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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

Commercialiser l'implant contraceptif Essure « n'était plus viable en France » (Bayer)

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 29 septembre 2017 à 05:30 - Mis à jour le 29 septembre 2017 à 16:38

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Défiance à l'égard des contraceptifs produits par le laboratoire, rachat de Monsanto, accélération en oncologie... "La Tribune" a interviewé Frank Garnier, président de Bayer France, et Jost Reinhard, directeur général de la division pharmaceutique en France, sur la stratégie du groupe allemand dans une période agitée pour ce dernier.

LA TRIBUNE -  Le coût de l'acquisition de Monsanto que vous espérez finaliser début 2018 grimpe à 66 milliards de dollars (56 milliards d'euros). Cela veut-il dire que les acquisitions ne vont plus être à l'ordre du jour pendant un certain temps dans la partie pharmaceutique de Bayer ?

JOST REINHARD - Par le passé, Bayer a acquis plusieurs sociétés pharmaceutiques, notamment Schering en 2006, Roche Nicholas en 2005 pour son activité OTC (médicaments sans ordonnance). Aujourd'hui, on n'exclut pas de nouvelles acquisitions si des éléments nous semblent attractifs pour notre portfolio. Mais notre portefeuille de médicaments est bien rempli, avec des produits qui se développent bien. Nous préférons utiliser nos ressources pour développer ce pipeline avant de chercher absolument une nouvelle acquisition.

Bayer accélère en oncologie, mais ce domaine est très concurrentiel. Comment Bayer va trouver sa place alors que bon nombre de laboratoires sont bien installés en cancérologie ?

J.R - L'oncologie est un domaine très important pour nous. On a mis en place une entité qui intègre tous les aspects de recherche dans ce domaine thérapeutique. La stratégie en oncologie est de chercher un bon positionnement dans les indications où le besoin médical est important. Actuellement on mise sur des produits ciblés, dont deux inhibiteurs de tyrosine kinase, développés dans le cancer du rein, du foie et le cancer de la thyroïde, notamment. Mais on recherche surtout un positionnement d'acteur de référence plus que de leader en oncologie.

Et les autres activités restent aussi importantes. Nous continuerons à développer le cardiovasculaire,  la gynécologie : nos domaines d'expertise historique, mais aussi l'ophtalmologie ou encore l'hémophilie. Nous misons sur notre nouveau centre des sciences de la vie basé à Berlin, dédié entièrement au développement de percées novatrices à travers les espèces en créant une nouvelle plate-forme qui permet une combinaison de technologies et une amplification de savoir-faire notamment en immunologie et neurologie. Une extension est prévue à Boston et Pékin. Nous travaillons également sur l'utilisation du ciseau molécule CRISPR pour de nouvelles solutions thérapeutiques, une méthode qui sert également la partie agrochimie.

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L'acquisition de Monsanto aura-t-elle un apport quelconque pour l'activité pharmaceutique de Bayer ?

FRANK GARNIER - Pas pour la partie pharmaceutique, mais pour l'agrochimie, oui. Il y a davantage de complémentarités que de synergies entre Bayer et Monsanto. Bayer va s'appuyer sur les investissements de Monsanto dans le big data, et dans la R et D qui ont atteint 1,4 milliard de dollars en 2016. Nous voulons combiner de façon récurrente la biologie avec l'agrochimie.

Par ailleurs, Monsanto est d'abord un semencier, et n'a quasiment pas d'activité en chimie, excepté la vente de glyphosate. Il est très développé dans le colza, le soja et les cultures légumières. L'activité de Bayer est beaucoup plus développée dans les produits de protection des plantes que dans les semences.  En France cette complémentarité se retrouvera.

L'annonce du rachat de Monsanto fait beaucoup de bruit en raison de l'image de ce dernier. Quelle est votre stratégie de communication ?

F.G. - Au travers d'un plan d'action dédié, nous misons sur la raison d'être de Bayer en France qui consiste à permettre à chacun de se protéger au quotidien, dans les domaines de la santé et de l'alimentation, ainsi que sur les valeurs de responsabilité et d'éthique de notre groupe. Au-delà de l'apport des instituts de sondage pour comprendre la perception du public, nous avons une approche proactive, centrée sur le dialogue avec l'ensemble de nos parties prenantes, afin de répondre au questionnement que peut générer cette acquisition.

Ce qui est important c'est d'abord de communiquer en interne. Cette acquisition a posé question au sein de nos équipes en termes de compatibilité. Nous avons cherché à expliquer le bien-fondé de l'acquisition et la contribution positive que celle-ci apportera à la Société rassurer. On montre en quoi ces activités peuvent être compatibles. Parallèlement à ce travail engagé en interne, nous serons bien armés pour faire déployons progressivement cette communication à l'extérieur. Dans les séminaires d'équipes, on rend compte du travail fait ces neuf derniers mois et on laisse une grande place à l'échange et au dialogue.

Parallèlement à ce travail engagé en interne, nous déployons progressivement cette communication à l'extérieur. Dans les séminaires d'équipes, on rend compte du travail fait ces neuf derniers mois et on laisse une grande place à l'échange et au dialogue.

Vous avez stoppé la commercialisation des implants Essure en France. Est-ce dû aux questions sanitaires posées sur le produit ?

J.R. - Essure est un dispositif efficace et sûr, les femmes qui l'utilisent doivent être rassurées, cette décision s'est faite pour des raisons commerciales. Avec la pression médiatique, on a perdu 80% des ventes d'Essure au début de l'année. Ce n'était plus viable. La France était le deuxième marché derrière les États-Unis où l'implant est toujours vendu.

Pour la pilule, part importante de votre activité, la défiance est forte en France. Cela pose la question de l'avenir de Bayer dans la contraception...

J.R. - Nous allons mettre à la disposition des femmes en France l'année prochaine un nouveau produit de contraception à long terme. Nous avons obtenu une autorisation de mise sur le marché par l'Union européenne.La prochaine étape est l'évaluation du produit par la Haute autorité de Santé, puis l'évaluation du prix avec le CEPS. Nous espérons le lancer au deuxième trimestre 2018. En France, 4,5 millions de femmes utilisent la contraception à court terme, un million à long terme. Cela montre que le sujet sur la contraception à long terme est important.

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Plus largement, nous voulons discuter avec les parties prenantes sur la question de la contraception, pour comprendre les défiances à ce sujet. Nous échangeons avec les associations dédiées, et souhaitons prendre part au débat public.Il s'agit de produits qui apportent plus de bénéfices que de risques. Il y a beaucoup de grossesses non désirées en France et 200.000 IVG par an, dont 90.000 concernent les 20-24 ans.

Jean-Yves Paillé

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