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Au tribunal, Carlos Ghosn nie en bloc mais Nissan enfonce le clou

Photo de Jérôme Cristiani

latribune.fr

Publié le 08 janvier 2019 à 09:47 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:06

Ghosn depose une plainte apres sa nouvelle arrestation

Ghosn depose une plainte apres sa nouvelle arrestation

Issei Kato

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les avocats de l'ex-Pdg de Nissan ont obtenu du tribunal de Tokyo le rare privilège de cette audience publique qui s'est déroulée à Tokyo ce mardi 8 janvier à 10h30, heure locale (2h30, heure de Paris). Au cours de cette audience de deux heures, Carlos Ghosn n'a eu que 10 minutes pour lire sa déclaration dans laquelle il nie toutes les accusations portées contre lui. Le juge a cependant décidé le maintien en détention du prévenu.

[Article publié le mardi 8.01.2018 à 9:49, mis à jour avec soutien d'E. Borne à 10:47]

Dès les premières heures de la matinée, une longue file d'attente s'était formée devant le tribunal. Plus d'un millier de personnes, parmi lesquelles de nombreux journalistes étrangers, ont patienté dans le froid pour tenter de décrocher une des rares places dans la salle: seulement 14 tickets ont été alloués par tirage au sort à des membres du public, pour assister à la comparution du célèbre accusé.

Carlos Ghosn, qui est toujours Pdg de Renault et de l'alliance Renault-Nissan, était auditionné ce mardi matin à 10h30 heure locale (1h30 GMT, soit 2h30, heure de Paris) à sa demande par le tribunal du district de Tokyo pour obtenir une clarification des motifs de sa détention et lui permettre de s'exprimer publiquement sur les accusations de malversations financières chez Nissan portées contre lui.

La procédure de comparution de ce type est rare, seulement 0,6% des détenus ont fait une telle requête l'an dernier. Elle n'a quasiment aucune chance de changer le cours des choses mais la portée symbolique est forte pour M. Ghosn, qui a pu rompre le silence médiatique dans lequel il est muré depuis plusieurs semaines.

Lors de cette première apparition publique depuis son incarcération le 19 novembre dernier, Carlos Ghosn a nié tout méfait et déclaré avoir agi dans le respect des lois et avec l'approbation des cadres compétents du groupe automobile japonais.

"J'ai été injustement accusé et placé en détention sur la base d'accusations sans fondement", a-t-il déclaré lors de l'audience, selon une allocution préparée à l'avance que Reuters a pu consulter.

Vêtu d'un costume sombre, sans cravate, sandales vertes en plastique au pied, le magnat de l'automobile de 64 ans est apparu nettement amaigri, les joues creuses, menotté, avec une corde autour de la taille tenue par un policier, avant le début de la séance qui a duré quasiment deux heures, de 10h30, heure locale à 12h15 (4h15, heure de Paris). Pourtant, Carlos Ghosn n'a eu lui en tout et pour tout que 10 minutes de temps de parole.

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"Même si ça n'est que dix minutes, pour lui c'est très important de pouvoir dire au monde sa vérité à lui", a réagi Flavien Neuvy, directeur de l'Observatoire Cetelem de l'automobile basé à Paris.

Carlos Ghosn nie en bloc toutes les accusations contre lui

S'exprimant en anglais -ce qui a réduit encore son temps de parole à cause de la traduction-, le dirigeant franco-libano-brésilien a rappelé avoir dédié "deux décennies de sa vie à relever Nissan et bâtir l'alliance", une entreprise qu'il dit aimer. Il affirme "avoir agi avec honneur, légalement et avec la connaissance et l'approbation des dirigeants de la compagnie", selon une déclaration écrite qu'il a lue.

Il a assuré n'avoir nullement fait couvrir des pertes personnelles à Nissan et a détaillé les transactions pour lesquelles il est accusé d'abus de confiance, assurant que les sommes versées par une filiale de Nissan à un homme d'affaires saoudien l'ont été en rétribution de services rendus pour aider le groupe dans la région du Golfe.

