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Crédit immobilier : la réforme du Haut Conseil de stabilité financière enterrée

latribune.fr

Publié le 30 avril 2024 à 05:14 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:10

La production de nouveaux crédits à l'habitat est tombée à 7,3 milliards d'euros au mois de février, selon la Banque de France, un plus bas depuis près de dix ans.

La production de nouveaux crédits à l'habitat est tombée à 7,3 milliards d'euros au mois de février, selon la Banque de France, un plus bas depuis près de dix ans.

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La proposition de réforme du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), visant à modifier le fonctionnement de cette instance pour faciliter l'octroi de crédits immobiliers aux ménages, a été retirée ce lundi par son auteur, le député Renaissance Lionel Causse.

Le député Renaissance Lionel Causse a jeté l'éponge.  Après plusieurs heures de débat, l'élu a retiré ce mardi sa proposition de réforme du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). Le parlementaire a estimé que des amendements adoptés en soirée l'avaient trop dénaturé. « Je demande le retrait de ce texte qui n'a plus aucun sens et plus aucune raison d'être », a-t-il déclaré.

Soutenu par Bercy, mais critiqué par la Banque de France comme par la Banque centrale européenne (BCE), le texte avait été mis sur la table pour faire face à la chute préoccupante de production de nouveaux crédits à l'habitat.

En cause notamment, le coût des crédits immobiliers, qui est toutefois repassé sous la barre des 4% au premier trimestre, à 3,99%, selon les données de l'Observatoire CSA/Crédit logement publiées mi-avril. Pour un prêt de 100.000 euros sur 25 ans, cela représente toutefois un coût du crédit de plus de 55.000 euros, trois fois plus qu'il y a deux ans, une donnée que les candidats à l'achat doivent intégrer dans leur projet.

Fort de ce contexte, la production de nouveaux crédits à l'habitat (hors renégociations) est donc tombée à 7,3 milliards d'euros au mois de février, selon la Banque de France, un plus bas depuis près de dix ans.

Le gouverneur de la Banque de France opposé à la réforme

Créé en 2013 en tirant les leçons de la crise financière de 2008-2011, le HCSF a fixé au fil des ans un ensemble de préconisations sur le crédit immobilier dans le but de limiter le surendettement des ménages.

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Les banques n'ont ainsi pas le droit de signer un crédit immobilier si le montant total des dépenses des emprunteurs liées à l'habitation dépasse 35% de leurs revenus (taux d'effort), ni pour une durée supérieure à 25 ans, sauf si des travaux représentent 10% du montant total de l'opération. Des limites qui peuvent être contournées dans 20% des cas, sous conditions.

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau avait fait part mi-mars de son opposition à la réforme initiale, soulignant que les banques n'utilisaient pas à plein la flexibilité déjà permise.

«On avait mis des critères de bon sens pour éviter le surendettement des ménages, pour que les gens qui prennent un projet immobilier soient sûrs de pouvoir le rembourser. On les a un peu assouplis l'année dernière et c'est ce qu'on appelle les critères HCSF», avait-t-il déclaré sur la radioEurope 1.

« Je dis ça parce qu'ils ont été parfois critiqués, y compris dans la période récente. Je crois que ce n'est vraiment plus le sujet parce qu'il y a une flexibilité jusqu'à 20% pour déroger à ces critères. Elle n'est utilisée qu'en partie, elle est utilisée à 15% ».

Le premier article de la proposition de loi initiale ajoutait deux membres au Haut Conseil de stabilité financière qui en compte actuellement huit, l'un issu du Sénat et l'autre de l'Assemblée nationale, à parité. La présence de parlementaires contribuerait « à renforcer la légitimité démocratique des mesures prises », avait fait valoir l'élu, réfutant une menace sur l'indépendance du HCSF, vis-à-vis du pouvoir politique, comme le craignaient les socialistes.

Imbroglio sur des amendements

La majorité présidentielle a toutefois finalement voté contre cet article, mécontente de l'adoption d'amendements de la France Insoumise (LFI). L'un prévoyait que les parlementaires désignés par les présidents de chaque chambre le soient « au sein des oppositions parlementaires », et l'autre qu'ils aient chacun un suppléant. Le camp présidentiel proposait de son côté une formulation assurant, selon lui, qu'au moins un des deux parlementaires soit issu de l'opposition. Et il a taclé « l'organisation trop complexe » créée par les retouches adoptées.

L'autre mesure phare du texte, déjà remaniée en commission, l'a encore été lundi en séance. Elle offrait dans sa version initiale la possibilité de déroger aux normes du HCSF en matière de conditions d'octroi de crédit, mais elle avait été réécrite pour maintenir « l'effectivité des pouvoirs » du Haut Conseil. En prévoyant que ce dernier pourrait « fixer les conditions » dans lesquelles les établissements de crédits « peuvent déroger à ses décisions ».

A LIRE AUSSI

Pour enrayer la chute des crédits immobiliers, le HCSF assouplit les règles d'octroi sans se renier

Mais l'adoption d'amendements, émanant de députés d'opposition comme de la majorité et soutenus par le gouvernement, ont constitué la modification de trop aux yeux de l'auteur de la proposition de loi. Ceux-ci ont supprimé la mesure prévoyant une durée maximale de validité des décisions du HCSF, fixée à trois mois en commission et que le rapporteur était prêt à allonger à 6 mois, mais pas à abandonner.

Pour le socialiste Philippe Brun, ce texte était « une réponse imparfaite, insuffisante et peut-être dangereuse à un vrai problème, celui du défaut de production du logement dans notre pays ». « Nous ne réglerons pas la crise du logement en poussant les ménages à s'endetter toujours plus », avait aussi critiqué le communiste Nicolas Sansu.

À lire également

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  • Conditions d’octroi des crédits immobiliers : la Banque de France opposée à un assouplissement
  • Pour enrayer la chute des crédits immobiliers, le HCSF assouplit les règles d'octroi sans se renier

« Le problème du logement, c'est qu'il est trop cher (...), c'est là-dessus qu'il faut agir », avait déjà répliqué le président de la commission des Finances de l'Assemblée, Eric Coquerel (LFI). Le Rassemblement national avait annoncé qu'il voterait pour le texte, en raison de son objectif affiché. « Mais pour des raisons de simplification et pour des raisons de principe, nous appelons à la suppression » du HCSF, avait dit le député Jocelyn Dessigny.

(Avec AFP)

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