Honda et Nissan ouvrent des discussions pour fusionner
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Nissan et Honda avaient déjà annoncé en mars un protocole d'accord pour un « partenariat stratégique ». (photo d'illustration)
Kim Kyung-Hoon
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Nissan et Honda avaient déjà annoncé en mars un protocole d'accord pour un « partenariat stratégique ». (photo d'illustration)
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[Article publié le lundi 23 décembre à 11H17 et mis à jour à 11H51] Honda et Nissan envisagent de fusionner. Le géant japonais et son compatriote en difficulté se sont entendus ce lundi pour ouvrir des négociations en vue de donner naissance au numéro trois mondial du secteur, a indiqué Nissan dans un communiqué. Ils veulent s'entendre pour fusionner sous l'égide d'une « holding unique », qu'ils projettent d'introduire en Bourse en août 2026.
Mitsubishi Motors, dont Nissan est le principal actionnaire, devra déterminer d'ici « fin janvier » s'il entend intégrer cette nouvelle alliance industrielle. Déjà associés dans un « partenariat stratégique », Nissan et Honda entendent finaliser un accord d'ici juin 2025, selon la télévision japonaise NHK. Les deuxième et troisième constructeurs japonais derrière Toyota souhaitent établir une alliance industrielle dans laquelle chacun pourra assembler ses véhicules dans les usines du partenaire, selon l'agence Kyodo.
Ce projet intervient alors que les constructeurs traditionnels sont laminés par l'essoufflement du marché et l'onéreuse transition dans l'électrique, virage technologique dominé par l'américain Tesla et les groupes chinois, BYD en tête. Honda et Nissan ont par ailleurs vu leurs ventes dégringoler en Chine, premier marché mondial dont ils sont très dépendants.
Ce rapprochement est providentiel pour Nissan : fortement endetté, il a essuyé une perte nette inattendue au dernier trimestre et abaissé drastiquement ses prévisions annuelles, sa marge opérationnelle ayant presque totalement fondu. Sur ses deux marchés-clés, il a vu ses ventes plonger aux Etats-Unis, faute d'hybrides rechargeables face à une forte demande, et s'effondrer en Chine, minées par la domination des marques locales sur le tout-électrique.
Début novembre, Nissan a annoncé supprimer 9.000 postes dans ses effectifs mondiaux et tailler dans ses capacités. Témoin de sa vulnérabilité : le géant taïwanais de l'assemblage électronique Foxconn (Hon Hai), fournisseur d'Apple, avait approché Nissan pour acquérir une participation majoritaire, selon la presse japonaise, un appétit qui a précipité l'ouverture des négociations avec Honda.
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« Il ne s'agit pas de porter secours » à Nissan, a néanmoins assuré devant la presse Toshihiro Mibe, patron de Honda, qui pose comme préalable la concrétisation par Nissan de son plan pour réduire ses coûts et relancer ses ventes. Le PDG de Nissan, Makoto Uchida, a, de son côté, reconnu que son groupe avait « des problèmes » à surmonter, mais a déclaré miser sur les « synergies » avec Honda, dont il salue « l'agilité ».
Des difficultés sur lesquelles l'ex-patron déchu de Nissan, Carlos Ghosn, n'a pas manqué d'insister, réagissant à l'annonce des deux constructeurs. Il a ainsi estimé que Nissan était en « mode panique ». « Franchement, je me demande comment cela va fonctionner », a déclaré aux journalistes à Tokyo par liaison vidéo le septuagénaire franco-libano-brésilien, en fuite au Liban.
Carlos Ghosn s'est dit « pas absolument convaincu que (Nissan) dispose des talents nécessaires pour relever les défis auquel il est confronté ». « Honda est beaucoup plus fort que Nissan, mais n'est toujours pas une force en développement dans cette industrie » face au virage stratégique dans l'électrique, un créneau dominé par les constructeurs chinois et l'américain Tesla, a-t-il ajouté.
Il a également dit avoir été « surpris » par la nouvelle de ce rapprochement, car « il n'y a pas de complémentarité » entre Nissan et Honda, dont les forces et les faiblesses se situent dans les mêmes domaines. « D'un point de vue industriel, il y a des doublons partout. Donc cela n'a donc pas de sens pour moi », a-t-il cinglé.
Honda, lui, profiterait d'une entité élargie pour lancer plus efficacement des voitures entièrement électriques, après l'échec du développement d'un véhicule commun avec l'américain General Motors. Le groupe vise 100% de véhicules électriques d'ici 2040.
Un mariage permettrait de partager les coûts onéreux et risques du développement de modèles électriques et de batteries, de sécuriser les chaînes d'approvisionnement et de gagner en compétitivité via des économies d'échelle.
Les groupes japonais se sont longtemps concentrés sur les véhicules hybrides (combinant motorisations thermique et électrique), très populaires au Japon, où ils représentaient 40% des ventes en 2022... mais négligeant l'essor mondial du tout électrique. Ce qui a permis à la Chine de dépasser le Japon comme premier pays exportateur de véhicules en 2023.
Un contexte alarmant pour les deux constructeurs qui les avaient donc poussé à annoncer en mars un protocole d'accord pour un « partenariat stratégique » dans les logiciels et composants pour véhicules électriques. Initiative rejointe en août par Mitsubishi.
« Si le rapprochement Nissan-Honda vise à préparer l'avenir, à développer les composants des futures voitures électriques qu'on ne produit quasiment pas aujourd'hui, ça fait sens », indique à l'AFP une source proche du dossier. « Mais une fusion organisationnelle ne réglera pas les problèmes de court terme de Nissan, pour qui la priorité reste de résoudre au plus vite son problème aux Etats-Unis », prévient-elle.
Selon Kyodo, Honda exige que Nissan amorce une « reprise en V » de ses performances comme condition à la fusion... tout en se disant prêt à l'aider à produire des hybrides en Amérique du Nord. Ce ne serait pas une union entre égaux, Honda étant valorisé en Bourse quatre fois davantage que Nissan, augurant de tractations complexes sur une gouvernance commune.
Une fusion contribuerait par ailleurs à estomper davantage l'alliance historique de Nissan avec Renault, qui réduit progressivement sa présence au capital du groupe japonais, après des années d'une relation orageuse. Le français contrôle encore quelque 35% de Nissan (17% en direct, et 18,6% via une fiducie destinés à être graduellement cédés), lui garantissant une voix décisive dans le sort du groupe nippon.
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« Renault a rééquilibré l'alliance, sans la détricoter : c'est dans son intérêt de préserver les projets qu'ils ont encore ensemble » et de veiller en tant qu'actionnaire à la valeur du titre Nissan, insiste la source proche.
(Avec AFP)
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