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Le secteur du bâtiment va-t-il être « uberisé » ?

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 14 janvier 2016 à 14:11 - Mis à jour le 14 janvier 2016 à 15:08

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  • L'instant Sélection
Les artisans du bâtiment craignent que la Loi Macron 2 affecte leur profession.

Une forme d'« uberisation » du secteur du bâtiment est peut-être en marche. Et cela inquiète beaucoup les petites entreprises du secteur. Lors de la présentation de la note de conjoncture trimestrielle de la confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), son président Patrick Liébus a averti contre des mesures contenues dans un rapport de Catherine Barbaroux, la présidente de l'Adie - une institution de micro-crédits -, chargée par Emmanuel Macron de réfléchir aux freins à entrepreneuriat individuel. Ce rapport est censé aider à l'élaboration de sa prochaine loi sur les « nouvelles opportunités économiques » (Noe).

Il a en effet été rapporté à Patrick Liébus que certaines mesures du rapport concernent son secteur. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas apprécié leur teneur. « Concrètement, ce qui nous déplait, c'est que ce rapport stipule que pour travailler dans les métiers du bâtiment, il n'y a pas besoin de qualification », s'indigne le président de la Capeb. L'idée du gouvernement serait de donner à chacun l'opportunité de créer sa propre activité, ce qui aiderait à réduire le chômage.

Double discours

Pour le président de la Capeb, le gouvernement s'embourbe ici dans un double discours : alors que du côté du ministère de l'Ecologie et du Développement durable, on demande aux professionnels du bâtiment d'être de mieux en mieux formés à la rénovation énergétique pour faire face aux défis environnementaux, à Bercy en revanche, on réfléchit à introduire dans une prochaine loi des mesures visant à faciliter l'accès aux métiers du bâtiment pour des entrepreneurs sans qualification. « Comment peut-on d'une part nous demander de monter en compétence, et d'autre part nous dire qu'il n'y a pas besoin d'être qualifié pour créer son entreprise dans le bâtiment ? », s'indigne Patrick Liébus. « S'il n'y a pas de qualifications dans nos métiers, il faut oublier par exemple la mention RGE (Reconnu garant de l'environnement, qui permet d'attester des compétences des professionnels du bâtiment ndlr) », ajoute-t-il.

Le président de la Capeb a pourtant rencontré à trois reprises le ministre de l'Economie lors des dernières semaines. « Pour Monsieur Macron, faire des stages préalables à l'installation d'activités artisanales, c'est trop long. Pour lui, une entreprise doit pourvoir être créée en 24 heures... c'est complétement déraisonnable ! S'installer, c'est connaître son métier », regrette-t-il. « De fait, tout métier qui vise à produire des biens qui touchent à la santé et à la sécurité des personnes devrait demander une qualification, que l'on obtient soit grâce à un diplôme, soit par le biais d'une expérience suffisante », ajoute Patrick Liébus.

Pas d'assurance

Ce rapport tombe mal pour la profession qui pensait entrevoir la sortie de crise : l'activité dans l'artisanat du bâtiment devrait se stabiliser en 2016, après quatre années compliquées où le secteur a perdu en tout 52.000 emplois.

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Patrick Liébus a par ailleurs exprimé son inquiétude sur les intentions prêtées au ministre de l'Economie de rehausser le plafond de chiffre d'affaires pour être auto-entrepreneur, un statut qui cause des problèmes de concurrence déloyale aux artisans du bâtiment. Si tel était le cas, le président de la Capeb craint que beaucoup d'entreprises classiques du bâtiment basculent sous le régime d'auto-entrepreneur, soumis à moins de charges. Ce qui pose des questions macroéconomiques. « Comment assurer dans ce cadre le financement de nos retraites ? Quel sera l'état de la protection sociale en France ? Comment financera-t-on ceux qui resteront au chômage ? », s'inquiète-t-il. Nous ne sommes ni Etats-Unis ni en Angleterre où en plus du chômage, beaucoup de jeunes sont en situation de précarité. Si c'est ce que l'on veut en France, alors il faut changer totalement de système ».

Un autre facette de l'uberisation

Cette nouvelle polémique est aussi révélatrice de la tendance du gouvernement à penser que si chacun voulait être son propre patron, le chômage diminuerait d'autant. Cette croyance est une autre facette de ce qui est appelé "uberisation" de l'économie, dont la vision va au-delà de la seule création des plateformes digitales.

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Or, dans un secteur du bâtiment où, déjà, l'emploi est très cyclique et donc de fait assez flexible, on peut se poser la question de l'utilité de telles mesures visant à individualiser la prise d'initiative, et qui, in fine, pourraient avoir pour effet de dégrader la qualité des services rendus aux clients.

Mathias Thépot

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