Reprise d'activité dans le BTP : un soutien du gouvernement en trompe-l'oeil

En attendant la présentation d'un plan de relance "global" en septembre, l'exécutif profite du troisième projet de loi de finances rectificatif (PLFR3) pour y recycler des mesures d'accompagnement aux entreprises du bâtiment et des travaux publics.
César Armand
Les surcoûts, directs et indirects, demeurent le principal problème rencontré par les sociétés du BTP.
Les surcoûts, directs et indirects, demeurent le principal problème rencontré par les sociétés du BTP. (Crédits : Reuters)

Relancer l'économie et préserver le travail des Français. Telles sont les visées du gouvernement avec le troisième projet de loi de finances rectificatif (PLFR 3) présenté ce 10 juin en conseil des ministres. À cet égard, les 2 millions d'emplois du bâtiment et des travaux publics (BTP) font de ce secteur "une priorité d'accompagnement" par "l'ensemble du gouvernement", a expliqué l'exécutif lors d'une conférence téléphonique.

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À la suite de réunions entre les ministères concernés - cohésion des territoires, économie et finances, transition écologique et solidaire, travail - et les fédérations professionnelles, le gouvernement a annoncé trois grandes mesures: prise en charge "d'une partie" des surcoûts, appui en trésorerie pour les entreprises les plus fragiles et soutien à l'activité et aux carnets de commandes "pour qu'ils restent fournis".

Des ordres donnés aux préfets sur les surcoûts

Les surcoûts demeurent effectivement le principal problème rencontré par les sociétés du BTP. Directs - liés aux nouveaux équipements type masques - ou indirects - en lien avec la nouvelle organisation du travail -, ils ont déjà fait l'objet d'une circulaire et d'une instruction gouvernementales adressées aux préfets pour "aider" les territoiresnotamment via des dotations à titre dérogatoire.

Un comité de suivi entre le commissariat général au développement durable et les fédérations nationales est également lancé pour "objectiver les surcoûts liés aux pertes de rendement et donner des références qui soient pris en compte dans les négociations" entre les uns et les autres.

Pour soutenir la commande publique, l'exécutif s'appuiera en outre sur le déblocage des 4,7 milliards d'euros au profit des territoires et, notamment, de la rénovation des bâtiments. Comme annoncée par le premier ministre fin mai, la dotation de soutien à l'investissement local (DSIL), initialement de 600 millions d'euros, sera portée à 1,6 milliard d'euros. Un euro apporté par l'État permettra d'apporter 4 à 5 euros d'investissement local, veut croire le gouvernement.

Charges sociales annulées et assurances-crédits garanties

Les sociétés de moins de 50 salariés pourront, elles, demander "l'annulation" jusqu'à 50% de leurs charges sociales des trois derniers mois "pour apurer la situation". Plus généralement, entre mi-mars et fin avril, les bâtiments et les travaux publics ont bénéficié de 8,2 milliards d'euros de prêts garantis par l'État et de 1,3 milliard d'euros liés à l'activité partielle.

L'exécutif veut par ailleurs réconcilier les professionnels de la filière avec les assureurs-crédit. "Ils ne veulent plus par exemple assurer les négociants-distributeurs et, à partir de là, soit les entreprises paient cash à réception des matériels et matériaux, soit elles ne disposeront pas de matériaux pour travailler", témoignait début mai le président de la confédération des artisans et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB), Patrick Liébus. L'État apportera une garantie sur les stocks de l'assurance-crédit "pour éviter qu'elles soient privées de ressources", a déclaré la source gouvernementale.

Lire aussi : Redémarrage du bâtiment: la méthode gouvernementale à l'épreuve des faits

Le gouvernement a aussi répondu favorablement à une autre demande de Jacques Chanut, représentant du Bâtiment. Dans La Tribune, il demandait un report en arrière de l'impôt 2019 par rapport à l'exercice 2020 car, quand une entreprise est en déficit, elle peut l'utiliser pour ne pas payer d'impôt sur les sociétés. Dans le cadre du PLFR3, elles pourront demander le remboursement immédiat de leur stock de créances afin de dégager de la trésorerie.

Un plan de relance "global" en septembre

Au lendemain du cri d'alarme de la Fédération française du bâtiment (FFB) et de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), le gouvernement a enfin promis un plan de relance "global", actuellement "en cours de préparation". "Compte tenu de l'importance économique et des projets des Français, un pan sera sur le BTP. Nous y travaillons avec les fédérations pour bien calibrer les mesures", a précisé cette même source.

Interrogé par La Tribune sur le cas du logement neuf, l'exécutif estime que la reprise des chantiers chez les promoteurs et les aménageurs privés "s'est faite", "les Français n'ayant pas renoncé à leur projet immobilier". S'il reste "très vigilant sur ce qui se passe" et assure qu'il prendra en compte les évolutions et les constatations dans le plan de relance, il considère toutefois qu'il est "trop tôt" pour dire qu'un mouvement de baisse "s'est amorcé".

César Armand

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Commentaire 1
à écrit le 11/06/2020 à 9:03
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L'économie est totalement transformée par d'abord le covid et ensuite les gestes barrières histoire de bien enfoncer le clou, s'ils n’intègrent pas cette décroissance imposée ils vont nous massacrer. Et les comptables négatifs ça n'intègre pas gr...

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