Comment soutenir l'automobile pourrait la rendre plus vertueuse

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Photo d'illustration. La Plateforme automobile (PFA), qui regroupe les entreprises du secteur, aimerait que le gouvernement rétablisse le bonus de 6.000 euros pour l'achat de véhicules électriques par les entreprises, réduit de moitié au 1er janvier.
Photo d'illustration. La Plateforme automobile (PFA), qui regroupe les entreprises du secteur, aimerait que le gouvernement rétablisse le bonus de 6.000 euros pour l'achat de véhicules électriques par les entreprises, réduit de moitié au 1er janvier. (Crédits : Shutterstock)
Touché de plein fouet par la crise du coronavirus, le secteur automobile est en danger, d'autant plus que le redémarrage s'annonce lent. Appelé à l'aide, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a annoncé qu'il présenterait "sous 15 jours" un plan de soutien orienté vers les technologies vertes.

Le gouvernement s'apprête à débloquer des aides à l'automobile, plongée dans une crise historique à cause du coronavirus, mais la filière devra devenir plus verte et relocaliser des emplois.

Le marché automobile européen a été divisé par quatre en avril après une chute de moitié en mars, comparé à l'an dernier. Les usines et commerces à l'arrêt pendant des semaines ont gravement amputé les recettes. Des entreprises sont poussées vers la faillite.

L'équipementier Novares, qui emploie 1.350 personnes en France, a été placé en redressement judiciaire fin avril. Même un constructeur comme Renault a été contraint de solliciter un prêt de 5 milliards d'euros garanti par l'État.

Lire aussi : Automobile: qui va sauver le français Novares ?

La filière est en danger d'autant que le redémarrage s'annonce lent. Or, elle pèse en France 400.000 emplois industriels directs, 900.000 avec les services. Même si la place de la voiture est remise en cause dans les centres urbains, elle reste le premier outil de mobilité et un pilier de l'économie nationale.

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La difficile relocalisation de la production

Appelé à l'aide, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a annoncé lundi qu'il présenterait "sous 15 jours" un plan de soutien orienté vers les technologies vertes. Mais il a réclamé en échange une relocalisation de la production en France.

Ce pari des relocalisations est loin d'être gagné. L'automobile française a massivement délocalisé depuis deux décennies, essentiellement vers l'Europe de l'Est, la Turquie et le Maroc. Les dernières générations des citadines Peugeot 208 et Renault Clio, deux modèles emblématiques du savoir-faire national et parmi les meilleures ventes, ne sont plus assemblées dans l'Hexagone.

Après la crise financière de 2008, la France, longtemps deuxième producteur automobile en Europe, a chuté au cinquième rang, et depuis son solde commercial des produits automobiles est chroniquement déficitaire.

Pour Hervé Guyot, expert automobile du cabinet Oliver Wyman, le manque de compétitivité de la France s'explique d'abord par le coût élevé du travail (salaires et charges sociales). Mais il estime que les nouvelles technologies en matière d'électrification sont une opportunité pour le Made in France.

"Sur les véhicules électriques, les temps d'assemblage sont significativement plus bas que sur les véhicules thermiques, et donc le coût du travail moins important. C'est possible, y compris pour l'entrée de gamme, de localiser leur production en France", explique-t-il.

En matière d'équipements, les batteries, mais aussi les moteurs électriques, l'électronique de puissance, les onduleurs pourraient également être localisés en France, selon lui, tandis que la fabrication de moteurs thermiques va progressivement diminuer.

Haute valeur ajoutée

La filière n'envisage pas de fermer des usines à l'étranger pour les relocaliser. Mais elle est prête à investir sur le territoire national pour y produire "une part significative" des technologies d'électrification.

"Ce sont des activités potentiellement à haute valeur ajoutée pour lesquelles, sous réserve de faire les efforts nécessaires, ça peut valoir le coût", a expliqué à l'AFP Marc Mortureux, directeur général de la Plateforme automobile (PFA), qui regroupe les entreprises du secteur.

La PFA aimerait que le gouvernement rétablisse le bonus de 6.000 euros pour l'achat de véhicules électriques par les entreprises, réduit de moitié au 1er janvier. Elle espère obtenir un bonus de 3.000 euros pour les hybrides rechargeables, créneau récemment investi par les constructeurs nationaux.

Elle demande aussi de renforcer sur une courte période la prime à la conversion, qui subventionne la mise au rebut d'une voiture ancienne pour l'achat d'une neuve, façon de stimuler les motorisations thermiques qui représentent toujours l'essentiel des ventes.

"On a besoin maintenant d'intervention pour que les choses reprennent un cours normal. Il faut inciter le consommateur à revenir sur le marché alors qu'il est inquiet", estime aussi Xavier Mosquet, expert du BCG, tout en soulignant l'importance d'une coordination européenne.

