Le sommet du diesel à Berlin : enjeux et contradictions

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Les ventes de diesel ne cessent de baisser en Europe, l'un des rares bastions de cette motorisation dans le monde.
Les ventes de diesel ne cessent de baisser en Europe, l'un des rares bastions de cette motorisation dans le monde. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
Le gouvernement allemand réunit les principaux acteurs de la filière diesel pour tenter de sortir de la diabolisation qu'ils ont eux-mêmes nourri par manque de transparence, voire par tricherie. Il s'agit de sauver les 700.000 emplois que compte cette branche... Ou alors de trouver une sortie par le haut pour l'industrie automobile allemande...

Faut-il sauver le soldat diesel ? Le sujet est en tout cas suffisamment grave pour que les autorités allemandes convoquent un sommet avec les principaux acteurs de la filière. Il s'agit de mettre au point un plan d'action pour sortir de la diabolisation qui encercle désormais cette motorisation et qui pousse nombre d'agglomérations à limiter voire à leur interdire l'accès - le projet parisien d'interdiction des véhicules diesel d'ici à 2020 a notamment inspiré Mexico, Madrid et Athènes.

Une crédibilité entamée par les "affaires"

Le gouvernement allemand n'ignore évidemment rien des responsabilités des constructeurs eux-mêmes qui ont manqué de transparence jusqu'à l'escroquerie : le scandale des moteurs truqués et les manipulations autour des seuils de températures pour activer les dispositifs de dépollution, jusqu'à la formation d'une immense entente entre constructeurs portant préjudice au consommateur et à l'environnement...

| Lire Automobile : les seuils de température, un scandale en sommeil...

La défiance est telle que le discours des constructeurs pourrait bien être totalement inaudible aux yeux des consommateurs. D'ailleurs, ceux-ci ont d'ores et déjà commencé à se tourner vers les motorisations essence. En Allemagne, les ventes de diesel sont passées de 48% à 41% des nouvelles immatriculations entre 2012 et juin 2017. En France, pays du diesel, cette motorisation qui culminait à près de 77% des ventes en 2011 à moins de 50% en 2016.

Diesel Statista

[Crédits : Statista.]

Des enjeux économiques colossaux

Pour les constructeurs, c'est un problème car les moteurs essence sont moins chers. Pour les équipementiers, c'est moins de systèmes de dépollution. Si le filtre à particules sera bientôt obligatoire y compris sur les moteurs essence, ils vendront moins de SCR - un système qui neutralise les particules fines. Les enjeux sont également très importants en ce qui concerne l'emploi. La fédération automobile allemande estime à 159.000 le nombre d'emplois directs liés aux moteurs diesel. Elle indique que ce chiffre atteint les 670.000 si on tient compte des emplois indirects.

Car les Allemands continuent d'y croire. Ils estiment que la technologie diesel est la seule technologie qui permet de limiter les émissions de CO2 : entre 20 et 30% de moins par rapport à un moteur essence. Mais les agglomérations ne veulent plus de ces voitures qui émettent davantage de particules fines et qui polluent la santé des habitants. Les constructeurs ont beau rétorqué que les filtres à particules couplés au SCR et à la vanne EGR, permettent de filtrer plus de 95% des émissions de particules fines. Sauf que les constructeurs n'ont cessé de mentir jusqu'ici et ont ainsi perdu toute crédibilité.

Le gouvernement mis en accusation

Pire que cela, l'opinion publique considère que le gouvernement a été au mieux complaisant au pire complice de ces manœuvres. Angela Merkel marche donc sur des œufs à quelques semaines seulement des élections législatives où elle se représente. Elle doit ménager la chèvre et le choux en jouant la fermeté face aux accusations de triche et d'entente, tout en prenant garde à ne pas bousculer une industrie encore fortement dépendante de cette technologie. Le ministre des Transports ne dit pas autre chose lorsqu'il déclare que « l'industrie automobile s'est mise dans une situation vraiment difficile » et qu'elle devait désormais faire face à « une sacrée responsabilité pour regagner la confiance ». « Je ne suis pas disposé aux copinages », a-t-il également ajouté lors d'un entretien à la télévision pour répondre aux accusations de complicité. Le dilemme du gouvernement a été résumé d'une phrase par Ulrike Demer, la porte-parole de la chancelière :

« Il s'agit de critiquer ce qui doit être critiqué tout en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'une industrie stratégiquement importante en Allemagne. »

Hier moqué, le virage du 100% électrique

Depuis 2016, les constructeurs automobiles allemands ont amorcé un virage dans leur stratégie de motorisation. Alors que les entreprises moquaient jusque-là le 100% électrique, elles ont annoncé d'ambitieux plans électriques. Mercedes a ainsi exposé au dernier salon de Paris son concept EQ à partir duquel il envisage de bâtir une dizaine de modèles 100% électrique. Chez Audi, on ne devrait pas tarder à proposer des modèles électriques qui afficheraient des performances proches d'une Tesla Model S. La marque Volkswagen veut également être plus offensive sur cette technologie. Le groupe vise d'ailleurs une part de 25% de ses ventes sur des modèles électrifiés (c'est-à-dire hybrides compris).