Aucune photo ni aucune captation vidéo du Pdg de Renault n'ont été réalisées au cours de sa comparution, seuls des croquis d'audience ont été rendus publics.

Le juge confirme le maintien en détention contre le risque de fuite à l'étranger

Le juge a justifié de son côté son maintien en détention par un risque de fuite à l'étranger "où il a des bases" et d'altération de preuves.

"Il y a suffisamment d'éléments pour estimer que le suspect pourrait inciter des personnes concernées à dissimuler des infractions", a argué le magistrat Yuichi Tada.

Pour mémoire, Carlos Ghosn a été mis en examen le 10 décembre pour dissimulation aux autorités boursières d'une partie de ses revenus perçus chez Nissan: environ 5 milliards de yens (38 millions d'euros) sur cinq années, de 2010 à 2015. A l'issue de cette première garde à vue, il a fait l'objet d'un nouveau mandat d'arrêt pour une minoration similaire d'émoluments, mais cette fois entre 2015 et 2018, puis d'un troisième, pour abus de confiance. Et le 31 décembre sa garde à vue a été prolongée jusqu'au 11janvier.

Nissan dit avoir les preuves de fautes commises par Carlos Ghosn

A la suite de cette audience de son ex-patron, Nissan a enfoncé le clou, déclarant mardi qu'une enquête interne avait permis de mettre au jour des preuves substantielles et convaincantes de fautes commises par son ancien président Carlos Ghosn.

Pour mémoire, les malversations financières imputées à Carlos Ghosn avaient été révélées par un lanceur d'alerte, poussant Nissan à ouvrir alors une enquête interne et à en informer la justice. Hiroto Saikawa, directeur général de Nissan, a déclaré en novembre dernier, après l'arrestation de Carlos Ghosn, que le groupe avait découvert que Ghosn avait utilisé de l'argent de l'entreprise à des fins personnelles et qu'il avait minimisé sa rémunération pendant plusieurs années.

Depuis l'arrestation de Carlos Ghosn, Hiroto Saikawa a appelé à des changements pour atténuer l'influence de l'actionnaire majoritaire Renault dans l'alliance avec Nissan et Mitsubishi.

Face à cette avalanche d'accusations, Renault a pour l'heure fait profil bas, choisissant de maintenir sa confiance à Carlos Ghosn.

Pénicaud et Borne apportent leur soutien à Carlos Ghosn

Pour autant, la ministre française du Travail, Muriel Pénicaud, apportait publiquement ce mardi matin sur CNews, une manière de soutien au Pdg de Renault, en lançant un appel à la justice nippone pour lui demander de respecter la présomption d'innocence dans l'affaire Carlos Ghosn.

"La présomption d'innocence doit absolument être respectée", a-t-elle déclaré sur CNEWS. "Le plus important aujourd'hui c'est que cette présomption d'innocence soit respectée et qu'on veille à l'alliance Renault-Nissan. Il y a beaucoup d'emplois à la clef, il y a beaucoup de sujets économiques et sociaux."

Elle ajoutait :

"Il n'a pas la procédure la plus facile, ça c'est sûr", a commenté Muriel Pénicaud, qui a insisté sur le fait que, pour Paris, il était toujours Pdg de Renault.

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Un peu plus tard, sur France Info, sa collègue des Transports, Élisabeth Borne, a également invoqué le respect de la présomption d'innocence, notamment pour justifier le maintien formel de Carlos Ghosn à la tête du constructeur automobile français.

"Il y a une gouvernance transitoire qui a été mise en place. Évidemment, si cet empêchement devait durer, il faudrait en tirer les conséquences", a-t-elle dit à franceinfo. "Mais aujourd'hui il y a un principe de présomption d'innocence qui doit être respecté (...) Le gouvernement (...) n'a pas d'éléments qui pourrait nous conduire à conclure à la culpabilité de M. Ghosn."

(Avec Reuters et AFP)

latribune.fr

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