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Stephan Winkelmann : "Je voudrais proposer un modèle de Bugatti utilisable au quotidien"

Olivier Mirguet à Strasbourg

Publié le 11 septembre 2019 à 13:07 - Mis à jour le 11 septembre 2019 à 13:54

Stephane Winkelmann, président de Bugatti Automobiles, au siège social de Bugatti à Molsheim (Bas-Rhin).

Stephane Winkelmann, président de Bugatti Automobiles, au siège social de Bugatti à Molsheim (Bas-Rhin).

Olivier Mirguet

Le Quotidien Numérique

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ENTRETIEN. Stephan Winkelmann, président de Bugatti Automobiles, revient, en exclusivité pour La Tribune, sur la stratégie de la marque française et les modèles à venir.

LA TRIBUNE - Bugatti est-elle devenue une marque profitable ? 

STEPHAN WINKELMANN - Pour la première fois l'année dernière, en 2018, nous avons gagné de l'argent. C'est un signal important envoyé au directoire du groupe Volkswagen, notre propriétaire. Cette inversion de tendance a coïncidé avec mon arrivée à Molsheim, à la présidence de Bugatti (rires).

Quel est le chiffre d'affaires de Bugatti ?

Nous ne le dévoilons pas. Nos clients dépensent en moyenne 2,8 millions pour une Chiron dont 300 000 euros d'options, hors taxes.

Mais vous gagnez encore plus avec ses dérivés.

Nous investissons beaucoup dans les dérivés de la Chiron. La Chiron Sport et la 110 ans sont des séries limitées. La Divo a été présentée en 2018 à Pebble Beach, aux Etats-Unis. Les livraisons commenceront en 2020. Elle coûte 5 millions d'euros hors taxes. La Voiture Noire, montrée début 2019 à Genève et la Centodieci dévoilée au mois d'août sont des modèles à part. La Super Sport 300 + vient d'être présentée comme nouvelle édition limitée. Nous nous sommes engagés à présenter chaque année au moins deux nouveautés de ce type.

L'image de Bugatti, marque française de voitures de sport, est-elle suffisamment connue ?

Avec Volkswagen, nous avons essayé de faire de Molsheim, en Alsace, la centrale de Bugatti. Beaucoup de personnes ignorent qu'il s'agit d'une marque française. On sait à travers le nom de Bugatti que le fondateur a été italien. Certains croient encore qu'il s'agit d'une marque italienne !

Nous sommes une société française, établie en France, dont le fondateur italien est venu en Alsace, en territoire allemand, avant la première guerre mondiale. Ensuite, ce territoire est devenu français. Puis il est redevenu allemand, avant de redevenir français. Quand on raconte cette histoire en détail, on s'engage dans une impasse dont on ne parvient plus à s'extraire.

En présentant ainsi Bugatti, on oublie de dire que son propriétaire Volkswagen est allemand.

Comme beaucoup d'autres groupes, Volkswagen possède plusieurs marques. Nestle possède San Pellegrino et Acqua Panna, des eaux minérales italiennes. Personne ne dit qu'il s'agit de marques suisses. De nombreuses entreprises de luxe se trouvent sous le contrôle d'un autre groupe. L'Italien Fendi est avec Louis Vuitton, Gucci avec François Pinault.

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Quels sont vos chiffres de production en 2019 ?

Nous avons produit 76 voitures l'année dernière. Cette année, nous voulons en produire 80. Nous allons réduire les délais de livraison, les ramener en-dessous de deux ans. Nous sommes en ce moment à deux ans et demi d'attente. La production est assurée à Molsheim, où vous comptez 120 salariés. Mais le développement des voitures est réalisé ailleurs, en Allemagne. Pourquoi ? Pour des raisons historiques, depuis l'acquisition par Volkswagen. Nous n'avons pas l'intention de changer cette organisation. Ce serait compliqué pour une petite entreprise comme la nôtre de tout fusionner.

Après le scandale des moteurs diesel truqués, le groupe Volkswagen a été contraint de revoir sa stratégie. Les nouvelles priorités du groupe ont-elles eu un impact sur votre marque ?

Il y a quatre grandes tendances dans l'industrie automobile : la voiture autonome, la digitalisation, l'électrification et la voiture partagée. Les investissements du groupe s'inscrivent naturellement parmi ces priorités. Chez Bugatti, nous avons de bonnes idées pour un deuxième modèle. Il n'est plus seulement question de remplacer le modèle existant, la Chiron, mais de proposer un modèle supplémentaire. La marque est mûre, assez puissante et reconnue pour cela.

A quoi ressemblera cette Bugatti du futur ?

Je voudrais proposer un modèle utilisable au quotidien. Nous construisons actuellement une hypercar qui roule 2000 kilomètres par an, en moyenne, entre les mains de nos clients. Le deuxième modèle devra être une première voiture, à utiliser tous les jours, dans un segment totalement différent. L'une des options à l'étude, c'est une voiture 100 % électrique. Notre marque est mûre pour cela. Nous avons de bonnes idées pour une nouvelle silhouette, jamais vue ailleurs. Je ne vois ni un SUV, ni une limousine. J'espère que nous aurons bientôt la possibilité de la réaliser. Nous devrions rester en-dessous de 1.000 exemplaires par an.

A quelle échéance ?

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Aucune décision n'a été prise. Quand nous obtiendrons le feu vert de Volkswagen, nous aurons besoin d'environ quatre années pour le développement et la construction d'un nouvel atelier pour l'assemblage, possible à Molsheim, et les embauches. Mais pas avant 2023.

Olivier Mirguet à Strasbourg

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