Thierry Breton : « L'Europe mettra des moyens pour implanter des usines de semi-conducteurs en Europe »
Propos recueillis par Michel Cabirol et Philippe Mabille
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Les semi-conducteurs sont un sujet essentiel, parce que dans l'industrie aéronautique et de défense, comme dans l'automobile ou les télécoms, les semi-conducteurs deviennent des éléments clés, fondamentaux" (Thierry Breton)
ENTRETIEN. Présent pour l'ouverture de la huitième édition du Paris Air Forum, au musée de l'air et de l'espace du Bourget, Thierry Breton a dressé la feuille de route de la stratégie de relance du secteur aéronautique français et européen. Pour cela, le Commissaire européen pour le marché intérieur prône de multiplier les « alliances » : pour l'avion « zéro carbone », pour l'avion de combat du futur, pour les lanceurs européens de nouvelle génération. Enfin, il se bat pour que l'Europe se dote d'une constellation de connectivité spatiale multi-orbitale pour offrir à l'ensemble du continent...
... e infrastructure de connectivité mettant fin aux zones blanches et pour assurer une redondance avec le réseau terrestre.
VIDEO
LA TRIBUNE - Monsieur le Commissaire, la stratégie vaccinale européenne accélère. Au sortir de la troisième vague, peut-on espérer la réouverture des secteurs les plus impactés par la crise sanitaire ?
THIERRY BRETON. Si Paris Air Forum 2021 peut se tenir, en partie en présentiel, en ce mois de juin, c'est grâce au succès de la politique vaccinale européenne, reconnue au niveau mondial, qui va nous permettre de retrouver notre activité, de nous resocialiser, de voyager. A la mi-juillet, on aura produit en Europe plus d'un milliard de doses de vaccin. En une année, l'Europe est devenue la pharmacie du monde. Elle a exporté 500 millions de doses de vaccin, c'est-à-dire la moitié, pour vacciner près de 100 pays. C'est le seul continent à le faire.
La bonne nouvelle, c'est aussi que les activités touristiques repartent. En quelques semaines, l'Europe a mis en place un certificat vaccinal numérique commun, que 16 pays ont déjà mis en œuvre, et à la fin du mois, les 27 membres l'auront mis en place. Cela permettra d'assurer une fluidité dans les aéroports et à l'activité aérienne de reprendre son essor.
L'aviation civile peut-elle espérer un rebond ?
L'écosystème de l'aviation civile a été très touché par la crise. En 2020, le chiffre d'affaires de la filière a reculé de plus de 30%. Il y a eu 50% de commandes en moins. Mais tout le monde a tenu. Les Etats membres et les entreprises ont joué un rôle. Le fait qu'il y ait un écosystème a permis à la filière d'interagir, de se parler pour maintenir à flot les PME en difficulté. On commence à voir la lumière au bout du tunnel. On espère un retour à la normale en 2023.
Le trou d'air a été significatif, mais on a tout ce qu'il faut pour le remonter. D'un point de vue structurel, la concurrence en matière d'aviation s'intensifie avec la Chine, mais l'ère de la naïveté est terminée. On travaille à mettre en place un front transatlantique. Un accord est en préparation ; on s'est donné cinq ans pour y parvenir. J'ai bon espoir que cela permettra de repartir sur de bonnes voies.
Le défi climatique change la donne aussi pour l'aérien. Que peut faire l'Europe ?
Dans l'aéronautique civile, il y a une prise de conscience généralisée de l'urgence climatique. C'est le fer de lance de la politique européenne. On est face à des réactions inattendues, comme le « flygskam », le mouvement parti de Suède qui proclame « la honte de prendre l'avion » qu'on n'avait pas anticipé, très puissant chez les plus jeunes. L'industrie européenne a les capacités pour trouver des solutions plus écologiques, plus innovantes. Il faut voir comme une opportunité la nécessité de s'adapter au pacte vert européen qui prévoit une baisse de 55% de réduction des gaz à effet de serre à l'horizon 2030 et la neutralité carbone en 2050.
Propos recueillis par Michel Cabirol et Philippe Mabille