En s'installant dans son habitacle, on est comme happé. L'iconique logo Porsche sur le volant, le compte-tours qui nous toise du regard et cette profusion de boutons, de manettes et de dispositifs d'aides au pilotage laisse augurer quelques belles épopées routières. À n'en pas douter, la Taycan constitue plus qu'une simple automobile. Elle est un vaisseau à la ligne futuriste et aux accélérations fulgurantes, abattant le 0 à 100 km/h en 4 secondes tout rond. Évidemment ultrarapide, cette Porsche, bénéficiant de 571 chevaux sous le capot, semble, sur le papier, correspondre aux canons historiques d'une marque bien connue pour son fort caractère et sa sportivité. Mais il y a, depuis quelques années, et sur ce modèle en particulier, une véritable nouveauté. Mieux : un changement d'époque, peut-être même une révolution ! Emblème d'une nouvelle ère, la Taycan roule en effet à l'électrique. Et son autonomie, si tant est qu'on lui ajoute l'option batterie Performance Plus (soit 93,4 kWh), est tout à fait intéressante puisqu'elle culmine à 498 kilomètres. De quoi se laisser aller et faire de jolies virées.
Si le constructeur de Stuttgart est aujourd'hui à la pointe de la sportivité branchée, il faut se souvenir que les marques de luxe ont, pour la plupart, mis un certain temps à monter dans le train de la modernité. Ce que nous explique le journaliste à BFM Business et spécialiste automobile, Antoine Larigaudrie : « Les marques de luxe et de sport ont des clientèles très conservatrices, attachées à la puissance et la musicalité des moteurs. Logique, dès lors, que le processus d'électrification prenne plus de temps. » Pour savoir qui développe en priorité les nouveaux procédés de propulsion automobile, il faut regarder ailleurs. En priorité du côté des constructeurs dits « populaires », ceux-là mêmes qui représentent l'essentiel des ventes aux quatre coins du globe. En la matière, la prise de conscience est plus ancienne qu'on ne l'imagine. Dès les années 1960, le congrès américain préconise de booster la recherche autour de la production de véhicules moins polluants et moins gourmands en essence. La fin du boom économique, conjugué à la crise pétrolière de 1973, va accélérer la prise de conscience. Mais il demeure alors un problème de taille : la technologie de l'époque est peu fiable et les batteries ne sont pas assez puissantes pour espérer concurrencer les moteurs thermiques. Il faudra attendre les années 1990 pour que la révolution s'opère. Au Japon, le constructeur Toyota se met en tête de développer un véhicule hybride qui recharge ses batteries au freinage et dans les descentes. Son objectif : proposer un bond technologique à destination de monsieur Tout-le-Monde. La première Prius est née ! Sa consommation moyenne de 5,1 l/100 km, deux fois moins qu'un véhicule essence de l'époque, étonne. Mais c'est surtout son design, pour le moins pataud, qui détonne à son lancement, en 1997. Dans le même temps, en France, Renault travaille à une technologie concurrente. À la suite du concept car Zoom, la marque entame la construction de centaines de Clio électriques. Ce n'est encore qu'une goutte d'eau, mais il y a là matière à préparer l'opinion publique au monde - alors lointain - de l'après-pétrole. Une préfiguration de modèles full Electric qui roulent aujourd'hui dans nos villes, les Twizy et Zoe. On doit à Renault donc, Toyota et Nissan avec son modèle Leaf (en français « feuille », comme pour enfoncer le clou d'une automobile plus respectueuse de l'environnement), l'avènement du monde d'après. Ainsi, ce n'est pas le haut du panier qui a engendré le bouleversement mais bien le bas de l'échelle, autant pour des questions de pouvoir d'achat que de protection de la nature.