Quand le verre devient une fournaise : les bureaux modernes, pièges d'une canicule annoncée
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Le hashtag #balancetonfour alerte sur la dangerosité des bureaux vitrés.
Reuters
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Le hashtag #balancetonfour alerte sur la dangerosité des bureaux vitrés.
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Les vagues de chaleur estivales et les canicules se font de plus en plus intenses et fréquentes avec la crise climatique, et pourtant, on continue à construire des immeubles de bureaux entièrement vitrés, symboles de modernité et de transparence. Ces tours de verre exposent aujourd'hui des milliers de salariés à des conditions de travail parfois intolérables, relançant le débat sur l'adéquation de l'environnement professionnel aux nouvelles réalités climatiques.
Le cri d'alarme vient du terrain. De la Défense à Austerlitz, de nombreux employés témoignent de la fournaise qui s'installe dans leurs bureaux dès les premières chaleurs. Les températures grimpent bien au-delà des 26 °C, seuil souvent considéré comme confortable, et peuvent atteindre les 29 °C, voire plus, dans les pièces exposées plein sud. Une situation qui génère stress, inconfort et, dans certains cas, un risque pour la santé. Les témoignages de collègues « à bout », de téléphones portables qui « s'éteignent » à cause de la chaleur, ne sont plus anecdotiques.
Le hashtag #balancetonfour, lancé par l'ingénieur Pascal Lenormand, a permis de fédérer ces voix et de mettre en lumière l'ampleur du phénomène, pointant du doigt les surfaces vitrées qui, au-delà de 30 % de la surface de plancher, commenceraient à devenir « dangereuses ».
Si le secteur de l'immobilier tertiaire s'est massivement investi dans la décarbonation de ses bâtiments pour répondre aux objectifs environnementaux, la question de leur adaptation au changement climatique reste, pour beaucoup, un enjeu « émergent ». C'est le constat dressé par l'Observatoire de l'immobilier durable (OID), qui souligne le fossé existant entre les efforts de réduction de la consommation énergétique et ceux visant à améliorer la résilience des structures face aux événements climatiques extrêmes, comme les canicules. Les dernières réglementations, tant françaises qu'européennes, commencent à imposer une prise en compte de ces risques, mais leur application est encore inégale, dépendant souvent de la taille et des moyens des entreprises.
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Cette inégalité face au dérèglement climatique met en lumière la nécessité d'investissements massifs. L'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) a chiffré les besoins annuels pour l'adaptation des bâtiments, y compris les logements, à un montant colossal de plusieurs milliards d'euros. Ces investissements s'ajoutent à ceux nécessaires pour la transition bas carbone, créant un double défi financier pour les propriétaires et gestionnaires d'actifs. Malgré ces chiffres, de nouveaux bâtiments continuent de sortir de terre avec des conceptions qui semblent ignorer les réalités du long terme, qu'il s'agisse d'orientations inadaptées, de couleurs sombres ou de choix de matériaux qui ne limitent pas la transmission de la chaleur.
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Face à la surchauffe, la solution de facilité a trop souvent été le recours à la climatisation. Mais cette réponse n'est pas viable à long terme. Non seulement elle génère une consommation d'énergie considérable, augmentant l'empreinte carbone des bâtiments, mais elle crée également un cercle vicieux. Plus la climatisation est utilisée, plus elle contribue au réchauffement, renforçant le besoin de la faire fonctionner à plein régime. Cette dépendance pose également un problème de santé publique, comme le souligne Pascal Lenormand, qui alerte sur la mise en danger des personnes, notamment dans les établissements sensibles, comme les hôpitaux.
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La réglementation environnementale RE2020, entrée en vigueur en 2022 pour la construction neuve, a certes permis de faire un pas en avant en imposant des normes plus strictes en matière d'isolation et de performance thermique. Cependant, elle est jugée « pas suffisante » par les experts, qui estiment qu'il faut aller plus loin. Le problème des bureaux vitrés soulève une question plus profonde : celle de la conception même des espaces de travail. Alors que le télétravail s'impose comme une réponse pragmatique à ces conditions extrêmes, les entreprises et les acteurs du BTP sont mis au défi de repenser l'immobilier d'entreprise. Il ne s'agit plus seulement de construire des bâtiments esthétiques et économiques, mais de les rendre habitables.
(Avec AFP.)
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