L'oncologie, priorité des géants pharmaceutiques

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Le marché des anticancéreux pourrait atteindre 178 milliards de dollars en 2020, selon IMS Health.
Le marché des anticancéreux pourrait atteindre 178 milliards de dollars en 2020, selon IMS Health. (Crédits : © Eric Gaillard / Reuters)
Sur les 63 milliards de dollars de transactions annoncées dans l'industrie pharmaceutique depuis le 1er janvier, 20% sont dédiées à l'oncologie. Cette aire thérapeutique est de plus en plus investie par les principaux laboratoires pharmaceutiques, alléchés par le prix des nouveaux anticancéreux.

Interrogé par le Financial Times en janvier, le chef exécutif de Roche, Severin Schwan, clamait que les Big Pharmas devaient se focaliser sur les médicaments innovants à valeur ajoutée afin d'éviter au maximum la pression économique. Au vu des dernières transactions et annonces des poids lourds de l'industrie pharmaceutique, les nouveaux anticancéreux sont privilégiés. Selon des chiffres compilés par Thomson Reuters, les sociétés spécialisées dans l'oncologie représentent un cinquième des 63 milliards de dollars de fusion et acquisitions annoncées depuis le début de l'année, ce qui en ferait le domaine thérapeutique le plus convoité actuellement.

Parmi ces deals récents, on peut citer le rachat en avril de Stemcentrx, spécialisé notamment dans la lutte contre les cancers du poumon (deux candidats médicaments en phase I), par Abbvie pour 10,2 milliards de dollars. En mai, Jazz Pharma a mis la main sur Celator et son médicament phare, le Vyxeos, contre la leucémie myéloïde, pour 1,5 milliard de dollars.

La prochaine acquisition de renom pourrait être Medivation. Cette biotech américaine et son blockbuster, l'anticancéreux Xtandi (1,9 milliard de dollar de revenus, l'année dernière) est convoitée par plusieurs Big Pharmas ou grandes biotechs, dont Amgen, Pfizer et Sanofi.

Les Big Pharmas de plus en plus tournés vers l'oncologie

Sanofi est ainsi prêt à mettre plus de 10 milliards de dollars sur la table pour racheter la biotech américaine, devenue une "priorité" pour le laboratoire pharmaceutique, après avoir proposé 9,3 milliards de dollars initialement. En effet, le géant français a opéré un changement dans sa stratégie, faisant de l'oncologie un de ses nouveaux axes forts. "C'est l'une des plus importantes aires thérapeutiques du secteur et l'une de celles qui connaît le développement le plus rapide", justifiait le groupe en novembre. Disposant de revenus faibles en oncologie (4% de ses 37 milliards de revenus en 2015), il a mis en janvier plus d'un milliard de dollars sur la table pour remporter des partenariats avec deux biotechs spécialisées dans le domaine, Innate Pharma pour le développement d'anticorps contre les cellules tumorales et Warp Drive Bio pour le la recherche d'agents anti-cancéreux.

Cette stratégie nouvelle, fortement axée sur le développement d'anticancéreux est suivie par d'autres poids lourds de l'industrie pharmaceutique comme Gilead. Connu pour son traitement curatif contre l'hépatite C, ce dernier a annoncé qu'il comptait s'attaquer à l'immuno-oncologie.

A côté, les acteurs déjà très investis dans cette aire thérapeutique, comme Bristol-Myers Squibb continuent d'investir dans le secteur. Le laboratoire américain a racheté Cormorant Pharmaceuticals, spécialisé dans l'immuno-oncologie, pour un demi-milliard de dollars, en juillet.

AstraZeneca, autre poids lourd dans l'oncologie, a acquis en 2015 Acerta Pharma (cancers du sang) pour plus de 5 milliards de dollars, et prévoit de possibles nouvelles acquisitions dans l'oncologie.

Enfin, Novartis a renforcé sa partie oncologie en rachetant celle de GSK. Et ce dernier a certifié ne pas avoir abandonné la recherche dans les anticancéreux, assurant préparer des traitements en immuno-oncologie.

Un marché en hausse de 30% d'ici à 2020

Selon IMS Health, le marché des anticancéreux va grimper jusqu'à plus de 60% entre 2015 et 2020 à 178 milliards de dollars. Cela représente plus d'un dixième du marché du médicament qui atteindrait les 1.400 milliards de dollars, d'après le cabinet de conseil. Un marché lucratif pour des Big Pharmas qui cherchent à se recentrer sur les secteur les plus porteurs afin de relever leur croissance, inférieure à la moyenne dans le marché des médicaments.

Et le marché de l'oncologie est encore très ouvert. Il existe autour de 200 types de cancers, et, alors que des nouveaux traitements sont capables de prolonger la durée de vie de plusieurs mois, la nouvelle génération de médicament promet prolonger la vie des patients de plusieurs années. Un argument que les laboratoires pharmaceutiques mettent en avant pour imposer des prix élevés pour leur traitements.

Merck, par exemple, avance que son Keytruda contre les mélanomes, est capable d'allonger la vie de certains patients de trois années. Ou encore Bristol-Myers assure que l'Opdivo, développé contre les cancers avancés du poumon peut rajouter deux années de vie supplémentaires. Alors que les traitements à base de certains anticancéreux atteignent parfois les 100.000 dollars par an et par patient, les laboratoires pharmaceutiques en demandent plus pour la nouvelle génération d'anticancéreux. Ainsi, Bristol-Myers a annoncé un coût de 256.000 dollars par an en moyenne pour une combinaison comprenant l'Opdivo et le Yervoy

La capacité des Big Pharmas à imposer des prix élevés, encore intacte

Si la pression sur les prix aux Etats-Unis s'est renforcé l'année dernière, en raison de l'accroissement des rabais, ristournes et autres concessions accordées sur les prix, les médicaments dits innovants sont moins touchés.

Le 15 juillet, le Wall Street Journal explique d'ailleurs que les laboratoires pharmaceutiques conservent leur capacité d'augmenter les prix, qui dépasse d'ailleurs celles des autres industries. Les données recueillies par le quotidien économique montrent que le chiffre d'affaires trimestriel des deux tiers des vingt plus gros laboratoires pharmaceutiques a été boosté par les hausses du prix sur certains de leurs médicaments.

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a écrit le 02/08/2016 à 14:20 :
Attendons les résultats des travaux d'Yvon le Maho, directeur de recherche au CNRS (membre de l'académie des sciences) et de Valter Longo, professeur de biologie spécialisé en biologie cellulaire et en génétique, sur l'expression des gènes des cellules saines et des cellules malades en phase de jeûne.
En cas de confirmation, on peut s'attendre à court terme, à une augmentation très importante des ventes des produits de chimiothérapie. Une généralisation de la chimio couplée au jeûne qui boostera les ventes.
Le jeûne permet en effet, une augmentation des doses de chimio d'un facteur de 2 à 5, démultipliant l'efficacité de la chimiothérapie sur les cellules cancéreuses
Ensuite, on peut anticiper une chute vertigineuse des ventes quand les patients préfèreront la prévention (l'homéostasie) au traitement. Que se passera-t-il quand on saura que dans le couple (jeûne, chimio), c'est la chimio dont on peut se passer in fine ?

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