| Lire aussi Voiture électrique : la bataille des chiffres qui réhabilite une technologie

Finalement, le but sous-jacent du sommet de Berlin pourrait bien être la préparation de la reconversion de l'industrie allemande du diesel, une technologie beaucoup trop européenne... Mais le gouvernement allemand devra alors répondre à cet autre paradoxe : comment fournir de l'électricité à un important parc de voitures électriques lorsque 45% de sa production est encore au charbon et donc fort émetteur de polluants.

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Commentaires
a écrit le 03/08/2017 à 23:34 :
Ben la solution c'est de modifier tous les diésels au GNV et roule à 40 cmes le L
a écrit le 03/08/2017 à 21:25 :
L'hystérie écolo dans toute sa splendeur...bon, c'est la mode du moment.
a écrit le 03/08/2017 à 16:23 :
Comme le disent certains, les moteurs essence moderne « downsizé » polluent plus en CO2 et surtout consomment plus de carburant. A puissance équivalente, la différence entre essence et diesel actuel, c’est minimum 2l/100 km en plus pour l’essence. J’en ai fait l’expérience en louant une 308 1.2 puretech, sur un parcours de 2300 km. Ces petits moteurs surcompressés, sont préférables au diesel en conditions urbaines, mais pour les rouleurs, le diesel actuel euro 6 , restera toujours rentable même en alignant les prix des deux carburants. Ceci en attendant la disponibilité de versions électrique pile combustible, type Toyota MIRAI, système qui me parait plus logique pour les long parcours. Car dans l’électrique ce qui pose problème, c’est surtout le temps de charge des batteries. Cet article http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/la-filiere-de-l-hydrogene-a-un-point-d-inflexion-656857.html
Et cette vidéo ; utilisation par les pompiers de la MANCHE de véhicules hydrogène
https://youtu.be/QNqtGkVm8w8
a écrit le 03/08/2017 à 8:37 :
Les industriels concernés communiquent beaucoup sur l’électrique.
Mais semble ne pas y croire?
a écrit le 02/08/2017 à 17:42 :
Au secours, il y a le feu dans la maison diesel ! En Allemagne l'opinion publique, les agglomérations et les médias ont entamé une campagne anti-diesel. Les journaux sont de plus en plus sévères, les plaintes ou menacent de plaintes se multiplient comme l’association environnementale allemande DUH qui a porté plainte contre 16 villes du pays, incapables de respecter les limites. «Nous voulons l’interdiction totale de tous les véhicules diesels, avec quelques rares exceptions pour les véhicules utilitaires tels que ceux de la police ou des pompiers», explique Jürgen Resch, le président du DUH.
Une multiplication des plaintes et les très fortes amendes qui s'en étaient suivi au Japon avait amené les villes à l'interdire et les constructeurs a abandonner le diesel. Le looby du diesel est bien organisé et seuls les tribunaux pourront le faire céder.
a écrit le 02/08/2017 à 17:38 :
Une voiture neuve sur deux vendues en France reste encore diesel ....et nous avons aussi des usines de fabrication moteurs diesel en France avec de nombreux emplois!
Réponse de le 03/08/2017 à 9:16 :
Et alors ? vous n'allez pas nous faire croire que nos constructeurs, et surtout nos ouvriers de l'industrie auto ne savent plus fabriquer de moteurs essence quand même ....
Il n'y aura pas suppression d'emplois, c’est un argument stupide employé par le lobby du diesel pour continuer à faire de gros profits bien juteux ...
Réponse de le 03/08/2017 à 15:42 :
@Epicurien24: tjs a voir les vilain GROS PROFITS hein?
Désolé développer deux moteurs (un diesel et un essence) coûte plus cher que de développer que des essences. Donc non il n'y a de lobby du diesel. Les pétroliers vendent les deux et les constructeur aussi, peut importe.
Le diesel c'est développer car il est moins taxé et car les moteurs ont bcp progressé (turbo entre autre). Maintenant on veut les éradiquer et bien soit! Mais merci d’arrêter de dire que c'est "pour la planète" je trouve ça hypocrite
a écrit le 02/08/2017 à 17:37 :
"Pour les constructeurs, c'est un problème car les moteurs essence sont moins chers"

