Contre 116 grammes par kilomètre actuellement, soit une réduction de 19%. Le non-respect de ces limites pourrait entraîner de lourdes amendes.
Mais pour BMW, le calendrier ne doit pas bouger. « Nous ne voyons aucune raison de repousser les objectifs de réduction de CO2 pour 2025 », a affirmé le patron du groupe allemand, Oliver Zipse, dans une interview accordée au magazine Automobilwoche ce lundi. Les objectifs européens pour 2025 sont connus « depuis l'année 2019 » et en conséquence, BMW a « orienté (la) politique de modèles et augmenté l'efficacité des groupes motopropulseurs », a-t-il expliqué.
Un avis partagé par Stellantis, deuxième plus gros constructeur européen. Lui aussi s'oppose de longue date à une révision des objectifs, mettant en avant les efforts qu'il a réalisés dans cette optique « depuis plusieurs années ».
Et les deux géants automobiles ne sont pas les seuls. 48 petites et grandes entreprises de l'écosystème de l'automobile, des transports et de l'énergie ont fait part fin septembre de leur profonde opposition à toute révision des objectifs de réduction de CO2. Parmi elles : Uber, Ayvens ou encore Volvo.
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A contrario, d'autres constructeurs, à l'image de Renault, ont demandé à Bruxelles de revoir sa copie. Et de repenser les objectifs fixés dès l'année prochaine, alors qu'une telle révision n'est prévue qu'en 2026. Ces groupes, soutenus par l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), font valoir comme argument l'érosion des ventes de voitures électriques. Selon eux, dans le contexte actuel, ils ne pourront être dans les clous des nouvelles normes d'émissions de CO2. Ils mettent en outre en avant leurs résultats déjà à la baisse cette année, qui n'ont pas besoin d'être davantage plombés par des amendes.
Les partisans d'un report du durcissement ont en tout cas reçu le soutien de plusieurs gouvernements, dont celui de la République tchèque et de l'Italie. Mais aussi de l'exécutif sortant français. Début novembre, le ministre de l'Économie démissionnaire, Antoine Armand, avait encore demandé de décaler la mise en œuvre des potentielles sanctions. Il estimait les constructeurs « fermement engagés dans l'électrification des véhicules » si bien qu'ils « ne devraient pas avoir à payer d'amendes en 2025 », selon lui.
La Commission européenne ne leur a répondu pour le moment que par la négative. Parler d'un « changement de position » sur ce sujet est « vraiment prématuré », avait expliqué début novembre un porte-parole de Bruxelles. « On va voir fin 2025 combien de voitures ont été vendues, quelles sont les émissions », avait-il coupé court.
BMW critique l'interdiction des véhicules thermiques
Reste que BMW n'est pas en accord avec toutes les mesures de la Commission européenne. Particulièrement l'interdiction en 2035 des ventes de véhicules thermiques neufs, comme l'a prévu Bruxelles au nom de la transition écologique. Pour Oliver Zipse, cela freine l'innovation sans favoriser des investissements suffisants dans de nouvelles technologies.
L'UE devrait au contraire« adopter une politique favorisant le progrès et la croissance économique, au lieu d'imposer des barrières », a déclaré le dirigeant.
En Allemagne, près de 140.000 emplois de l'industrie automobile pourraient disparaître d'ici 2035 - presque 20% du volume actuel - en lien avec l'électrification du secteur, d'après une récente étude de la fédération des constructeurs VDA. Et tout le Vieux continent est concerné : fin octobre, les équipementiers automobiles européens ont déploré 32.000 suppressions de postes au premier semestre 2024, soit plus que pendant la pandémie de Covid.
Sur ce sujet, le patron de BMW est soutenu par celui de Renault. Cet été, Luca de Meo a réclamé à Bruxelles de la « souplesse dans le calendrier », estimant l'objectif de 2035 « compliqué » à tenir. Mais, là encore, la Commission européenne est restée jusqu'à présent droite dans ses bottes.