Normes CO2 : Paris veut protéger les constructeurs automobiles « d'amendes gigantesques »
latribune.fr
Pour le ministre de l'Economie, « la vie ne peut pas se faire sans voiture, le reconnaître, ce n'est pas de l'idéologie, c'est du constat et du pragmatisme ».
Le gouvernement français va demander à Bruxelles de décaler les sanctions visant les constructeurs européens en cas de non-respect des objectifs d'émissions de CO2, a annoncé Antoine Armand, le ministre de l'Économie, dans une interview aux Échos publiée dimanche.
Afin de « ne pas se tirer une balle dans le pied », Antoine Armand compte demander à Bruxelles de décaler les sanctions visant les constructeurs automobiles européens qui n'ont pas atteint les objectifs sur les émissions de CO2 en 2025.
« Si nous devons infliger des amendes gigantesques aux constructeurs parce qu'ils ne sont pas allés assez vite, la première conséquence sera d'affaiblir l'investissement et surtout de renforcer nos concurrents asiatiques », a affirmé le ministre de l'Economie dans une interview aux Echos dimanche.
« Les constructeurs fermement engagés dans l'électrification des véhicules ne devraient pas avoir à payer d'amendes en 2025 : je défendrai cette position avec Marc Ferracci, ministre délégué chargé de l'Industrie, auprès de la Commission et de nos homologues », a-t-il assuré.
En effet, Marc Ferracci a aussi défendu cette même idée dans un entretien au quotidien allemand Handelsblatt dimanche. Il doit se rendre lundi et mardi à Berlin dans le cadre de la 10e édition de la Journée Franco-Allemande de l'Économie.
Antoine Armand avait, par ailleurs, déjà indiqué mi-octobre devant les professionnels réunis au Sommet de l'automobile, en marge du Mondial de Paris, que le gouvernement français « n'envisageait pas » que des constructeurs automobiles soient sanctionnés au niveau européen pour non-respect des normes d'émissions de CO2. « Un peu partout en France, un peu partout en Europe, la vie ne peut pas se faire sans voiture, le reconnaître, ce n'est pas de l'idéologie, c'est du constat et du pragmatisme », avait alors souligné le ministre. « Nous allons maintenir nos objectifs, continuer à vous soutenir et persister à protéger », avait-il lancé aux industriels.
Les constructeurs demandent à Bruxelles des mesures d'aide urgentes
Les constructeurs automobiles doivent respecter une moyenne annuelle d'émissions par voiture vendue en Europe. Cette norme dite CAFE (Corporate Average Fuel Economy) oblige les constructeurs à vendre progressivement des véhicules de moins en moins polluants. Elle a été globalement respectée jusqu'ici mais elle doit franchir un nouveau palier à partir de janvier 2025.
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La plupart des constructeurs européens ont demandé à Bruxelles des mesures d'aide urgentes pour affronter le durcissement en 2025 des normes d'émissions de CO2 qu'ils s'estiment incapables de respecter, en particulier à cause de l'érosion des ventes de voitures électriques. Si ces ventes ont rebondi en Europe en septembre après des mois de baisse, elles restent loin des niveaux espérés, selon les chiffres publiés fin octobre par le lobby des constructeurs (ACEA).
Après des mois de baisse, les voitures électriques ont représenté 17,3% des ventes de voitures neuves en Europe (+9,8% sur un an), contre 14,8% en septembre 2023. Elles ont notamment progressé en Allemagne, où les immatriculations s'étaient effondrées depuis l'arrêt des bonus à l'achat fin 2023, mais aussi en Belgique, en Italie ou en Espagne. Plusieurs mois faibles ont cependant enrayé la mécanique de cette transition électrique très attendue par l'industrie : les ventes d'électriques depuis le début de l'année sont inférieures de 5,8% à celles des 9 premiers mois de 2023.
La zone à trafic limité (ZTL), voulue par la mairie de Paris pour réduire la pollution, entre en vigueur ce lundi dans les quatre premiers arrondissements de la capitale. Cette zone d'environ 5,5 km2 sera désormais interdite aux véhicules qui ne feraient que la traverser. Seuls y serons autorisés les véhicules de secours, autobus, taxis, personnes à mobilité réduite, automobilistes y résidant ou y travaillant... et plus globalement tout le trafic « de destination », à savoir ceux dont le point de départ et d'arrivée se trouve dans le secteur (pour un rendez-vous médical, aller faire des courses, au cinéma...).
La mairie de Paris s'attend à une diminution substantielle du volume de la circulation dans les artères les plus fréquentées, avec -30% avenue de l'Opéra et -15% sur le boulevard de Sébastopol, plus à l'est, selon l'étude d'impact qu'elle a menée.