Concernant les relocalisations, il plaide pour rééquilibrer les subventions aux implantations autorisées par l'UE dans les pays de l'Est, déjà favorisés par leurs bas salaires, jugeant trop fort l'écart de compétitivité avec l'Ouest.

L'ONG environnementale WWF accueillerait favorablement un soutien à l'achat de voitures électrifiées mais réclame de "pénaliser aussi les véhicules les plus polluants", notamment les SUV, via un malus lié au poids, indique Pierre Cannet, l'un de ses responsables. Il souhaite un soutien aux alternatives à l'automobile, avec notamment un fonds d'urgence de 500 millions d'euros pour le vélo.

Lire aussi : Le vélo, vedette attendue du déconfinement

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a écrit le 20/05/2020 à 13:59 :
a voir le compromis entre vw et la justice allemande
et vw et la justice française et
qu'il sont bien mieux accepte quand il triche cela passe par des accords digne des marchand de ferraille des personnes ont triché avec mise en cause personnel
l'entreprise paye leur amende et ils reste en poste
si cela n'est pas une triche délibéré du constructeur
donc c"est bien une magouille organisé au sommet du constructeur
et tout le contraire pour les marques française
comme si on faisait tout pour les détruire
a écrit le 19/05/2020 à 15:23 :
Une bonne nvelle d'intensifier le bonus électrique couplé avec la prime à la casse ( oh pardon!... à la conversion, ça fait plus distingué).
Sous prétexte du monde d'après, n'en profitons pas pour casser des supply chain qui fonctionnent et créent de la valeur avec les PECO qui st ds le même bateau ou le Maghreb, notre voisin avec une longue histoire et culture commune.
Par contre, il faut à ts prix relocaliser à gd pas la chaîne des composants électriques en UE ss traitée en quasi totalité en Asie ( batterie, moteur, métaux et terres rares...) qui font 50% de la valeur du véhicule avec le regroupement des pépites européennes ss forme d'un Airbus des batteries ou autre...
Après, ds la chasse aux coûts de production, il ne faut pas des modèles spécifiques comme l'a fait Renault au début avec la Zoé ( à la production confidentielle non rentable) , mais électrifier des modèles existants à l'instar de PSA qui partait avec bcp de retard, mais a pu comprimer rapidement ses coûts de développement et de production et dc sauvegarder les marges élevées de ses nx modèles électriques en s'appuyant sur les nbreux composants communs avec les sosis thermiques.
Et puis, si l'ambition donne des ailes à nos potentats européens, fédérer une véritable filière H2, le véritable carburant propre connu à ce jour pour demain, avec des multinationales basées en UE comme Air Liquide, Linde, Total, Engie, Bayer, Solvay...
a écrit le 19/05/2020 à 13:43 :
L'automobile est considérée depuis trop longtemps comme un bien de consommation courante. C'est une erreur qui va coûter cher aux constructeurs dans un contexte où l'écologie et la pandémie rebattent les cartes.
Réponse de le 19/05/2020 à 14:25 :
vu que les normes évoluent rapidement (un complot de l'UE ?), on est presque obligé d'en changer de temps en temps, ou alors on ne roule plus, sauf "vieux tacot" dit "de collection".
Moitié moins d'avions et de véhicules, ça va en faire du chômage de masse vu l'étendue de ces industries (à la fabrication). Que produire à la place ? Du logiciel, de l'IA ? Des smartphones made in UE (à un prix nécessitant de les garder dix ans au moins) ?
a écrit le 19/05/2020 à 12:11 :
Encore des aides de l'états financées par l’impôt pour acheter une automobile. Ce système marche sur la tête et il est temps qu'il change de trajectoire avant qu'il n'implose.
Dans le même genre multe publicités vous incitent à changer votre chaudière aux frais de l'état... Serions nous en République Socialiste Française où tout est financé par l'état?
Apparemment oui du moins pour le contribuable de base
a écrit le 19/05/2020 à 11:18 :
"via un malus lié au poids"

Taxer n'est jamais une bonne idée mais le poids et donc la consommation est une bonne unité de mesure, un véhicule léger pouvant difficilement beaucoup consommer.

Par contre plutôt que de taxer donc, exposant un manque de capacité maximal à penser, fabriquer des véhicules simples technologiquement, légers, robustes et bon marché serait bien plus productif à court et long terme. IL est incompréhensible si ce n'est par pure cupidité destructrice que ces véhicules ne voient toujours pas le jour en UE.

Ce n'est pas parce que le pétrole a été pris en otage par une bande de financiers exponentiellement cupides qu'il faut arrêter d'utiliser cette si formidable énergie.

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