La Station, à Saint-Omer, une locomotive !

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Dans le « fab lab », le directeur général de La Station, Stéphane Deveaux, extrait le logo de La Tribune d'une imprimante 3D.
Dans le « fab lab », le directeur général de La Station, Stéphane Deveaux, extrait le logo de La Tribune d'une imprimante 3D. (Crédits : C.A)
Au lendemain de son élection, le maire et président de la communauté d'agglomération de Saint-Omer a racheté la gare à la SNCF pour en faire un espace de « coworking » et de « fab lab ». Des préfabriqués simulent déjà l'environnement de travail de demain, avant l'inauguration en novembre 2019.

Une gare fermée, et c'est toute une population qui est décontenancée. 3. 000 voyageurs prennent toujours les trains en direction de Lille ou de Calais, mais le bâtiment principal est en chantier depuis que des tuiles sont tombées au sol en 2011. Des Algeco ont beau avoir été installés sur le parvis pour vendre des billets, les Audomarois continuent à entrer plusieurs fois par jour dans « La Station ». Dans ces préfabriqués de bois et de verre, se trouve en effet tout autre chose : un bureau partagé (coworking) une salle de créativité et un atelier de fabrication numérique (fab lab). À l'échelle 1/20, ils reproduisent ce que sera la gare transformée en novembre 2019.

Le maire de Saint-Omer a eu cette idée pendant la campagne des élections municipales en 2014. Lors du porte-à-porte, il se rend compte en effet que beaucoup d'habitants sont en télétravail. « Élu président de la communauté d'agglomération, François Decoster fait racheter la gare 200.000 euros pour monter ce projet avec la volonté de redonner du lustre au territoire et d'en refaire une zone d'attractivité », raconte le président de La Station, David Lacombled. La cible : les « navetteurs » qui se rendent dans la métropole lilloise quotidiennement, les indépendants - consultants, coachs, formateurs... -, les « makers », les prototypeurs...

Depuis le lancement des travaux de refonte en septembre 2017, l'équipe permanente organise fréquemment des visites. À J-500 avant l'inauguration, le chantier a été ouvert au public et à J-400, une semaine du télétravail a été organisée pour continuer à expliquer le sens du projet. « Soit on attendait la fin des travaux, soit on en profitait pour commencer à créer la communauté et l'offre de coworking et de fab lab. On ne crée pas comme ça un lieu d'innovation d'entrepreneuriat, on a besoin de ce temps d'apprentissage », explique Stéphane Deveaux, directeur général de La Station.

Pour chauffer, des forages de 200 mètres de profondeur

Dans le fab lab temporaire, une brodeuse numérique, des imprimantes 3D ainsi qu'une découpe laser ont en effet déjà été installées. Cela permet notamment de regarder à petite échelle si l'évacuation des fumées et des poussières s'opère bien. Le chef du lieu, Simon, travaille, lui, sur un projet de scanner 3D créé de toutes pièces sur place « grâce à l'outillage apporté par la communauté ». À ses côtés, Nicolas modélise sur ordinateur des porte-clés avant de les produire via ces machines. « Pour le Téléthon, ça coûte 2 euros à fabriquer pour rapporter 200 euros de gains. » C'est également un « repair café », où chacun peut venir avec son appareil mécanique, électrique ou informatique pour éviter le cycle linéaire habituel « je jette, je rachète ».

Soit les permanents arrivent à remettre le produit sur pied, soit ils orientent vers un professionnel aguerri. Au coeur de cette économie circulaire de proximité, le petit chauffage d'appoint qui fonctionne avec une hélice demeure l'objet le plus apporté. Tout cela est pour l'instant est gratuit, en attendant l'ouverture car, comme tous les acteurs présents aiment à le répéter, « cela favorise la notoriété ». Le vrai endroit à découvrir demeure néanmoins la gare cathédrale de 3.000 mètres carrés érigée en 1904 et actuellement bardée d'échafaudages. « On a retrouvé tous les plans d'origine. On a vidé l'ensemble des volumes et on n'a gardé que la façade qui est classée », décrit Alice, l'ingénieure chargée du suivi de la maîtrise d'ouvrage, qui travaille avec 11 entreprises différentes. « Objectif : recréer des boîtes dans l'enveloppe et passer de R+2 [rez-de-chaussée et deux étages, ndlr] à R+3. » Une fois à l'intérieur, il faut veiller à ne pas se prendre les pieds dans les sept grands tuyaux qui dépassent.

Ce sont des forages à 200 mètres de profondeur qui remonteront de la chaleur jusqu'aux futurs planchers. Au rez-de-chaussée se trouveront des commerces, une salle des pas perdus comme dans toute gare ainsi qu'une billetterie SNCF et transports en commun de la région. L'aile gauche, vers Calais (à 30 minutes), sera consacrée au fab lab et l'aile droite, vers Lille (à 50 minutes), au coworking, chacune dotée d'une terrasse qui la reliera au bâtiment principal. Chaque aile comportera des espaces de convivialité et de restauration... et même des douches !

Artistes et artisans résidents

Dans le détail, l'aile droite accueillera donc au premier étage un espace de coworking ainsi qu'un incubateur de projets. Dans l'espace central trônera un amphithéâtre entre le premier et le deuxième palier, ainsi qu'un espace de coworking gratuit au deuxième étage. Au deuxième niveau à gauche, se tiendra un espace fab lab avec une cloison amovible et un rangement du matériel, au cas où il faille accueillir une conférence (jusqu'à 80 personnes). Toujours dans l'aile gauche, le troisième étage, qui accueillait autrefois l'appartement du chef de gare, sera voué à l'apprentissage du code et plus généralement à l'appropriation des outils numériques. Des artistes et artisans, maîtrisant déjà ces instruments, y seront également résidents, « contribuant à la dynamisation et à l'animation du site, et nous aidant donc à rayonner », souligne le DG, Stéphane Deveaux.

Dans le prolongement de la gare, une friche se dévoile. C'est l'ancienne halle aux choux. Demain, ce lieu sera requalifié avec des logements, de l'activité commerciale et professionnelle, des espaces verts. Une passerelle piétonne et à mobilité douce a déjà été inaugurée pour enjamber le canal. De l'autre côté démarre en effet la rue de Dunkerque, qui permet de remonter jusqu'au centre-ville grâce, notamment, à une piste cyclable en sens inverse de la circulation des voitures. L'entourage de l'élu François Decoster ose même la métaphore : « Le tiers-lieu sera une locomotive pour ce nouveau quartier. » Toujours est-il que les travaux, c'est comme les trains, cela ne démarre pas toujours à l'heure et cela n'arrive pas toujours dans les délais initialement prévus.

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Commentaires
a écrit le 06/12/2018 à 13:29 :
Réutiliser notre patrimoine immobilier sera toujours bien plus protecteur pour l’environnement que la construction du neuf s'il n'est pas pensé écologiquement.

A un moment faut avancer hein...

Bravo donc pour cette initiative.

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