Semi-conducteurs : selon Carlos Tavares (Stellantis), des industriels font des stocks et entretiennent la pénurie

Le patron de Stellantis soupçonne des distorsions de marché sur le marché des semi-conducteurs. En marge de la présentation de son plan stratégique, le patron de Stellantis n'attend aucune amélioration en 2022, et ne croit plus "aux promesses" de certains founisseurs.

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(Crédits : Arnd Wiegmann)

« Je considère que l'année 2022 sera encore une année de pénurie de semi-conducteurs », a déclaré Carlos Tavares. Pour le patron de Stellantis (Fiat, Peugeot, Jeep...), il n'y aura pas d'améliorations avant l'arrivée de nouvelles usines de production en construction et annoncées pour début 2023.

Se rapprocher de la source

Selon lui, cette crise va impacter la relation des constructeurs automobiles avec leurs fournisseurs. « Les constructeurs vont devoir se rapprocher des sources de production », a-t-il lancé à des journalistes français, en marge de la conférence de presse de présentation du plan stratégique de Stellantis. « C'est tout le sens de notre partenariat avec Foxconn (...) nous allons nous rapprocher des équipementiers de rang N ». Carlos Tavares continue de montrer du doigt les équipementiers de rang 1 qui ont failli dans la gestion des commandes de puces électroniques par défaut d'anticipation. Il observe que certains équipementiers ont toutefois été capables de tenir leur commande, stigmatisant encore un peu plus ceux qui n'y sont pas parvenus.

Promesses non respectées

Il ne croit d'ailleurs plus "aux promesses" de rétablissement de la production par les fournisseurs, se fondant sur des attentes qui n'ont pas été tenues en 2021. Pour rappel, la pénurie des semi-conducteurs devait atteindre son pic au deuxième trimestre 2021. Un an plus tard, elle impacte toujours autant l'industrie automobile.

Carlos Tavares observe également un décalage entre la production à la source et les pièces arrivées chez les fournisseurs. « Les fabricants m'assurent que leur production dédiée à l'industrie automobile est plus élevée qu'en 2019, or, les fournisseurs de rang 1 souffrent toujours de pénurie, il y a donc quelqu'un qui stocke », a-t-il conclu sans donner de noms.

Des observateurs s'interrogent sur le rôle des constructeurs automobiles chinois et de leur proximité avec les fabricants asiatiques de puces électroniques pour sécuriser leurs approvisionnements. Les gouvernements européen et américain tentent depuis un an de monter un plan de production souveraine de semi-conducteurs. Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, a récemment annoncé un plan à 52 milliards d'euros pour bâtir des capacités sur le continent.

Des prix toujours plus hauts

Carlos Tavares a salué ces initiatives mais anticipe d'ores et déjà des problèmes de surcapacités. Selon lui, cette crise va accroître la pression sur les prix des voitures dont il juge déjà qu'ils ont nettement augmenté. « Nous allons avoir un problème majeur d'accès à la mobilité avec la hausse des prix des matières premières mais aussi de l'énergie ».

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