Hé oui logique capitaliste contraire aux besoins du consommateurs, plus c'est compliqué et plus on peut mettre de marge bénéficiaire dessus. A comparer avec les discours des politiciens d'ailleurs...
Réponse de le 03/08/2017 à 16:48 :
Un moteur diésel est plus cher mais consomme moins. Donc moins d'argent pour les monarchies pétrolières.
Alors la logique capitaliste, c'est
Diesel : d'avantage de valeurs ajouté industriels, moins de CO2 mais des particules fines, moins d'argent pour les pays pétroliers.
Essence : moins de valeur ajouté industriels, d'avantage de CO2 mais moins de particules fines, et des pétrodollars !
La logique capitaliste n'est pas contraire aux besoins du consommateur, elle répond à ces besoins. Et le consommateur à des besoins contradictoires.
a écrit le 02/08/2017 à 17:09 :
les plus concernés... autocars camions ferry un sommet pour rien encore
a écrit le 02/08/2017 à 13:48 :
"ces voitures qui émettent davantage de particules fines"
bof, une essence à injection directe émet beaucoup² plus de particules qu'un diesel moderne filtré, pour ça que l'UE a enfin demandé (exigé) des constructeurs que les essence de ce type soient équipées d'un FAP. Peut-être que la filière essence à injection directe sera moins favorisée, voire abandonnée (surcoût) ? Pour le NOx, sais pas si l'essence en fabrique de façon notable.
(ma 208eHDi Euro5 frise les 4L/100 sur 60 000km, rouler vite ou la ville en fait augmenter la consommation, la clim aussi, à éviter si possible....)
Si les constructeurs qui ont truqué disent que maintenant ils veulent être "vertueux", c'est ballot. Peut-être qu'ils ont voulu économiser en n'utilisant pas un système performant, seuls les normes, en les distordant, étaient la cible de leurs efforts, pas la santé des clients (et non clients).
a écrit le 02/08/2017 à 13:11 :
@ BONJOUR : Je suis très étonné, lorsqu'on lit la pollution au diesel on ne parle que ...... des véhicules légers ..... ... Mais rien sur les autocars.... les camions .... les engins de chantiers et agricoles .....la navigations fluviales et hauturière et que dire de l'aviation la S.N.C.F. emploie encore des locomotives diesel ....... CURIEUX NON !
Réponse de le 03/08/2017 à 0:23 :
Bonsoir. Les poids lourds sont euro6 soit une. Orme très stricte depuis 2013 bien avant les voitures ou les motos. Les machines de travaux publics ont également une norme spécifique qui a évoluée récemment et commence à être très stricte. Les bus sont euro 6 ou électrique ou gaz depuis longtemps en plus du diesel. Pourtant sur le transport longue distance le diesel en améliorant encore les filtrations de particules et la pollution globalement reste le plus performant. Seuls les navires de forts tonnages brûlent des pétroles lourds très polluants grâce à une absence de norme dans leur domaine. Voilà qq infos pour vous.
Réponse de le 03/08/2017 à 8:52 :
les autocars.... les camions .... etc... roulent forcement au diesel car moins cher. Voila pourquoi on en parle pas.
En outre le gouvernement Français qui veut augmenter le prix du diesel devra se confronter au lobby transporteurs avant. J'attends de voir.
ps: le schema qui montre la part du diesel dans les ventes des constructeurs ALLEMANDS inclus Renault, Ford, Skoda et Seat?????lol
Réponse de le 03/08/2017 à 10:46 :
Parfait de vous étonner que la SNCF utilise des locomotives Diesel (pour votre info : il y a aussi beaucoup de TER Diesel) ...
MAIS VOUS PROPOSEZ QUOI ??? sachant que plus de la moitié du réseau ses chemins de fer français n'est pas électrifié : tirer les trains avec des mulets ???
Réponse de le 03/08/2017 à 16:53 :
Le diésel pollue moins en termes de CO2 que l'essence.
Mais le diesel émet d'avantages de particules fines dont la concentration est malsaine dans les villes.
Donc au niveau "planète" le diesel c'est mieux. Au niveau "local", l'essence c'est mieux.
Il est donc tout à fait intelligent que les gros moyens de transports (qui consomment sur les autoroutes , dans les mers et fleuves) soient diesel. Faire un cargo fonctionnant à l'essence serait une hérésie écologique. (et économique). Idem pour un camion de 38T qui n'a pas vocation à passer des heures au centre des grandes villes.
a écrit le 02/08/2017 à 12:59 :
Si en plus de supprimer le diesel les allemands supprimaient le charbon, ils seraient vraiment écolos.. mais morts
a écrit le 02/08/2017 à 12:22 :
De quoi faire remonter le chômage en Allemagne au niveau de ses voisins.
L'Allemagne "pille" l'Europe, son économie est basée sur un mensonge.
"Deutsch Quälitat"..."Das Auto"... du Pipeau...De la "Gross Music" Tzim Boum... Tzim Boum... Et ils sont nombreux à se laisser bercer par cette "douce musique".

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