Doliprane : deux syndicats de Sanofi appellent à la grève reconductible dès jeudi
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[Article publié le mercredi 16 octobre 2024 à 10h47 et mis à jour à 13h01] Les syndicats montent au front. La CFDT et la CGT de Sanofi ont appelé ce mercredi à une grève reconductible à partir de jeudi. L'objectif : s'opposer à la cession attendue au fonds d'investissement américain CD&R de la branche santé grand public du groupe, Opella, qui commercialise le Doliprane.
La CFDT, syndicat prépondérant chez Sanofi (34%), appelle à « un mouvement de grève générale à partir du 17 octobre pour exprimer sa colère contre la vente d'Opella », sur tous les sites du groupe, indique-t-on ainsi sur un tract. La CGT lance un « appel clair et franc, en illimité jusqu'au retrait de la vente d'Opella », sur les deux sites français d'Opella à Lisieux (Calvados) et Compiègne (Oise), a détaillé à l'AFP Fabien Mallet, syndicaliste CGT Sanofi France.
Cette possible cession soulève ainsi de fortes préoccupations depuis qu'elle a été annoncée vendredi dernier, notamment pour des enjeux de souveraineté sanitaire et donc d'emplois.
Ce mercredi matin sur Public Sénat, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a déclaré qu' « il ne faut pas que cette opération se réalise ». La numéro 1 du syndicat a aussi appelé le gouvernement à « ne pas faire preuve de naïveté ». « On ne peut pas demander à un groupe de prendre des engagements une fois que la décision est prise, ça ne marche pas, ça ne marche jamais. Si les conditions ne sont pas posées en amont, ça ne fonctionne pas », a-t-elle insisté.
Marylise Léon s'est aussi exprimée sur la demande adressée par le gouvernement d'avoir un « bilan exhaustif » des aides publiques que Sanofi a reçues ces dix dernières années. « C'est indispensable pour éclairer la discussion et la décision politique », considère-t-elle, soulignant qu'« aujourd'hui, on est sur un calcul financier du groupe Sanofi ».
Mardi soir, le groupe a précisé à ce sujet avoir bénéficié de « 100 millions d'euros » de crédit d'impôt, sans précision de la période concernée, pour « 2,5 milliards d'euros investis chaque année dans la recherche et le développement en France ». « Ce qui fait de Sanofi le premier investisseur du pays en R&D », selon un porte-parole.
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De son côté, le gouvernement persiste. Si Opella, la filiale de Sanofi qui commercialise le Doliprane, doit être cédée pour moitié au fonds d'investissement américain CD&R comme le souhaiterait le groupe pharmaceutique, il veut « trois » garanties. La ministre de la Santé les a listées ce mercredi.
Malgré sa position de fermeté, il semblerait que l'exécutif ait lâché du lest. Encore en début de semaine, ces conditions étaient en effet au nombre de quatre. Figurait ainsi, en plus de ces trois, le maintien du siège d'Opella en France et de tous les organes de décision, ainsi que le maintien économique de la filiale sur le territoire national.
Mardi également, le ministre de l'Économie, Antoine Armand, a confirmé la « possible présence de l'État au conseil d'administration » d'Opella. « Nous sommes prêts à demander des sanctions et l'étude d'une prise de participation » publique pour s'assurer que les « engagements très précis » discutés avec les parties prenantes de la transaction soient « tenus ». À savoir des engagements en matière de maintien de l'emploi, de l'empreinte industrielle, de la localisation du siège et de la recherche et développement.
Une éventuelle prise de participation que n'avait pas « exclue » son homologue à l'Industrie, plus tôt dans la journée. « Étant donné qu'une grande partie des ventes de Doliprane sont faites en France, cela présente un intérêt pour l'Etat. On aurait un droit de regard sur les affaires d'Opella », avait déclaré Marc Ferracci.
Interrogé en soirée dans le journal Les Échos sur une possible prise de participation dans Opella d'un acteur public, comme la banque publique d'investissement Bpifrance, le président du conseil d'administration de Sanofi, Frédéric Oudéa, a en tout cas assuré que « tous les sujets sont sur la table ». « Mais l'option la plus efficace, ce sont les engagements que l'on va prendre. Sanofi est un acteur responsable qui a toujours pris en compte son ancrage français », a affirmé le dirigeant. Selon lui, la « décision de Sanofi de conserver 50% du capital » lors de l'opération est la « garantie » de cet « ancrage » en France, notamment en donnant à son groupe « un droit de veto sur les grandes décisions stratégiques ».
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Sanofi martèle que ce projet de scission permettrait « la création d'un nouveau champion mondial, le seul basé en France, dans le secteur de la santé grand public ». Opella emploie 1.700 salariés en France. Le pays ne représente qu'environ 10% de ses ventes, qui ont généré 5,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2023.
(Avec AFP)
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