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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

La réindustrialisation médicamenteuse reste largement semée d’embûches

Natasha Laporte

Publié le 30 avril 2025 à 12:54 - Mis à jour le 30 avril 2025 à 13:04

Ils étaient présents au forum Impacts Santé (de gauche à droite) : Laurence Peyraut (directrice générale de Leem), Reda Guiha (président de Pfizer en France) et Damien Parisien (directeur général exécutif de Benta Lyon).

Ils étaient présents au forum Impacts Santé (de gauche à droite) : Laurence Peyraut (directrice générale de Leem), Reda Guiha (président de Pfizer en France) et Damien Parisien (directeur général exécutif de Benta Lyon).

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Dans un secteur pharmaceutique mondialisé et interdépendant, le retour souhaité de la production en France se heurte notamment à des prix trop bas ainsi qu’à des délais réglementaires. Retour sur les débats consacrés aux enjeux de souveraineté, lors de l'événement Impacts Santé organisé par La Tribune le 29 avril à Paris.

L'avertissement a été lancé il y a deux semaines. Dans un courrier à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, trente-deux laboratoires pharmaceutiques ont dressé une liste de demandes pour empêcher l'exode des investissements du secteur, alors que des droits de douane américains se profilent. « Nous sommes des sociétés mondialisées. Notre mission est de trouver des innovations pour traiter les patients. Nous voulons le faire partout dans le monde, mais aujourd'hui, il faut une solution pour rester en Europe. La solution, c'est reconnaître la valeur de nos médicaments », plaide Reda Guiha, président de Pfizer France.

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Plutôt qu'une lettre d'adieu, cette missive de la big pharma serait-elle une déclaration d'amour faite au marché européen ? « Oui, parce que nous n'avons pas le choix. L'indépendance est impossible aujourd'hui au niveau des médicaments, même pour les Etats-Unis, que ce soit pour la recherche, fondamentale et clinique, ou pour la production », lance le dirigeant de Pfizer France.

Déclassement

« Sur la chaîne de valeur, de la recherche à la production, la France et l'Europe sont déclassées par rapport à d'autres zones depuis quelques années », déplore pour sa part Laurence Peyraut, directrice générale du syndicat Les Entreprises du médicament (Leem). Exemple, « dans les essais cliniques, nous sommes passés à la troisième place, derrière l'Espagne et l'Allemagne », argumente la dirigeante de Leem qui a récemment publié une étude sur l'attractivité de la France, baptisée « Recherche clinique : La France stagne, l'Europe recule. Comment préserver l'innovation ? ». Pis, 80 % des essais cliniques dans le monde se situent outre-Atlantique et en Asie. Face à cette perte de vitesse, retrouver le leadership devient urgent et rééquilibrer les forces entre l'Asie, les Etats-Unis et l'Europe serait une opportunité, avance-t-elle.

Si l'innovation patine, du côté des tensions sur l'approvisionnement - mises en lumière par la crise du Covid qui a fait prendre conscience de nos dépendances croissantes à l'Inde et la Chine - « la situation va mieux », en particulier grâce à l'obligation de la déclaration des risques de rupture et à la signature d'une charte d'engagement des acteurs français de la chaîne du médicament contre les ruptures, estime Laurence Peyraut.

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Certes, ce n'est donc pas forcément en produisant plus en France. En outre, d'autres problèmes pèsent sur la production. La complexification des chaînes de fabrication de médicaments, notamment innovants, au niveau mondial, par exemple. Et surtout, le prix des médicaments. « Nous avons les prix les plus bas d'Europe et la fiscalité la plus haute », fustige la dirigeante de Leem. Et, en conséquence, « un effet ciseaux » avec « des capacités de production qui sont empêchées aussi par les niveaux de rentabilité sur le marché français », considère la patronne du syndicat de la profession.

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Partenariats avec les sous-traitants

« Construire une usine prend entre cinq et sept ans », pointe pour sa part Reda Guiha, ce qui, dans la course à l'innovation, s'avère trop long. Alors Pfizer, qui a cédé il y a une quinzaine d'années ses usines hexagonales, mise plutôt sur des partenariats avec des façonniers, autrement dit des producteurs de médicaments locaux sous-traitants, tels que l'entreprise Fareva, en Ardèche, ou Axplora, dans les Pyrénées-Atlantiques, où « nous avons fait un transfert technologique d'un antiviral qui a contribué à la création d'une cinquantaine d'emplois », fait valoir le président de Pfizer en France. « L'idée est de les intégrer dans notre stratégie de tissu industriel au niveau de l'Europe ». Car au-delà du transfert de technologies, c'est un investissement dans la formation et l'infrastructure des façonniers qui permettrait à ces sociétés de monter en puissance au niveau international « parce qu'ils commencent à exporter et attirer encore plus de molécules ». Un cercle vertueux, en quelque sorte.

« On ne peut pas tout produire en France, mais on peut contribuer », abonde de son côté Damien Parisien, directeur général exécutif de Benta Lyon. L'usine à Saint-Genis-Laval (Rhône) de ce façonnier (ex-Famar Lyon), reprise il y a cinq ans par le groupe libanais Benta Pharma, a redémarré son activité en tant que, d'une part, sous-traitant pour des laboratoires, et d'autre part, en tant que génériqueur, avec des premiers produits génériques sous la marque Benta Lyon lancés depuis l'année dernière, dont le paracétamol. Les freins à son développement ? « Là où nous pourrions gagner, ce sont des délais réglementaires », soulève-t-il. Autre obstacle, « en moyenne, il faut 3,6 mois pour obtenir un remboursement d'un générique sur des molécules qui sont connues ». Réduire ces délais permettrait « d'aller plus vite sur le marché », dit-il.

Un écosystème complet

Mais avec l'arrivée de l'intelligence artificielle, qui pourrait faire gagner du temps dans les essais cliniques, de même qu'avec les investissements dans les médicaments du futur via France 2030, l'Hexagone a-t-il une carte R&D à jouer ? « Un investisseur regarde si l'écosystème est attractif et compétitif », résume Reda Guiha.

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En clair, il observe les délais des essais cliniques, ceux d'accès, de même que « la reconnaissance de la valeur de l'innovation », autrement dit, la question du prix, martèle-t-il. Et de prôner : « En Europe, pour que les patients aient rapidement accès aux dernières innovations, il faut créer un écosystème complet », de la recherche fondamentale au capital-risque. Autant d'étapes nécessaires pour passer ensuite « plus facilement » à la fabrication, selon lui.

Natasha Laporte

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